Critique
Ils sont une poignée de réalisateurs en Corée à continuer de passionner l’occident, touchant même le grand public, et Kim Ji-Woon est de ceux-là. Découvert avec le merveilleux 2 Soeurs, son troisième long-métrage, il a rapidement montré une aisance époustouflante à aborder des genres à priori antinomiques sans oublier son style et tout en respectant à sa manière les différents codes desdits genres. Alors que son prochain film I Saw the Devil ne sortira qu’en avril 2011 en France, et qu’il semble revenir à un ton plus sérieux après l’excellent western le Bon, la Brute, le Cinglé, il était temps de se replonger dans A Bittersweet Life, pur film noir et polar lyrique qui reste à ce jour son film le plus maitrisé d’un bout à l’autre. Kim Ji-Woon est un cinéphile, un érudit, et cela se ressent à travers le plus anecdotique de ses plans. Il le prouve une nouvelle fois ici en livrant plus qu’un polar, plus qu’un simple film de gangsters doublé d’un récit vengeur, il s’agit d’un spectacle onirique permanent, un poème violent, sanglant et barbare dans lequel un homme de main surdoué a tout perdu et part en croisade pour laver son honneur. A Bittersweet Life est un concentré de violence sourde sous la forme d’un rêve éveillé, Kim Ji-Woon y impose son style raffiné, peut-être trop parfois quand il frôle la démonstration gratuite. Mais c’est surtout un néo-polar modèle pour les amateurs du genre comme on n’en voit qu’en Asie, avec ce film le réalisateur prend la succession directe des Johnnie To et John Woo, et sans avoir à rougir de la comparaison. Comme un ballet brutal où dansent des fantômes de la pègre, A Bittersweet Life est un petit bijou de noirceur.
Trop vite considéré comme un clone de Old Boy, simplement car il illustre également une histoire de vengeance meurtrière et sanglante sur fond de musique classique, A Bittersweet Life vaut pourtant tellement mieux. Et si Kim Ji-Woon n’a pas encore la maturité artistique de Park Chan-Wook, qu’il semble avoir un style mais ne l’a pas encore affirmé complètement, il n’empêche qu’à la manière d’un Tarantino coréen il cite ses classiques à lui, ceux qui font sa culture cinématographique, prouve qu’il les a assimilés, et ce pour en ressortir un film quelque peu hybride, bourré d’influences mais qui ne ressemble finalement à aucun autre. Cette fois le ton général est clairement issu des classiques du film noir, que ce soit dans la trame principale ou dans la construction des personnages. Le héros torturé, la femme fatale, l’enquête, les divers degrés de manipulation et l’aspect graphique qui joue tout sur les contrastes de lumière, il n’y a pas le moindre doute, Kim Ji-Woon sait de quoi il parle, et il le fait très bien.
La principale faiblesse d’A Bittersweet Life réside en fait dans son scénario, trop simple, trop linéaire. Mais paradoxalement il s’en dégage une efficacité évidente. La trame générale s’articule en deux actes, une présentation du personnage et de son caractère (dont ses faiblesses) puis sa vengeance, avec entre les deux une mission qui échoue pour des raisons très humaines, un drame, une mort symbolique suivie d’une véritable renaissance tirée d’Evil Dead. Ce récit simplissime est ponctué d’interludes parfois surprenants mais qui s’incrustent sans problème dans le ton. Ainsi des séquences de violence pure et dure, de torture, des gunfights superbement chorégraphiés, succèdent à de purs moments de comédie qu’on ne sentait absolument pas venir, comme pour donner un peu d’air au spectateur qui souffrirait devant la noirceur de l’ensemble. Tout est parfaitement dosé, et si le final ne révèle que peu de surprises, il a au moins le mérite d’être logique et réaliste, contrairement à ce qu’en aurait fait un réalisateur américain. De plus le film est baigné d’une sensation de légèreté qui apparait parfois pour illustrer les rêves de ce brave soldat bien naïf.
Visuellement Kim Ji-Woon fait une fois de plus des petits miracles à la mise en scène. En grand esthète, il livre sa vision du film noir, jouant à merveille avec les contrastes dans l’image, où les noirs les plus profonds laissent éclater des jets de lumière. Le réalisateur se fait plaisir à grand renfort d’effets de style qui peuvent en agacer certains mais qui sont pourtant tout à fait à leur place. Des ralentis flamboyants qui soulignent un ensemble carrément lyrique traversé de moments de fureur totale, à l’image de la course poursuite dans l’entrepôt simplement éclairée par des flammes. Comme dans tout polar coréen on trouve bien sur la traditionnelle scène sous une pluie battante, toujours aussi belle même si de moins en moins justifiée par contre. Là où Kim Ji-Woon nous impressionne c’est dans sa maitrise des séquences d’action, extrêmement nerveuses mais pourtant ultra lisibles, et quand vient le moment de monter un gunfight, sa gestion de l’espace n’a rien à envier aux maitres hongkongais du genre.
Niveau casting, il est juste dominé sans soucis par un Lee Byung-hun impérial. L’acteur qui faisait déjà des merveilles dans JSA ou 3 Extrêmes impose son charisme naturel dans un rôle pas si simple à apprivoiser. Tour à tour homme de main intraitable, victime de ses sentiments ravageurs puis machine à tuer, l’acteur dévoile une palette de jeu fabuleuse et prouve qu’en plus de son physique il a la carrure pour assumer de très grands rôles dans tous les genres. Et si c’est dans sa quête vengeresse qu’il s’exprime le plus intensément, on n’est pas prêt d’oublier ce tout dernier plan où réapparait l’enfant naïf et plein de rêves.








@Ushio
Merci pour cette précision ! je l’avais lu quelque part mais je ne m’en souvenai plus, du coup je comprend de mieux en mieux et j’ai envie de le revoir encore un peu plus…!
@Mathieu beaudelin
Ton analyse est juste est d’autant appuyé qu’à la fin, la personne qui tue notre héros est joué par Kim jee Woon… Le Réalisateur lui même!
Au départ, j’ai été quelque peu perplexe par le propos, oui la mise en scène est superbe et le voyage intérieur du personnage principal est assez poétique, mais quand arrive la fin, je me suis demandé si ça valait vraiment la peine d’avoir vu le film, est ce qu’il apporte quelque chose de plus qu’une sorte de dernier cri d’une vengeance ?
Et bien le dernier plan du film (je ne sais plus s’il y en a d’autres mais celui ci m’a marqué) vient tout remettre en question (attention spoiler) : on le retrouve devant la vitre d’un immeuble (alors qu’il est mort, une rémancence de son esprit ?) en train de combattre son reflet, et il se marre, littéralement.
Et c’est maintenant, dans ce final, que tout se chamboule, et si tout ce qu’on venait de voir, n’était que le fruit de son imagination, oui car ce plan du reflet dans la vitre, on le voit au tout début du film, alors qu’il n’est encore qu’un chien suivant les précèptes de patron et maître. Dans une deuxième lecture, le plan de fin serait en fait la continuité du même plan du début, où il se met à rêver de briser ses chaînes de la hierarchie, pour pouvoir prendre à son tour le contrôle. Il faudrait que je le revoi une second fois pour vraiment m’en rendre compte…!
[...] aussi au Western ‘Kimchi’ avec LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE, puis au film noir avec le superbe A BITTERSWEET LIFE, le réalisateur paisible en surface, noir et bouillonnant à l’intérieur, nous a livré [...]
[...] Ji-Woon est avant tout un esthète, son Foul King était très beau et A Bittersweet Life est un des polars les plus réussis sur le plan graphique (sur les autres plans aussi [...]
[...] il semble évidemment calibré. Et il est vrai qu’on y pense beaucoup à the Chaser ou à A Bittersweet Life, que ce soit au niveau de l’esthétique, du rythme, des personnages ou même des situations. [...]
Film maladroit, aux effets visuels et gunfights poussifs ne servant qu’à renfoncer la maigreur d’un scénario déjà visité. Dommage, car l’affiche, elle, est réussie.
Quant à la mise en scène, n’est pas Tsui Hark qui veut…
Aaaaaaaaah ! j’adore ce film et ce personnage que son réalisateur, subjugué (y’a de quoi) ne parvient pas à faire mourir. J’avais l’impression qu’on était deux à l’avoir vu. On est trois donc, bonne nouvelle.
Lol, tu enchaines mes films préférés^^. A bittersweet life m’a fait découvrir le cinéma asiatique il y a 3 ans, ce qui est aujourd’hui une passion. Merci de faire une critique sur ce super film. Kim jee-woon fait de belles images servit par de belles musiques.
Je suis content de ta note^^.