film-critique

True Grit (Joel et Ethan Coen, 2010)

de le 13/01/2011
FICHE FILM
 
Synopsis

Mattie Ross, quatorze ans, est déterminée à rendre justice à son père, tué de sang-froid par le lâche Tom Chaney. Elle engage Rooster Cogburn, un Marshall alcoolique réputé pour avoir la gâchette facile, et décide de l’accompagner (malgré ses réticences) à la poursuite de Chaney. Ils devront traquer le criminel jusqu’en territoire Indien, et le trouver avant LaBoeuf, un Ranger également à sa recherche pour un meurtre commis au Texas.

 
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True Grit risque bien de décevoir. Forcément, on attendait peut-être un nouveau Big Lebowski au far-west. Pourtant avec True Grit les frères Coen ne livrent rien d’autre qu’un classique instantané. Merveilleusement mis en scène, servi par des dialogues magistraux et une finesse d’écriture comme eux seuls en sont capables, porté par des acteurs absolument formidables avec en tête un Jeff Bridges impérial et une Hailee Steinfeld surprenante, True Grit est un des plus merveilleux westerns apparus au cinéma depuis la mise à mort du genre par Clint Eastwood il y a bientôt 20 ans. En y apportant leur touche magique, les Coen revisite une universelle histoire de vengeance et accouchent d’un vrai et pur western dans la grande tradition américaine tout en le révolutionnant sournoisement. Un grand cru.

S’il y a bien une constante dans le cinéma des frères Coen, c’est qu’ils parviennent à surprendre le public à chaque film, ou presque. S’il fallait trouver une seconde constante, au-delà de considérations techniques, c’est la présence quasi-permanente d’un des genres fondateurs du mythe du cinéma américain : le western. De The Big Lebowski (l’ouverture du film, le personnage de l’étranger) à No Country for Old Men (toute l’iconographie des paysages de l’ouest américain) on a toujours trouvé des réminiscences du western sans que jamais ils n’abordent le genre de façon pure et dure. Et voilà qu’après leur comédie ultime A Serious Man, alors qu’on pouvait se demander la direction qu’allait prendre leur oeuvre, ils livrent un pur western dans la grande tradition hollywoodienne du genre, mais à la sauce Coen bien entendu! Une nouvelle fois les frangins surdoués parmi les auteurs les plus intéressants à Hollywood depuis maintenant plus de 25 ans réussissent à nous surprendre et à assouvir notre soif de jouissance cinéphile. Il faut dire que le pari était presque gagné d’avance, ne serait-ce que pour les retrouvailles entre les frères Coen et Jeff Bridges 12 ans après The Big Lebowski, mais on les attendait tout de même au tournant. Aucune déception en vue, car si True Grit tranche quelque peu avec la relative folie de leurs travaux précédents, il s’inscrit directement dans la lignée des monuments du genre, avec ce petit plus si caractéristique de leur cinéma et qui a parfois pu manquer au western justement : des dialogues d’une intelligence incroyable et un humour tranchant comme une lame.

Comme souvent les Coen ouvrent leur film sur une séquence au ton étrange. Cette fois, après avoir entendu la jeune Mattie Ross réciter un proverbe de Salomon, c’est sa voix qui nous guide sur un long fondu au noir sous forme de croix qui nous dévoile la scène qui va entraîner tout le reste, à savoir une vengeance, celle d’une fille de 14 ans dont le père a été assassiné. Ce sera d’ailleurs une des seules séquences, avec la première apparition du ranger LaBoeuf (Matt Damon) se déroulant sur un ton presque onirique, dans une ambiance sombre. Car pour leur adaptation du roman éponyme de Charles Portis, déjà porté à l’écran par Henry Hathaway avec John Wayne dans le rôle du marshall Cogburn (son unique oscar), les Coen balayent tous les western crépusculaires d’un revers de la main en signant une oeuvre lumineuse dans la grande tradition du western américain. Mettant largement à profit les étendues désertiques de l’ouest qu’ils soignent dans un scope magnifique, ils redonnent ses lettres de noblesse à un genre tombé dans la somnolence depuis bien trop longtemps, malgré quelques brefs réveils ces dernières années.

En apparence ils signent une adaptation ultra fidèle et bien classique. Mais à y regarder de plus près ce n’est pas tout à fait le cas. Certes on y trouve des cowboys à la sale gueule et buveurs de whisky, des villes poussiéreuses, des colts et des chevaux, mais derrière le voile les codes du genre tombent. En effet on est assez surpris de ne pas trouver la moindre trace d’une prostituée, figure omniprésente du genre. On l’est encore plus de voir une jeune fille mener par le bout du nez deux chasseurs de prime, ou de ne jamais mettre les pieds dans un saloon (on n’en aperçoit que les toilettes à l’extérieur quand on fait la connaissance du poivrot Cogburn). Il y a donc bien quelque chose d’original qui fait que True Grit s’inscrit tout à fait dans le genre mais le dynamite en douceur. Pour le reste on suit un récit finalement assez classique de vengeance, la principale originalité étant qu’il s’agit d’une petite fille. Et qu’on ne se leurre pas, si c’est Cogburn qui est mis en avant, Jeff Bridges oblige, c’est elle qui en a la plus grosse paire dans le slip et qui mène la danse du début à la fin, ne reculant jamais et faisant preuve d’une force de caractère incroyable pour un personnage féminin dans un film américain. True Grit est brillamment écrit (il suffit aux Coen d’un plan pour cerner le background aisé de Mattie) jusque dans ses dialogues bourrés d’humour grinçant et de grossièretés en tous genres.

Avec les larges étendues de l’ouest, les frères Coen prouvent facilement à quel point ils sont des maîtres en termes de mise en scène, pour ceux qui auraient pu encore en douter (mais est-ce possible?). Parfaitement à l’aise dans un genre qu’il vénère, ils trouvent juste le cadre parfait, la lumière qui tombe pile comme il faut, un travail de grande classe mais qui manque peut-être d’une pointe de folie là aussi. Mais la raison d’un tel « académisme » formel vient du fait que True Grit est clairement un film d’acteurs. Et si les seconds rôles assurent leur prestation haut de gamme (Josh Brolin et Barry Pepper, impeccables) sans forcément marquer les esprits pour cause de présence à l’écran fort réduite, le trio principal impressionne. Le plus surprenant est Matt Damon, dans un registre complètement nouveau il fait vraiment bonne figure, n’hésitant pas à jouer avec son image et effaçant donc pour une fois l’acteur derrière le rôle. Mais True Grit est porté (littéralement) sur les épaules de Jeff Bridges et Hailee Steinfeld. Le premier confirme tout le bien qu’on pense de lui depuis de longues années et écrase la prestation de John Wayne, la seconde est carrément LA révélation de ces dernières année, absolument bluffante en jeune fille prête à tout pour venger son père. Et puis ce plan final en écho à Impitoyable, quelle beauté!