film-critique

Un Balcon sur la mer (Nicole Garcia, 2010)

de le 14/12/2010
FICHE FILM
 
Synopsis

Dans le sud de la France, Marc, marié et père de famille, mène une vie confortable d'agent immobilier. Au hasard d'une vente, il rencontre une femme au charme envoûtant dont le visage lui est familier. Il pense reconnaître Cathy, l'amour de ses 12 ans dans une Algérie violente, à la fin de la guerre d'indépendance. Après une nuit d'amour, la jeune femme disparaît. Au fil des jours un doute s'empare de Marc : qui est vraiment celle qui prétend s'appeler Cathy ? Une enquête commence.

 
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Depuis 20 ans, à son rythme de sénatrice (1 film tous les 4 ans) Nicole Garcia s’est construit un cercle de spectateurs fidèles, et ce même si avant d’y entrer son cinéma n’est pas des plus attrayant. L’histoire se répète avec son sixième film, Un Blacon sur la mer, emmené par la bande annonce la moins excitante de l’année. Pourtant des éléments attisent notre curiosité, et en premier lieu, comme une évidence, la présence de Jean Dujardin dans un rôle dramatique, son troisième cette année après Le Bruit des glaçons et Les Petits mouchoirs. Également le fait que celle qui fut actrice chez Tavernier, Resnais ou Sautet avant de prendre la caméra, bien qu’elle n’aie jamais vraiment cessé de jouer, aborde cette fois de façon plus ou moins frontale son enfance à Oran, en Algérie alors française. Une toile de fond délicate à traiter (on a tous en tête le calamiteux Hors-la-loi) mais qui se voit ici relayée au second voire troisième plan afin de privilégier toute autre chose. Un Balcon sur la mer, film au titre ô combien énigmatique et évocateur, nous parle d’un couple qui n’en est pas un, d’amour, de souvenirs, de regrets surtout. Un film sensible, planant, imparfait mais doté d’un véritable pouvoir de séduction, un film qui mise quasiment tout sur ses acteurs et une ambiance vaporeuse aux lisières de la mémoire. Et c’est très beau.

Cette beauté naît d’une certaine sincérité dans l’entreprise, et d’un projet clairement personnel. Pour cela Nicole Garcia a fait une nouvelle fois appel, entre autres, au scénariste Jacques Fieschi ayant lui aussi passé son enfance en Algérie. Ce passé en commun se ressent énormément dans toutes les séquences de flashbacks sur l’enfance commune des personnages. Flashbacks pas toujours heureux d’ailleurs, car ils handicapent légèrement une narration qui peine parfois à trouver son rythme, Nicole Garcia usant et abusant d’ellipses jusque dans son montage, point faible et déroutant d’Un Balcon sur la mer. Pourtant on se sent comme happé par cette histoire aux forts relents nostalgiques, une sorte de pause dans le présent, quand les souvenirs et les regrets viennent le parasiter. Au centre il y a deux thèmes forts: l’enfance bien sur, et son quota d’illusions perdues, ainsi que la perspective d’une seconde chance, comme si la vie devenait tout à coup facile en effaçant une erreur du passé.

Tout y est centré sur le personnage de Marc Palestro, classe sociale tranquille, famille aimante, vie facile. Mais plus le film avance plus s’ouvrent ses blessures, celles d’un passé complètement refoulé par sa mémoire sélective. Il a oublié les morts en Algérie, il ne sait plus vraiment qui était celle qu’il aimait alors. Son évolution suit une logique impeccable, troublante. Cet agent immobilier talentueux, père de famille tout ce qu’il y a de plus banal finalement, vit tout à coup dans l’illusion avec l’apparition d’un fantôme du passé. Un Balcon sur la mer réussit à nous surprendre à plusieurs reprises par des révélations qu’on n’attendait pas forcément, mais ne parvient pas à nous passionner à cause de son faux rythme. C’est dommage car il y a pourtant quelque chose de mystérieux qui réussit à ne pas nous exclure du récit, mais qui ne va peut-être pas assez loin dans l’approche « thriller » pour en faire quelque chose de grand. Toutefois on est souvent subjugué simplement par la grâce des acteurs et la simplicité apparente d’une mise en images toujours délicate et inspirée.

Nicole Garcia filme tout ça avec légèreté, avec une caméra invisible et portée, comme en lévitation parfois. Elle souligne ainsi le rapport presque irréel entre ses personnages qu’elle éloigne pour mieux souligner leur rapprochement. On a vraiment la sensation de voir un beau film, contrairement à beaucoup de drames peu inspirés produits chez nous, beauté qui éclate dans cette vision inédite du sud de la France, filmé comme jamais, sans utiliser des couleurs chaudes et avec une lumière étrange. Mais Un Balcon sur la mer vaut surtout pour ses acteurs, pour la plupart merveilleusement dirigés. Marie-Josée Croze apporte son look de femme fatale et son caractère insaisissable, Sandrine Kiberlain et Michel Aumont les cautions de fragilité et d’assurance. Mais ce sont Toni Servillo et Jean Dujardin qui tirent leur épingle du jeu. Le premier est comme à son habitude impeccable, vision globale de l’italien chaleureux et légèrement escroc sur les bords, le second livre une de ses plus belles performances et prouve une nouvelle fois qu’en plus d’être l’un des plus doués dans le registre de la comédie, il est tout simplement un immense acteur dramatique.

[box_light]Un Balcon sur la mer est une jolie surprise du cinéma français pour cette fin d’année. À mi-chemin entre drame classique et thriller aux relents hitchcockiens, Nicole Garcia développe une intrigue vaporeuse où se mêlent réalité troublante et souvenirs éclatés. On y décèle bien quelques approximations scénaristiques et un montage parfois à la peine, mais suivre le destin de cet homme, immense jean Dujardin, à la rencontre de son passé et bercé par l’illusion de la deuxième chance, apporte un charme fou au film. Personnel, nostalgique, mystérieux, Un Balcon sur la mer est un beau film sur les faux-semblants et la jeunesse perdue, avec en toile de fond judicieusement utilisée le décor dramatique de l’Algérie française.[/box_light]