film-critique

Upside Down (Juan Solanas, 2012)

de le 01/05/2013
FICHE FILM
 
Synopsis

Dans un univers extraordinaire vit un jeune homme ordinaire, Adam, qui tente de joindre les deux bouts dans un monde détruit par la guerre. Tout en luttant pour avancer dans la vie, il est hanté par le souvenir d’une belle jeune fille venant d’un monde d’abondance : Eden. Dans cet univers, son monde se trouve juste au-dessus de celui d’Adam - si près que lorsqu’il regarde vers le ciel, il peut voir ses villes étincelantes et ses champs fleuris. Mais cette proximité est trompeuse : l’entrée dans son monde est strictement interdite et la gravité de la planète d’Eden rend toute tentative extrêmement périlleuse.

 
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Il faut toujours se méfier des films-concepts, en particulier quand ils finissent par souffrir d’une production hasardeuse. C’est le cas d’Upside Down, formidable sur le papier avec ses deux mondes qui se regardent à l’envers, mais qui ne transcende jamais son concept pour en faire un film reposant sur autre chose. Fragile et mal écrit, le second film de l’argentin Juan Solanas n’a malheureusement pour lui qu’une empreinte visuelle forte et ce fameux high concept qui manque tout de même de rigueur scientifique pour tenir la route.

Quatre ans se sont écoulés depuis les premières rumeurs sur Upside Down, romance et thriller SF bâti autour de cette image de deux habitants de deux mondes dont l’un se situe au-dessus de l’autre. Un véritable film-concept pouvant aboutir soit sur une petite merveille (les exemples sont légion) soit sur une baudruche (les exemples sont encore plus nombreux). Manque de bol, Upside Down se situe dans la seconde catégorie et montre rapidement ses limites. Inutile de rappeler qu’un film de science-fiction doit s’appuyer sur un concept physiquement viable, mais dans le cas présent l’idée de double gravité ne tient pas la route. La faute à une donnée toute simple oubliée dans l’équation, celle de la rotation d’une planète, nécessaire à créer une forme de pesanteur et totalement absente du modèle créé par Juan Solanas. Certes, il s’agit d’un détail, mais le réalisateur pousse le sens du détail tellement loin pour créer son univers – à quelques erreurs près, notamment les coups de feu qui ne semblent pas affectés par la pesanteur – qu’il n’a pas le droit à de telles approximations. Car il devient alors très difficile de croire à son univers, répondant seulement à certaines lois de la physique, et manquant donc bien trop de rigueur pour s’y immerger.

Upside Down 1

Ce laxisme est d’autant plus problématique que Juan Solanas semble faire preuve d’une rigueur dans faille au moment de faire appliquer les trois lois qui régissent son monde. Upside Down se montre alors relativement cohérent, même si subsistent quelques éléments traités par dessus la jambe. Cependant, si le film ne se prête pas nécessairement au jeu de la rigueur scientifique, c’est qu’il est avant tout une romance et non un pur film de SF. Et à ce niveau, il est bien plus raté. La faute à une écriture bâclée ou aux conséquences de divers remontages, il est difficile de trancher mais ce qui est certain c’est que le film manque cruellement d’émotion. Et il s’agit d’un problème majeur dans la mesure où les scènes pensées pour en véhiculer sont bien à l’écran mais ne fonctionnent jamais. C’est la conséquence tragique de divers éléments, avec en tête cette structure bâtarde dont certaines ellipses narratives fonctionnent tellement mal qu’elles créent des trous béants dans le récit, ou encore un duo d’acteurs qui ressemble à une des pires idées de casting pour une romance. Si Jim Sturgess et Kirsten Dunst ont déjà largement prouvé l’étendue de leurs talents respectifs, le couple qu’ils forment à l’écran ne fonctionne jamais, n’atteignant pas la nécessaire alchimie et ne s’imposant jamais sous la forme de personnages un minimum charismatiques. Le souci est majeur car Upside Down multiplie les ruptures/retrouvailles, symboliques ou réelles, mais ces évènements ne provoquent qu’un désintérêt poli. La faute sans doute également au mode de narration choisi, et sa voix off monocorde du pire effet, fonctionnant sur le mode de la fable presque mythologique lors de l’ouverture avant de se transformer en gimmick foireux plombant la narration plutôt que de lui apporter quelque chose. Ainsi, Upside Down manque également et cruellement de rythme, et ce d’autant plus que la forme de mélancolie recherchée ne fonctionne pas non plus.

Upside Down 2

Autre élément d’incompréhension, cet univers constitué de deux mondes qui s’opposent, avec celui du bas très pauvre et celui d’en haut très riche. Si la métaphore sociale s’avère extrêmement simpliste, avec le riche exploitant le pauvre de par sa position de domination, développant un propos des plus manichéens et presque un peu bête à notre époque, elle constitue pourtant un terreau à priori fertile. Là encore, le sujet n’est jamais vraiment exploité autrement que visuellement, afin de créer des séquences qui cherchent à perturber les sens, mais on ne trouve aucune espèce de réflexion sur le sujet. Pour cela, on attendra patiemment Elysium. Reste que visuellement donc, Upside Down est souvent une petite merveille. Tel un beau livre d’images, servi par le talent des équipes de BUF qui ont composé des matte paintings souvent démentiels, Upside Down jongle avec des illustrations magnifiques qui bénéficient également d’un traitement intelligent de la lumière par Pierre Gill. Le directeur de la photographie bien connu des productions canadiennes (L’art de la guerre de Christian Duguay, Polytechnique de Denis Villeneuve, ou plus récemment Starbuck de Ken Scott) propose ici une photo extrêmement élaborée afin de faire avaler au mieux la quantité de fonds verts qui finissent par paraître presque naturels. On ne compte plus les plans qui pourraient très bien être exploités sous forme de tableau, sauf que toute cette beauté ne sert finalement pas à grand chose. Par sa narration ankylosée, sa distance causée par des personnages pas très bien écrits et son manque global d’ambition derrière son simple concept qui ressemble plus à un faire-valoir qu’à autre chose, Upside Down survit par quelques séquences qui donnent le tournis, et y compris des intérieurs bien pensés mais ressemble avant toute chose à un sacré pétard mouillé.