Review

Le film d’aventure à la française est un concept qui s’est un peu perdu au fil des décennies, à la manière de tous les films de genre à la française, les cantonnant dans une frange du public et préférant les comédies bien grasses et les films d’auteur bien chiants. Ce sont des généralités qui frôlent la caricature certes mais on n’en est pas si loin! Il semble bien loin le temps où Verneuil, Giovanni ou mieux encore, Clouzot, tenaient les rênes d’un cinéma de genre populaire mais de qualité. Un cinéma considéré comme un modèle. Dieu que les choses ont bien changé! Heureusement certains artisans de talent continue d’essayer de faire renaître le polar par exemple, avec plus ou moins de succès, mais le film d’aventure c’est une autre histoire. Plus personne chez nous ne prend le genre au sérieux et ne s’en sert plus que comme base pour de la comédie foireuse, à l’image du Raid de Djamel Bensalah pour citer l’exemple le plus dégueulasse. Mais heureusement on a encore quelques scénaristes capables de prendre des risques sur des « gros » films, et Eric Besnard est de ceux-là. Qu’il touche au sublime (le Convoyeur) ou qu’il se plante complètement (Babylon A.D.), celui qui s’essaya au Ocean’s Eleven à la française avec Cash il y a quelques années a au moins le mérite de sortir des sentiers battus. Et si on était prêt à ne pas parier un seul centime sur ce 600 Kilos d’Or Pur, il faut avouer qu’il constitue une sacrée belle surprise malgré certains défauts bien évidents.

Bercé d’influences prestigieuses telles que Cent Mille Dollars au Soleil, le Ruffian pour la tradition française ou même dans une moindre mesure une poignée de chefs d’oeuvres tels que le Salaire de la Peur, Aguirre la Colère de Dieu, Délivrance et Apocalypse Now, 600 Kilos d’Or Pur affirme ses ambitions ne renouveler le genre et d’imposer un style définitivement sérieux. Malgré le casting en présence qui se complait depuis bien trop longtemps dans des comédies à succès (ou pas d’ailleurs) mais qualitativement discutables, l’humour n’est que peu présent dans le nouveau film d’Eric Besnard, et on a envie de dire que c’est tant mieux! Mais tout n’est pas rose pour autant, à commencer par une première partie loin d’être convaincante. Longue exposition pour pas grand chose avec présentation des personnages qui s’éternise et tente de jouer la surenchère d’un actioner américain sans le budget, on se pose de sérieuses questions sur la suite tant on navigue dans quelque chose manquant cruellement d’intérêt. Mais une fois le « casse » effectué tout change, en bien voire en très bien même.

Après l’accumulation de clichés tous plus gros et inintéressants les uns que les autres et une belle dose d’action en carton, place au parcours dans la jungle et le film s’envole enfin vers ce qu’il devait être. L’homme minuscule face à la nature et ses démons intérieurs, on comprend mieux les références citées plus haut. En effet, la fine équipe qui transporte son butin en pleine jungle se pose comme un symbole pertinent du pouvoir de l’argent tellement illusoire face à l’immensité de la nature. Dit comme ça on pourrait penser à de la philosophie de comptoir mais bizarrement ça fonctionne assez bien, grâce notamment à la mise en scène la jungle prend une dimension spectaculaire et effrayante, rendant ce braquage ou la soif de l’or de certains complètement dérisoire face aux pouvoirs en activité tout autour des protagonistes. Bien sur on n’atteint jamais la toute puissance de Délivrance dont c’était le thème central mais Eric Besnard fait preuve d’une belle ambition envers ce sujet. Il est d’autant plus dommage de voir certaines maladresses pesantes réduire le message quand approche la conclusion. Car très franchement on le tenait le descendant des films d’aventure des années 50 et 70, avec en prime une mise en images pas dégueulasse et un rythme intelligent. Mais la dernière partie fait tâche, et les retournements de veste de certains personnages sont juste débiles (mais pourquoi au cinéma les gens font leur deuil en une journée??).

On n’était pas très loin de friser le sans faute, c’est assez rageant. En effet la mise en scène est plutôt bien trouvée, sans en faire des tonnes Eric Besnard récite ses classiques avec application même si l’ensemble manque parfois quelque peu d’énergie et de folie. Mais c’est le prix à payer pour pondre un vrai film d’aventure qui ne vire pas à la parodie foireuse. Le bon côté c’est que ce sérieux se ressent vraiment tout le long du film à partir du moment où la compagnie entre dans la forêt, et le film ne tombe ni dans le reportage animalier ni dans la carte postale. Certes c’est très beau mais toute cette végétation et la faune invisible impriment une présence créant un danger de plus en plus imposant, jusqu’à ce que la nature reprenne ses droits et détruise quelques intrus à grand renforts de scènes plutôt fortes. La trame simpliste laisse rapidement sa place à cette destruction sournoise de tout ce qui représente le mal ou l’avidité de l’homme et à l’image cela se traduit par une ombre et une noirceur grandissantes.

Pour qu’une aventure humaine tienne la route, il faut des interprètes crédibles. Et Eric Besnard prouve que quelques prises de risques s’avèrent toujours positives. Ainsi on ne peut que saluer la présence de ces gueules burinées dans la tradition de nos grands acteurs disparus. Clovis Cornillac prouve encore une fois que son domaine n’est pas la comédie, et il excelle dans le rôle du baroudeur solitaire. Il en est de même pour Audrey Dana ou Claudio Santamaria, impeccables. Les surprises viennent surtout de Bruno Solo, tout simplement excellent dans le rôle du mec qui succombe à la soif de l’or et pète les plombs et Patrick Chesnais qu’on n’avait pas vu aussi bon depuis une éternité, apportant une légère touche d’humour à froid en vieux briscard légèrement bad boy sur les bords, un rôle qui lui va à merveille!

Bonne surprise de l’été, 600 kilos d’Or Pur ramène sur le devant de la scène le film d’aventure à l’ancienne. Sans pour autant tomber dans l’hommage pur et dur, le film d’Eric Besnard développe une intrigue simple et linéaire, parfois trop maladroite, mais suffisamment efficace pour permettre de passer un excellent moment assez dépaysant. Si on ajoute à cela une réflexion intelligente sur la toute puissance de la nature et les méfaits de l’exploitation des terres de Guyane pour en extraire de l’or qui ne leur rapporte rien, on lui pardonnerait presque ses grosses fautes de goût plutôt handicapantes au final.

Crédits photos: © RONAN LIETAR / GAUMONT DISTRIBUTION


About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.