Fiore : Derrière les murs, la vie trouve toujours un chemin

de le 23/03/2017
 
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Une adolescente de 17 ans se retrouve dans une prison mixte pour mineurs à cause de vols de portables. Paumée, à fleur de peau, peu aidée par un père en réinsertion, elle va rencontrer Josh. Comme elle, le jeune détenu est un écorché vif. Entre les deux, l’amour est là. Dans cet univers carcéral où l’amour n’a pas sa place, ils vont, au gré des échanges clandestins, lier une véritable relation… Fiore possède la grâce et la délicatesse des films qui ont la politesse de ne pas nous rabâcher ce que l’on sait déjà sur un sujet mille fois abordé. Ici, ce n’est pas tant la prison et son quotidien qui intéressent Claudio Giovannesi mais ses personnages et leur adolescence fragile. Pas question ici de nous montrer la violence, les trafics, les amitiés, vraies ou fausses, qui se tissent derrière les murs. On suit un amour improbable qui sonne vrai. Et puis il y a Daphne Scoccia. De tous les plans, la comédienne fait ses premiers pas devant une caméra et elle porte le film au-delà du conte social. Fiore est une œuvre sensible, pudique et prenante. Parce qu’il nous montre qu’une prison peut aussi être le théâtre d’histoires atypiques, nous avons voulu revenir sur quelques films qui ont suivi le même chemin.

 

DE L’AMOUR TABOU

Si Fiore nous raconte l’histoire d’amour entre deux détenus, Éperdument, le film de Pierre Godeau, revenait sur un fait divers qui avait défrayé la chronique. Un directeur de prison tombe fou amoureux d’une de ses détenues. Situation des plus atypiques et source de divers conflits, le film avait le mérite de ne pas émettre de jugement quant au tabou de la relation mais mettait en avant sa sincérité. Après tout, l’amour n’a pas de règles… ni de loi. Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos apportent toute la fièvre nécessaire pour élever cette histoire au-dessus du sordide dans lequel elle aurait pu tomber.

 

DES RETROUVAILLES FAMILIALES

D’habitude, les rapports parents/enfants se font de part et d’autre du mur. Le superbe Les poings contre les murs de David Mackenzie met en scène Eric, un jeune délinquant, très vite jeté dans une prison pour adultes. Outre la dureté du milieu carcéral, c’est le fait que le personnage retrouve derrière les murs son propre père avec lequel il va tenter de tisser des liens. Une réconciliation improbable qui montre un semblant d’humanité dans un milieu hostile dans un film bouleversant.

 

DE LA VIE QUE L’ON DONNE

De nombreuses détenues donnent naissance à leur enfant alors qu’elles sont emprisonnées. Derrière les murs, on donne la vie. La loi permettant à la mère de garder son bébé les premiers mois, la femme vit alors ses pas de maman de façon atypique. Ombline, le très beau film de Stéphane Cazes, nous raconte cette histoire et le combat d’une jeune mère pour prouver qu’elle peut garder et élever son enfant. Une affaire de rédemption en même temps qu’une aventure humaine hors normes. Mélanie Thierry apporte tout son talent et sa sensibilité à ce personnage fort et émouvant. Sur la même trame, le superbe Leonera de Pablo Trapero dessinait un poignant portrait de femme, sans fioritures ni complaisance mais avec beaucoup d’humanité. Entre amour et douleur, la vie bat plus fort malgré les murs qui l’enferment.

 

DES RENCONTRES IMPROBABLES

Bien sûr on pourrait en écrire une tartine sur les histoires d’amitiés viriles (Luke la main froide) ou sur des liens qui unissent des êtres différents (Les Évadés) dans un cadre pénitencier, mais il y a cependant des rencontres plus insolites que d’autres, des amitiés ambigües, des liens qui se tissent, d’abord improbables puis évidents et troublants. Il y a des rencontres qui ne se seraient jamais faites sans ce contexte si particulier. Le baiser de la femme araignée d’Hector Babenco explore entre quatre murs une relation hors du commun. Un prisonnier politique (grand Raul Julia) et un homosexuel (formidable William Hurt) partagent la même cellule dans une prison de Buenos Aires sous la dictature argentine. Tout les sépare et pourtant les deux hommes vont s’apprivoiser. Très fidèle au roman de Ricardo Puig, cette œuvre humaniste et poétique joue merveilleusement entre fantasmagorie et réalisme. D’une grande richesse thématique, le film montre deux êtres qui se révèlent l’un l’autre et aussi l’un à l’autre.

 

Par Joseph Di Grégorio