film-critique

Evil Dead (Fede Alvarez, 2013)

de le 01/05/2013
FICHE FILM
 
Synopsis

Mia a déjà connu pas mal de galères dans sa vie, et elle est décidée à en finir une bonne fois pour toutes avec ses addictions. Pour réussir à se sevrer de tout, elle demande à son frère David, sa petite amie Natalie et deux amis d’enfance, Olivia et Eric, de l’accompagner dans la cabane familiale perdue au fond des bois.
Dans la cabane isolée, les jeunes gens découvrent un étrange autel, et surtout un livre très ancien, dont Eric commet l’erreur de lire un passage à haute voix. Les plus épouvantables des forces vont se déchaîner sur eux…

 
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Entre effets de modes (torture porn, found footage…) et remakes généralement foireux, le cinéma horrifique n’est pas vraiment dans sa meilleure période, et ce depuis quelques années. A trop vouloir exploiter des monuments aujourd’hui intouchables pour toucher un nouveau public sans lui donner un spectacle de qualité, cette vague de remakes est une catastrophe dont sortent pourtant quelques films miraculeux. Evil Dead version 2013 en fait partie, et tous les viseurs de snipers tournés sur lui n’auront d’autre choix que de s’effacer. Du gore dans tous les sens, un premier degré salvateur et un respect absolu de son modèle en font une expérience assez extrême.

Sur la longue liste de remakes des classiques de l’horreur, celui-ci était sans doute le plus effrayant, avec l’ombre de la médiocre Diablo Cody qui planait sur un projet déjà mort. Fort heureusement, avec l’arrivée de Fede Alvarez, repéré pour son excellent court Ataque de Pánico!, exit la scénariste de Jennifer’s Body et place à une team 100% uruguayenne pour l’écriture et la réalisation, le tout chapeauté par l’équipe derrière l’Evil Dead de 1981, à savoir Bruce Campbell, Robert G. Tapert et Sam Raimi bien sur. Autant le dire tout de suite, Evil Dead version 2013 n’est pas la claque cosmique que représentait son aîné car il n’invente rien, que ce soit en terme de narration ou de mise en scène, appliquant finalement une recette aujourd’hui devenue classique là où Sam Raimi posait des bases tellement copiées depuis qu’elles sont devenues des codes inhérents au genre. Pourtant, malgré son aspect déjà vu, Evil Dead rejoint la toute petite liste de remakes de films d’horreur réussis, aux côtés de La Colline a des yeux, La Dernière maison sur la gauche et Halloween, partageant avec le premier un degré de sauvagerie devenu assez rare au cinéma. Mais la vraie force de ce film, qui s’extirpe du statut de simple remake, est d’aborder le genre de front, sans le moindre cynisme, avec une générosité de chaque instant.

Evil Dead 1

A une époque où le second degré du postmodernisme ronge le cinéma horrifique de l’intérieur, permettant à bon nombre de réalisateurs de toiser le genre tout en s’en abreuvant bêtement, la simple existence de cet Evil Dead a quelque chose de très sain. Fede Alvarez ne se croit pas plus doué que Sam Raimi ou plus intelligent que le genre, et il se contente de livrer 1h30 d’horreur à l’ancienne, sans gags pourris, sans bimbos, sans beaux gosses et sans réflexion sur le cinéma, mais en donnant simplement au public ce qu’il venait chercher : du sang, de la violence et une ambiance poisseuse. Il ne prend d’ailleurs pas son temps pour plonger le spectateur dans l’horreur pure, délivrant un prologue coup de poing qui donne le ton de ce qui va suivre, à partir du moment où les choses vont déraper. Suivant une construction un brin mécanique empruntant aux motifs éculés du genre, avec la réunion de jeunes, le voyage en bagnole et les morts qui s’enchainent, Evil Dead se démarque par ses personnages ne répondant à aucun archétype, son ton immédiatement glauque (les jeunes ne se sont pas réunis pour faire la fête et se déchirer la gueule mais pour aider une des filles à décrocher de la dope) ainsi que sa construction linéaire ne laissant aucune place à l’évasion. Evil Dead est une série B pure et dure qui ne s’embarrasse d’aucun élément futile et va droit à l’essentiel, avec une progression de l’horreur savamment calculée. Et si le film ne fait jamais peur, à l’inverse de ce que nous annoncent les différents éléments d’un marketing abusif, il renoue avec une forme d’horreur viscérale héritée des années 70, le sous-texte politique en moins. Devant ce nouveau Evil Dead et son ambiance poisseuse à souhait, autant créé par le découpage que par la photographie magnifiquement dégueulasse d’Aaron Morton, on pense bien entendu au Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Ce retour salvateur aux fondamentaux, aussi salutaire soit-il, souffre pourtant d’une écriture parfois un peu bête qui l’empêche de devenir LA claque horrifique inattendue.

Evil Dead 2

Quelques incohérences, un manque de logique parfois, Evil Dead n’est clairement pas un modèle de script. Pourtant, cela ne pose pas de problème fondamental dans la mesure où dès que la première crise de possession se présente, le film adopte un rythme qui ne laisse plus vraiment de place à la narration. On assiste dès lors à une surenchère progressive dans la barbarie, les séquences se livrant une compétition extrême à savoir laquelle sera la plus gore, le tout sans pour autant tomber dans le grand guignol. Cet aspect très premier degré est sans doute le plus bel hommage possible à l’original de Sam Raimi, souvent considéré à tort comme une comédie horrifique alors qu’il était un pur film d’horreur. On retrouve d’ailleurs cette approche très cinéphage, avec des séquences en appelant à différents classiques dont L’exorciste ou Carrie, tandis que certains plans sont directement reproduits depuis l’original, qu’il s’agisse des mouvements en shakycam au milieu des bois ou la profusion de travellings compensés du plus bel effet. Evil Dead par Fede Alvarez est un film qui ne manque pas de style, avec une mise en scène élaborée doublée d’un montage toujours efficace, même s’il lui manque l’ingrédient qui fait de l’original une vraie date dans l’histoire du cinéma bis : le génie d’un metteur en scène qui invente des techniques pour révolutionner un genre. On se console sans problème avec la générosité totale dont le réalisateur fait preuve, osant à peu près tous les excès dans la sauvagerie pour transformer le film en un monument de dégueulasse. Le dernier acte est à ce titre un sommet d’horreur qui, entre deux clins d’œil bien sentis et jamais gratuits, use de symbolique (notamment sexuelle, présente dès les premiers signes de possession démoniaque) et iconisation outrancière pour construire quelque chose de monstrueux. Simple, efficace, tendu et outrancier dans l’horreur organique, Evil Dead version 2013 réussit autant à rendre un hommage mérité à son aîné qu’à s’imposer comme un modèle à suivre en terme de brutalité.