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Attendu de pied ferme depuis plus d’un an par toute une frange de cinéphiles en mal de sensations fortes et toujours remplis d’optimisme quant à un sursaut du cinéma de genre français, À l’intérieur se devait de ne pas décevoir et dans son genre, il ne déçoit absolument pas!

Depuis les premières images diffusées dans Mad movies, depuis l’annonce du duo Bustillo/Maury à la réalisation, le premier étant une des plus reconnues de la Mad Team et le second ayant à son actif quelques courts métrages percutants, depuis que l’on connait le casting, A l’intérieur avait crée une attente énorme, annonçant un film comme on n’en avait jamais vu et franchement c’est le cas! Dès le générique fait de sang qui arrive après un accident de la route mettant en scène une femme enceinte on sait qu’on va assister à un spectacle éprouvant pour l’estomac… mais il le sera aussi pour les nerfs!

En effet dans la première partie, quand le personnage d’Alysson Paradis est encore seule dans sa maison on se trouve dans le pur film d’angoisse et la tension se fait de plus en plus grande. Même si la sensation de terreur n’est pas tout à fait présente, grâce à une poignée de jump scares et un lumière ultra travaillée, on sent la tension monter crescendo jusqu’à l’apparition fantomatique de la femme en noir. Ainsi, dès que Béatrice Dalle entre dans la maison et par extension dans l’espace vital de l »héroïne, on passe au pur film d’horreur violent et gore, avec un nombre incroyables de scènes vraiment dégueulasses, malsaines, voire franchement dérangeantes. Une des grandes forces du film est d’axer un récit horrifique d’une violence graphique parfois inouïe autour de deux personnages féminins très forts. Et ce sans qu’il s’agisse d’un rape & revenge, genre horrifique par définition porté par des femmes. Ici, le thème de la grossesse, et plus largement de la maternité, est utilisé brillamment à des fins perverses en dépassant nombre de limites moralement acceptables.

Et si tout cela fonctionne si bien, cela vient du fait que les deux réalisateurs ne se sont mis aucune limite justement et ont pondu un film dans lequel leurs propres obsessions se mélangent à toute leur culture cinématographique dans le genre (et leur culture est immense!). A l’intérieur se veut réaliste dans un premier temps mais vire progressivement au grotesque outrancier, sans ne rien perdre de son pouvoir de percussion. Il flirte même parfois avec le fantastique pur, à travers certains personnages/créatures mais également grâce à une photographie très sombre, avec beaucoup de lumière diffuse, et le résultat possède un réel pouvoir de séduction graphique, tout en enchaînant les séquences belles à en vomir mais pas nécessairement effrayantes. Avec leur sincérité, leur modestie, et un réel talent que ce soit dans la mise en scène ou l’écriture d’un script qui va à l’essentiel tout en couvrant un spectre assez vaste au sein du cinéma de genre, le duo Bustillo et Maury s’impose comme un des plus grands espoirs de ce cinéma qui peine à exister par manque de talents. C’est qu’en plus de tout cela ils ont su s’entourer d’actrices complètement habitées par leurs rôles ultra physiques et psychologiquement éprouvants, mais également d’une équipe technique à la hauteur, dont l’incroyable directeur de la photographie Laurent Barès, capable de véritables tours de magie.

On ressort de la projection de A l’intérieur lessivé par tant de violence, l’estomac à l’envers mais avec des images qui hantent par leur beauté malsaine et un plaisir immense d’avoir enfin vu, après un Haute Tension de haute tenue, un vrai film de genre français, non seulement réussi mais aussi carrément radical! Ces deux jeunes réalisateurs possèdent un talent fou en plus de faire des choix vraiment intelligents.

Date de sortie cinéma : 13 juin 2007

Synopsis : Depuis la mort tragique de son mari dans un accident de voiture, Sarah est seule et malgré une mère omniprésente, c’est seule qu’elle passera son réveillon de Noël. Seule et enceinte. Cette nuit est la dernière que la jeune femme passera chez elle. Le lendemain matin, celle-ci doit entrer à l’hôpital pour accoucher. Dans sa maison, tout est calme. Jusqu’au moment où quelqu’un vient frapper à sa porte. Derrière, une femme prête à tout pour arracher l’enfant qu’elle porte en elle…



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.