film-critique

Le Monde de Charlie (Stephen Chbosky, 2012)

de le 04/01/2013
FICHE FILM
 
Synopsis

Au lycée où il vient d’arriver, on trouve Charlie bizarre. Sa sensibilité et ses goûts sont en décalage avec ceux de ses camarades de classe. Pour son prof de Lettres, c’est sans doute un prodige, pour les autres, c’est juste un "loser". En attendant, il reste en marge - jusqu’au jour où deux terminales, Patrick et la jolie Sam, le prennent sous leur aile. Grâce à eux, il va découvrir la musique, les fêtes, le sexe… pour Charlie, un nouveau monde s’offre à lui.

 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Les tumultes de l’adolescence, les traumas d’une enfance volée, les amours, les peines… le cinéma indépendant américain raffole de ces sujets jusqu’à provoquer une sérieuse overdose. Pourtant, par intermittence apparait une petite perle. Le Monde de Charlie ne fera peut-être pas date, il ne traversera pas les âges ni ne réinventera les codes du drame adolescent, mais passée une entrée en matière laborieuse qui le lance sur une voie bien balisée et mis à part quelques figures de style éculées, le second film de Stephen Chbosky parvient à capter quelque chose d’étonnant.

Le Monde de Charlie part pourtant sur des bases peu rassurantes. Avec son héros qui correspond en tous points à la figure classique de l’adolescent loser, pas à sa place, balloté dans un monde qui ne le comprend pas, tout d’abord. Mais également par le traitement de la chose, à base de mise en scène très démonstrative dans la mélancolie, de poses au ralenti et d’une musique folk qui n’en finit plus de contaminer le cinéma indépendant. Des premiers pas très convenus, très basiques, jouant sur une corde émotionnelle presque vulgaire tant elle est visible. Sauf qu’assez rapidement semble se dessiner en arrière-plan quelque chose de différent. Un drame, lourd et violent, qui aurait conditionné l’existence de cet adolescent en pleine misère affective. Intelligemment, Stephen Chbosky puise légèrement dans le film-parenthèse de Gregg Araki, Mysterious Skin, dans la mesure où il maintient en permanence un background atroce sans vraiment le dévoiler. Il joue ainsi avec l’imaginaire du spectateur qui va se créer son propre drame en fonction de son rapport affectif au personnage de Charlie, avant d’asséner son coup de boutoir en dévoilant très précisément la nature de la chose dans son dernier acte. Le Monde de Charlie fonctionne ainsi sur un principe très simple, à savoir le rapport entretenu entre les personnages et le public, l’empathie décidant du moteur émotionnel.

Car il faut bien avouer qu’il n’y a rien d’excessivement surprenant dans ce récit. Le Monde de Charlie mise sur la projection du spectateur dans la peau de l’adolescent mal dans sa peau tout à coup pris sous son aile par deux personnages fantasques. Les jalons de sa progression répondent à un schéma extrêmement classique : solitude, rencontres, acceptation dans la bande, tomber amoureux, se prendre un revers, etc… donc il n’y a aucune surprise véritable au sein du récit. Sauf que le traitement des personnages s’avère tellement fin, et s’appuie sur des performances d’acteurs tellement éblouissantes, que l’adhésion au concept est totale. On entre ainsi dans l’univers de Charlie, ce garçon adorable aussi invisible qu’une plante de décoration, et qui va se mettre à rayonner de plus en plus. On est en plein dans la grande thématique du cinéma contemporain, la revanche du loser, qui rejoint ici le motif central du cinéma indépendant US depuis des années : la comédie dramatique à tendance dépressive évoluant en feel-good movie. Le Monde de Charlie tire sur des ficelles bien visibles et reproduit des séquences archétypales, de la désinhibition par la drogue au sentiment de liberté par la musique, en passant par ces amourettes impossibles et rencontres presque fantasmées qui forgent un caractère amoureux, mais s’en sort presque par miracle. Stephen Chbosky s’en sort car, comme d’autres qui l’ont précédé, il sait précisément sur quoi appuyer pour faire ressurgir chez le spectateur les vieux démons de son adolescence. Et il ne juge jamais ses personnages ni ne se permet de les observer avec cynisme. Le Monde de Charlie est presque un film naïf et c’est pourquoi il est si émouvant. Tout en évoluant en terrain bien connu, voire carrément conquis, il vient toucher la corde juste. C’est pour cela que s’il ne restera sans doute pas dans les mémoires comme une œuvre majeure, certains de ses éléments hantent longtemps, car c’est aux souvenirs du spectateur que Stephen Chbosky parvient à s’adresser.

THE PERKS OF BEING A WALLFLOWER

Le procédé de mise en scène et de narration est parfois lourdingue, avec sa voix off et sa longue focale, ou la présence prépondérante de la musique, mais parfois les ficelles s’effacent pour laisser place à une pure émotion. Une déclaration d’amour inattendue, un échange de cadeaux, des retrouvailles, autant de moments qui forgent une histoire et que Stephen Chbosky sait capter. Tout en traitant l’ensemble de façon extrêmement simple et linéaire, sans abuser d’effets de style (quelques ralentis poseurs mais qui son tout de même justifiés par le récit), il imprime une rythmique et une identité à son film. C’est que son caractère hautement universel, la force du drame qui se noue en souterrain, et surtout, la beauté de ses personnages, assurent le fonctionnement. Des personnages non seulement brillamment écrits, qui peuvent rayonner par la qualité de leurs dialogues et leur évolution, mais qui bénéficient surtout d’acteurs étonnants. A commencer par Logan Lerman bien sur, le petit garçon de 3h10 pour Yuma trouvant un rôle à la mesure des nuances de son jeu. Et sa performance s’appuie grandement sur Ezra Miller, toujours aussi impressionnant, film après film, et une Emma Watson qui laisse entrevoir de belles perspectives d’avenir tant on oublie immédiatement qu’elle était une des figures centrales d’Harry Potter. Tous sont géniaux, tout comme les seconds rôles savoureux qui les entourent, à commencer par un Tom Savini improbable en professeur de technologie. Pas une révolution ni un très grand film sur l’adolescence, mais une jolie petite surprise qui sait évoluer sur la corde sensible.