film-critique

Maniac (Franck Khalfoun, 2012)

de le 17/06/2012
FICHE FILM
 
Synopsis

Un psychopathe sème la mort en ville en scalpant ses victimes pour recréer sa mère abusive décédée plusieurs années auparavant.

 
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Assistant réalisateur sur Le Grand Pardon II du père Arcady, Franck Khalfoun voit depuis des années sa carrière intimement liée à celle d’Alexandre Aja et au succès international de ce dernier qui semble lui refiler les scripts les plus médiocres qu’il signe avec son comparse Grégory Levasseur. Après le très oubliable 2ème sous-sol, place à la spécialité d’Alexandre Aja, à savoir le remake de film culte. Sauf qu’en plus d’avoir gagné ce statut très enviable au fil des années, le Maniac de William Lustig est tout simplement un film immense ayant ouvert les années 80 avec brutalité et désespoir. Malsain, bouleversant, inoubliable, Maniac, film que Joe Spinnel porta à bout de bras de l’écriture jusqu’à l’incarnation habitée à l’écran, est un de ces grands classiques du cinéma de genre qui n’a pas pris une seule ride tant il reste efficace, et qui n’avait clairement pas besoin d’un remake. Avec un parti-pris de mise en scène séduisant sur le papier et très gratuit à l’écran, le Maniac de Franck Khalfoun peine à dépasser le stade de l’exercice de style, en grande partie raté, qui n’avait pas lieu d’être et ne parvient jamais à effacer toutes ces craintes très légitimes.

[quote]Un POV remake…

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La grande « audace » de Maniac version 2012 se situe dans cette fameuse mise en scène en vue subjective. Tout le film, ou presque se déroule à travers les yeux du tueur, comme la séquence d’ouverture du film original de William Lustig ou de nombreuses scènes de Schizophrenia de Gerald Kargl. Sauf qu’un artifice de mise en scène utilisé en automatique transforme un film en pur exercice de style qui se doit de proposer de la matière pour passer du statut d’essai à celui de film, et c’est bien là que se trouve le gros du problème. Maniac n’a pour lui qu’un script tellement faible qu’il en devient presque honteux face au monument de Lustig, qui a pourtant donné sa bénédiction à cet improbable remake. Pendant les premières 10-15 minutes, d’un film qui ne dépasse intelligemment pas les 1h20, on se laisse pourtant prendre au jeu de ce procédé finalement assez peu utilisé au cinéma, sur la longueur. A ce titre la scène d’ouverture est assez incroyable, par la tension qu’elle construit, et qui laisse courir tous les espoirs, et par la brutalité frontale dans laquelle elle s’achève, rappelant le goût prononcé d’Alexandre Aja pour la sauvagerie en plein cadre devant laquelle Franck Khalfoun ne recule pas. Sauf qu’à tout miser sur cette brutalité, qui se résume à une poignée de séquences monstrueuses et assez virtuoses entourées de vide, il est assez clair que tout le monde est passé à côté du film. On est loin de la réussite d’Haute Tension qui était déjà très largement inspiré de Maniac, on est à des années lumière de Schizophrenia, car ce Maniac là peine à raconter une histoire, peine à mettre en place une ambiance et ne cherche finalement qu’à impressionner par à-coups. Ce qui est construit sur la durée est assez grotesque, car il s’agit d’un portrait classique de serial killer sans saveur, comme on en a vu des dizaines de fois. Les rues glauques de New York, que Lustig filmait comme un Scorsese en plus malsain, nous manquent. La masse de Joe Spinnel, ses regards, son côté attachant qu créait une véritable ambiguïté, tout cela est sacrifié au profit du fluet Elijah Wood qui donne tout ce qu’il peut, s’est investi dans chaque scène alors qu’il n’est pas dans le cadre 80% du temps, mais il reste dans le portrait du fou schizophrène et n’est jamais vraiment ambigu. Pire, le final grand-guignolesque et ultra-violent, qui en appelle autant à l’original qu’au fantôme de Lucio Fulci, se voit plombé par une explication toute pourrie sur l’enfance de Frank et la relation avec sa mère qui aura fait de lui un être instable. Une psychologie de comptoir comme on n’aimerait plus jamais en voir dans un film de serial killer, et surtout quand il cherche à créer l’évènement et s’imposer comme un exercice totalement inédit.

Cette justification foireuse, qui finit d’anéantir toute ambiguïté éventuelle, n’est finalement que le dernier clou enfoncé dans un cercueil déjà bien scellé de ce remake foutraque et sans grand intérêt. Alors bien sur on retrouve un certain aspect craspec, essentiellement grâce à la photographie bien dégueulasse de Maxime Alexandre, on plonge dans les 80’s à travers la merveilleuse composition de Rob un peu dans l’esprit des synthés de Giorgio Moroder ou de Goblin, qui aurait pu faire à Cannes l’effet d’un Drive 2012 si Maniac avait été bon, on reste bluffés par la qualité des maquillages et effets spéciaux assez hallucinante. Sauf que ça ne fait pas un film. Et pour un incroyable plan-séquence qui se termine par un scalp plein cadre avec la caméra qui quitte sa position subjective (schizophrénie intelligemment illustrée par l’image), clairement la scène la plus impressionnante de tout le film, il faut se farcir 1h20 qui semblent en durer 6 tellement le film avance sur un rythme bancal avec un énorme ventre mou. Une poignée de belles idées donc, des hommages très/trop appuyés au film original comme la recomposition de l’affiche originale dans un reflet après un meurtre, un Elijah Wood remarquable même s’il ne fait pas le poids, et ne tente pas de le faire, face au souvenir de Joe Spinnel, mais un ensemble à la ramasse par son manque d’application, par une mise en scène en vue subjective la plupart du temps très mal exploitée, et par sa banalité. Maniac est bien ce remake qui n’aurait jamais dû voir le jour, qui non seulement n’apporte rien à l’original, suffisamment solide, mais fait carrément pale figure face à lui, tout en n’apportant pas grand chose non plus au film de serial killer. C’est bien dommage, mais c’est franchement raté.