Review
2003, une année bénie pour le cinéma coréen! Cette année sont sortis parmi les meilleurs films jamais produits là-bas: OldBoy, Memories of Murder, Save the Green Planet. Plus des essais ratés mais passionnants dans l’animation (Wonderful Days) ou la SF (Natural City) et enfin de vraies incursions dans le cinéma d’horreur avec le bancal Into the Mirror, l’excellent The Uninvited et ce petit bijou qu’est 2 Sœurs. C’est la seule année où la production du pays a été aussi intéressante! A sa sortie le film de Kim Ji-Woon a divisé le public, d’un côté certains n’y voyaient qu’une nouvelle tentative de faire du fantôme asiatique post-Ring et trop longue, de l’autre certains en sont tombés amoureux… Et si il serait plus juste de relativiser il est simple de pencher vers la seconde catégorie tant on assiste là à un spectacle fascinant, loin d’être parfait, trop respectueux de certains codes, mais définitivement fascinant! En même temps, avec une affiche pareille qui vient ouvertement citer Shining, comment pouvait-il en être autrement?
Kim Ji-Woon est avant tout un esthète, son Foul King était très beau et A Bittersweet Life est un des polars les plus réussis sur le plan graphique (sur les autres plans aussi d’ailleurs!), il n’est donc pas étonnant que ce 2 Sœurs soit magnifique. Et peut-être même un peu trop tant dans de nombreuses scènes la forme prend le dessus sur le fond… Quoi qu’il en soit, ça reste une réussite. Des films de fantômes asiatiques on en a presque des nouveaux tous les jours, des filles aux cheveux gras qui hantent TVs, téléphones portables et même des perruques! C’est l’effet Ring, qui aura bouleversé le cinéma d’horreur semble-t’il à tout jamais… Donc dans 2 Sœurs, le réalisateur cède à la facilité lors des apparitions c’est vrai, il joue sur des mécanismes ultra-classiques tout en utilisant des sons inédits mais malgré tout, quand on est réceptif, et bien ça fonctionne sans problème. Mais pas autant que souhaité car on ne sursaute vraiment qu’une seule fois… alors qu’on s’y attend en plus, c’est ça qui est très fort!
Donc si l’horreur « instantanée » propre à la majorité des films d’horreur actuels ne fonctionne pas toujours comme ça aurait dû être le cas, Kim Ji-Woon réussit par contre à mettre en place une ambiance extrêmement réussie, et prend son temps pour nous en imprégner. Au début on pense bien entendu, et ce sont les références que cite le réalisateur, à Pique-nique à Hanging Rock de Peter Weir, Créatures Célestes de Peter Jackson voir même Signes de M. Nigt Shyamalan. Des films qui fleurent en permanence avec le fantastique mais qui sont avant tout des drames, et pour les deux premiers, des drames exclusivement féminins. Et sur ces aspects, 2 Sœurs est très proche en se centrant sur les soeurs et la belle-mère, le père complètement dépassé par les évènements restant tout le long du film détaché et mutique, comme si sa présence n’était pas souhaitée…
Donc s’il persiste à dire en interview qu’il a réalisé un pur film d’horreur, le fait est que 2 Sœurs et bel et bien un drame, horrifique oui, porté pendant un moment sur le fantastique aussi, mais un drame avant tout. Et il vaut mieux le voir ainsi de toute façon au risque d’être déçu par la toute dernière partie. En effet Ji-Woon verse dans une explication psychiatrique qui viendrait détruire une thèse complètement fantastique en refusant d’aller au bout. Mais si on y voit un drame, ça tient la route sans problème. Cela lui permet de faire d’un scénario ultra complexe un film qui ne soit pas un soufflé dur à avaler, toutes les pièces du puzzle viennent se mettre en place à la fin et pour une fois ça fonctionne sans qu’on pense à une solution de facilité ni qu’on remette en doute l’intégrité du réalisateur vis à vis de son public.
En un sens, Ji-Woon vient faire sa petite révolution du film de schizophrène, avec une toute nouvelle approche au niveau des comédiens. Il signe une superbe histoire qui aborde les difficiles sujets du deuil, de la culpabilité et de la maladie mentale, du gouffre dans lequel on peut tomber quand on porte en soi le fardeau d’un drame du passé. C’est traité d’une façon très intelligente, on découvre la vérité en même temps que Su-mi ce qui rend le film très immersif et développe une empathie très forte envers les personnages étant donné qu’on ressent les mêmes choses. Si on peut émettre une grosse réserve, c’est quand même sur la durée du film qui aurait bien mérité une vingtaine de minutes en moins pour gagner en efficacité car en l’état certains spectateurs sont rebutés par le manque de rythme.
Comme tout drame l’efficacité passe avant tout par les acteurs et la capacité du réalisateur à capter leurs émotions. ici c’est la jeune Lum Si-jeong qui livre une prestation criante de vérité, on ressent son amour pour sa soeur, sa haine pour sa belle-mère, sa rancoeur envers son père… tout dans son jeu transpire la crédibilité. Et avec elle c’est Yum Jung-ha en belle-mère au bord de l’implosion qui fait impression aussi. A elles deux elles font vivre le film, Kim Ji-Woon n’a qu’à faire ce qu’il sait faire, de très belles images, pour réussir son coup.









[...] pour s’être essayé tour à tour au film comique avec THE FOUL KING, au film d’horreur avec 2 SŒURS, mais aussi au Western ‘Kimchi’ avec LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE, puis au film noir avec le [...]
[...] touchant même le grand public, et Kim Ji-Woon est de ceux-là. Découvert avec le merveilleux 2 Soeurs, son troisième long-métrage, il a rapidement montré une aisance époustouflante à aborder des [...]
[...] drôles de références! Le couple d’acteurs, Lim Su-jeong (vue dans le très bon 2 soeurs) et le chanteur pop Rain (ici sous son vrai nom Jeong Ji-hoon), qu’on a pu voir récemment [...]