film-critique

Les Aventures de Philibert, capitaine puceau (Sylvain Fusée, 2011)

de le 02/04/2011
FICHE FILM
 
Synopsis

Royaume de France, 1550, en Bretagne. Philibert, robuste gaillard d’une vingtaine d’années, fils aîné d’un cultivateur d’artichauts, se démarque des autres garçons du village. Idéaliste, candide, il se prédit un avenir glorieux dans l’artichaut et préserve sa virginité pour celle qu’il ne connaît pas encore mais que Dieu lui destine. Avant de trépasser, son père lui apprend qu’il n’est pas son vrai père. Celui-ci était un gentilhomme, Fulgence Bérendourt de Saint-Avoise, lâchement assassiné par un Bourguignon avec une tache de vin en forme de rose dans le cou. Sa besace remplie d’idéaux et d’artichauts, Philibert quitte son village et galope vers la Bourgogne, accompagné de Martin son valet un peu fourbe. Le courage de Philibert, sa charité, sa pureté physique et morale seront ainsi mis à rude épreuve face à la bassesse et à la vénalité des vilains et la tentation des femmes plus libidineuses les unes que les autres...

 
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Sur le papier, Les Aventures de Philibert, capitaine puceau avait tout pour être la grosse réussite de la comédie française en 2011. Jérémie Renier toujours exceptionnel dans le second, voire troisième, degré, Alexandre Astier en ennemi juré, un scénario signé Jean-François Halin (OSS 117: Le Caire, nid d’espions et OSS 117: Rio ne répond plus) et Karine Angeli (la série TV Un gars, une fille et… Brice de Nice) et Sylvain Fusée, réalisateur sur Les Guignols de l’info et Groland. Une association faite pour fonctionner, pour accoucher d’une pépite décalée, d’un joyaux de l’humour. Un tel désir de réaliser un film immédiatement culte, et qui se ressent à au moindre plan ou à la moindre réplique n’aboutit généralement que sur du vent. Un vent à l’odeur déplaisante concernant Philibert tant le film est un échec sur toute la ligne, LA grosse déception du premier semestre 2011 qui ne devrait pas trop mettre en avant sa parenté avec les deux merveilles de Michel Hazanavicius tant le résultat est fondamentalement différent. Philibert c’est une nouvelle fois la cruelle démonstration qu’un concept génial et des idées brillantes ne font pas nécessairement un bon film. Dans le cas présent, cela aboutit sur un pur nanar pas très marrant.

La douche froide est brutale. Dès les premières images apparaît le décalage éclate entre les intentions et le résultat, fossé qui n’aura de cesse de cesse de se creuser jusqu’au générique de fin. Pourtant le traitement s’avère assez proche de ce qui a été fait sur OSS 117, mais d’un côté on a deux films à l’humour ravageur et caustique, de l’autre un où l’humour ne fonctionne quasiment jamais! Pourquoi? Difficile à dire, la réception de l’humour au cinéma étant ce qu’il y a de plus subjectif. Mais généralement, ne décrocher que 2-3 sourires et des rires moqueurs sur à peu près 1h45 n’est pas très bon signe quant à l’efficacité d’une comédie. Pourtant ici tout est présent. Les décors entre carton pâte et éléments naturels, les costumes haut en couleurs, les acteurs jouant tout dans l’outrance, les faux raccords et séquences interminables… la parodie (ou l’hommage) est réussie à l’écran, on est bien devant un film de cape et d’épée, finalement tel qu’on n’en avait plus vu depuis la période d’Errol Flynn, de La Tulipe Noire, Fanfan la tulipe ou Le Bossu. En France certains s’étaient déjà essayé à l’exercice, avec les mauvais Le Libertin de Gabriel Aghion et Blanche de Bernie Bonvoisin.

Pour fonctionner parfaitement, une parodie doit trouver un équilibre entre cet hommage respectueux, grossier et outrancier à un genre, chose réussie ici, et un humour immédiat, fin ou lourd peu importe. Le soucis de Philibert est que tous les gags, même ceux clairement pensés pour la postérité (dont les running gags), tombent à plat et s’oublient. Plutôt que de finesse on parlera de lourdeur en terme d’humour. Un propos assez grossier sur l’homosexualité latente du héros, une réflexion avortée sur l’aveuglement religieux, et des trucs visuels non dénués de charme mais qui se plantent également : des accélérés pour les passages à cheval, un promontoire qui apparaît toujours au moment de monter la bête, des armes qui apparaissent sur les murs au bon moment, une galère miniature ou un faux soleil… on les voit à l’écran les intentions, et elles sont louables. Mais à l’image de cette séquence de torture (qui au passage reprend une idée de La Légende de Beowulf) hilarante sur le papier, ça ne prend pas!

Sylvain Fusée adopte la posture Hazanavicius sans la maîtriser totalement et sans la pousser aussi loin. S’il reprend à son compte les figures de style du film de cape et d’épée, jusque dans l’interminable duel final qui bat sans doute tous les records en terme de durée (et ils étaient longs les duels dans les films de l’époque), il trouve une limite avec le traitement visuel. Philibert ne présente aucun filtre quand les aventures d’ Hubert Bonisseur de la Bath profitait de cette altération de l’image. Grosse erreur, le film prenant l’apparence d’un téléfilm. Sous couvert de l’hommage, les cadres sont repris des grands classiques avec un joli mimétisme mais sans la signature d’un artiste, la différence est là. Concernant les acteurs, c’est plutôt bon pour Jérémie Renier, très à l’aise dans ce genre de rôle (proche de celui de Potiche parfois) ambigu, outrancier et très agaçant. Mais sans grande surprise c’est Alexandre Astier qui lui vole la vedette à chaque apparition. Même si on l’a connu plus drôle, sa composition en bad guy vaut vraiment le détour car lui est capable de transcender le matériau de base.

[box_light]Les Aventures de Philibert, capitaine puceau est un film bourré de bonnes intentions et clairement né sous de bonnes étoiles. Sauf que malgré tout, le film est raté. L’hommage fonctionne mais la parodie patine. C’est un plaisir de retrouver détournées les figures de style du cinéma de cape et d’épée mais on aurait bien voulu se marrer un bon coup devant ce spectacle. Niveau rire c’est malheureusement le néant sans qu’on comprenne trop pourquoi. On se console avec le grand Alexandre Astier et quelques vannes qui font mouche, plus une chanson débile mais entêtante. Mais c’est bien maigre pour s’imposer…[/box_light]