Harmonium : portrait de Tadanobu Asano

de le 11/01/2017
 
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En ce début d’année à l’affiche d’Harmonium, le cinquième long métrage de Kôji Fukada, Tadanobu Asano y interprète un nouveau personnage lunaire, sorte de poil à gratter austère qui va dynamiter la mécanique anxiogène d’une famille. C’est l’occasion de revenir sur la carrière étonnante de cet acteur pas comme les autres, aussi à l’aise en tant que symbole d’un cinéma japonais indépendant qu’au sein d’énormes productions hollywoodiennes.

Tadanobu Asano est un acteur qui sort du lot, et ce depuis ses débuts. Quand notamment il apparaissait à l’affiche d’un des premiers films d’Hirokazu Koreeda dans les années 90, Maborosi, dans lequel il interprétait ce tout jeune père choisissant le suicide. Ou quand plus généralement, et toujours dans ces années 90, il prêtait son visage si mélancolique à toute une génération de cinéastes à la marge du système, des punks aujourd’hui considérés comme les réalisateurs cultes d’une génération. Sogo Ishii, Shunji Iwai, Hideaki Anno, Teruo Ishii, Shinya Tsukamoto… sa présence fantomatique, son physique atypique, n’ont pas fini d’inspirer des cinéastes jusqu’à Hollywood où il s’est frayé un chemin pour incarner un des membres du trio palatin de Thor ou un officier dans Battleship. Bien loin de certains rôles complètement fous qui ont forgé sa réputation au pays du soleil levant.

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Ichi the Killer de Takashi Miike

Pour cette adaptation ultraviolente du non moins ultraviolent manga de Hideo Yamamoto, Takashi Miike, alors en plein délire, avait besoin d’un des meilleurs acteurs disponibles aux début des années 2000. Tadanobu Asano enfile donc le costume de Kakihara. Perruque blonde, tenue de proxénète, agrafes pour que sa bouche ne s’ouvre pas jusqu’à ses oreilles… tout est là afin de donner vie en live au plus étranges des yakuzas de l’histoire des mangas. Loin du côté lunaire qui fait aujourd’hui sa réputation, Tadanobu Asano y déploie tout son talent pour illustrer la folie furieuse personnifiée.

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Electric Dragon 80.000 V de Sogo Ishii

S’il y a bien un film « culte » dans l’imposante filmographie de Tadanobu Asano, c’est cet étrange objet filmique signé Sogo Ishii, réalisateur underground qui a très rapidement saisi tout le potentiel de l’acteur. Dans cet exercice de style expérimental, qui tient en la présentation puis l’affrontement entre deux personnages sortis d’un imaginaire débordant, Tadanobu Asano incarne Dragon Eye Morrison, un homme ayant subi tellement d’électrochocs étant enfant que son corps peut produire 80.000 volts et qu’il peut communiquer avec les reptiles. Un rôle complètement fou pour l’acteur qui semble ne pas avoir de limites, à l’image de ce script hallucinant.

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Vital de Shinya Tsukamoto

Bien moins connu que son Tetsuo, qui restera à jamais l’œuvre associée au nom de Tsukamoto, Vital est pourtant un de ses films les plus aboutis et doit énormément à la présence de Tadanobu Asano. L’acteur y interprète un étudiant en médecine amnésique suite à un accident de voiture dans lequel sa petite amie est morte. Le minimalisme de son interprétation, toute en absence et sans la moindre profusion de sentiments, en font une sorte de fantôme à la recherche de sa propre existence en explorant les corps des autres. Fascinant.

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Vagues invisibles de Pen-Ek Ratanaruang

Avant Thor et 47 Ronin, Tadanobu Asano s’est déjà aventuré en dehors du Japon, et notamment chez le réalisateur thaïlandais Pen-Ek Ratanaruang. Dans Vagues invisibles, film littéralement « international », l’acteur met à profit la mélancolie qui l’habite pour donner de la substance à la fuite de cet homme coupable de meurtre. Un long et beau voyage dans lequel le directeur de la photographie Christopher Doyle, collaborateur de Wong Kar Wai, sublime encore la présence de l’acteur. Un rôle presque mutique et hypnotisant.

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Zatoichi de Takeshi Kitano

Dans cette relecture d’un mythe japonais par et avec Takeshi Kitano, Tadanobu Asano se retrouve dans la peau de celui qui sera son plus grand adversaire. Un bad guy qui n’en est pas véritablement un, ce ronin devant travailler comme garde du corps pour pouvoir soigner sa femme malade. Un personnage très humain, avec un vrai code d’honneur, auquel l’acteur apporte toute sa noblesse jusqu’à devenir véritablement touchant. En plus de faire preuve d’une belle aisance dans les affrontements au sabre.