Review

En 2008 l’écurie Apatow, figure incontournable de la comédie US, réussissait à rendre une comédie romantique non seulement supportable mais surtout vraiment réussie. C’était Sans Sarah Rien ne Va (on préfèrera le titre original Forgetting Sarah Marshall) et c’était une très belle surprise. 2 ans plus tard, c’est sans grande surprise qu’on voit débarquer un spin-off basé sur le personnage sans doute le plus drôle du film pré-cité, Aldous Snow, un rockeur anglais. Ici ce n’est pas vraiment une suite, il n’est donc pas nécessaire d’avoir vu le précédent film de Nicholas Stoller pour suivre ce road trip sous substances. Au pire on loupera un clin d’oeil plutôt marrant à la fameuse Sarah Marshall mais c’est tout, rien de bien méchant. Complètement autonome, American Trip (on appréciera une fois de plus la « traduction » foireuse du titre original) laissait entrevoir dans ses différentes bandes annonces un potentiel humoristico-trash digne du surprenant et hilarant Very Bad Trip. Au final on en est assez loin car si on rit beaucoup devant ces aventures complètement barges et franchement alcoolisées, il n’y a pas non plus de quoi ressortir de la salle avec la mâchoire et les abdominaux douloureux, comme c’était le cas avec le film de Todd Phillips. American Trip est à ce jour la comédie la plus drôle de l’année c’est certain mais par son rythme qui s’embourbe parfois et cette fâcheuse tendance des productions Apatow à vouloir à tout prix insérer une bonne dose d’émotion et de morale, on loupe le fou rire total qu’on attendait mais ça reste tout de même largement au dessus de la grande majorité des comédies US.

Comme beaucoup de films du genre, American Trip part d’une base scénaristique simplifiée au maximum. Cette fois c’est le jeune imprésario absolument fan de rock qui doit ramener pour un concert évènement une star déchue du rock vivant toujours au rythme sexe, drogues et rock n’ roll. À la simple lecture du pitch on sait déjà qu’on va assister à une sorte de road movie déjanté. Et en effet passée une introduction qui ferait penser qu’on va assister à une parodie bien grasse sur l’univers de la chanson on nous sert une belle succession de péripéties toutes plus barges les unes que les autres partant de Londres pour arriver à Los Angeles. Tous les gags ne font pas forcément mouche mais pour la plupart ça fonctionne sans problème. Bien sur il vaut mieux être réceptif à tout ce qui tourne autour du sexe et des trips sous acide mais si tel est le cas, c’est un plaisir. Il faut dire que les acteurs s’en donnent à coeur joie et en font toujours plus dans l’extrême.

Un tube qui vante les mérites de la sodomie, une partie à 3 improvisée, de très grosses fiestas dans des boîtes de nuit à grands coups d’absinthe ou de « jeffrey » (cocktail de narcotiques surpuissant), une chanson African Child considérée comme le pire fléau ayant frappé l’Afrique, un sachet d’héroïne dans le rectum et de grosses prises de têtes entre tous les personnages bien aidées par des dialogues succulents. Ce sont parmi les ingrédients de cette comédie pas vraiment propre sur elle et relativement politiquement incorrecte à tendance assez trash. Il y en a pour tous les goûts mais mieux vaut ne pas attendre un niveau de finesse trop élevé, ça reste assez brut de décoffrage niveau gags. Mais la sauce prend bien et certaines séquences sont déjà culte comme la grosse bagarre dans une boîte où les personnages ne peuvent s’empêcher de caresser la moquette sur les murs, ou le shot d’adrénaline à la Pulp Fiction. Le tout agrémenté de nombreux caméos (Pink, Christina Aguilerra ou encore Lars Ulrich le batteur de Metallica) et clins d’oeils cinéphiles (petite scène hilarante avec Tom Felton qui se fait chambrer pour son rôle de Draco Malfoy dans la saga Harry Potter). Comme toujours chez Apatow, même s’il ne réalise pas, on retrouve à peu près les mêmes ingrédients.

Et tout fonctionnerait à la perfection s’il n’y avait pas quelques éléments perturbateurs assez gênants. Si tout l’aspect concernant la déchéance de l’artiste ne souffre d’aucune faute de goût, on ne peut pas en dire autant de la relation entre Aaron et sa copine, qui tombe un peu dans le pathos dégoulinant sur la fin. Ce n’était pas nécessaire. Niveau mise en scène rien de bien exceptionnel, on retrouve un ensemble assez classique ponctué d’effets de style habituels utilisés pour illustrer des scènes de défonce, steadycam de face, caméra tremblante, rien de bien nouveau. Concernant les acteurs c’est le gros point fort d’American Trip. Jonah Hill est une fois de plus excellent dans le rôle du looser fanboy qui perd complètement le contrôle et se retrouve dans des situations délirantes (il faut le voir courir dans un immeuble avec son vomi sur la veste, c’est priceless). Russell Brand est en roue libre pour incarner le rockeur Aldous est ça lui va à merveille même s’il aurait encore pu pousser plus loin la folie du personnage. Rose Byrne est superbe et c’est Sean Combs (P. Diddy) qui se révèle être la plus belle surprise du casting, jouant à merveille avec l’auto-dérision et la démesure de son personnage qui atteint des sommets dans la poursuite empruntée à Shining ou dans la fameuse scène de baston sous jeffrey.

Comme toute bonne production Apatow, American Trip perpétue la tradition des comédies grasses agrémentées d’une jolie dose d’émotion. Si le rire est bien au rendez-vous, trash et politiquement très incorrect, on a plus de mal à adhérer à la morale bas de gamme. Et si si l’ensemble est très drôle, ce n’est pas non plus hilarant au point de faire sous son siège. Toutefois, il s’agit d’une des meilleures comédies de l’année, portée par des acteurs en roue libre et ponctuée de séquences d’anthologie. Mais on pouvait en espérer encore plus!



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.