film-critique

Largo Winch II (Jérôme Salle, 2011)

de le 11/02/2011
FICHE FILM
 
Synopsis

Propulsé à la tête du groupe W après le décès de son père adoptif, Largo Winch décide, à la surprise générale, de le mettre en vente afin de créer une ambitieuse fondation humanitaire. Mais le jour de la signature, il se retrouve accusé de crimes contre l'humanité par un mystérieux témoin. Pour prouver son innocence, Largo devra retourner sur les traces de sa vie passée, au cœur de la jungle birmane.

 
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En 2008 le premier Largo Winch créait la surprise. Oui, il est possible de produire en France du cinéma de divertissement pur, sans qu’il soit trop débile, et qui puisse tenir la comparaison face au modèle américain. Il suffit du budget qui va bien et des bonnes personnes aux commandes. Et quoi qu’on pense du travail de Jérôme Salle depuis Anthony Zimmer, sa volonté de faire du cinéma spectacle « à l’américaine » avec un vrai talent et une belle générosité mérite tous les honneurs. Ce qui ne sous-entend pas que ses films sont des grands films, mais ils possèdent quelque chose de rassurant quelque part. Pour ce Largo Winch II on prend les mêmes, ou presque, et on recommence. Toujours Jérôme Salle à la réalisation et au scénario, avec Julien Rappeneau, les changements se situent plus chez les techniciens et notamment le monteur du 1er Richard Marizy (monteur attitré d’Olivier Dahan) qui cède sa place à Stan Collet (LOL, Ensemble, c’est trop… dit comme ça ce n’est pas rassurant mais en fait si). À noter également que Gilbert Melki n’est plus de la partie et que les quelques scènes de Freddy Kaplan, un des personnages les plus intéressants du premier film, sont confiées à Carlo Brandt. Le récit s’inspire vaguement de deux volumes de la bande dessinée, à savoir La Forteresse de Makiling et L’Heure du tigre, tout en développant une histoire originale. À l’arrivée on obtient un film totalement dans la continuité du premier tout en proposant un spectacle radicalement différent.

Dès la séquence d’ouverture, l’évolution dans le ton et la mise en scène frappe fort. Une course poursuite nerveuse qui n’est pas sans rappeler celle qui ouvrait déjà Quantum of Solace. On sent bien que le réalisateur a retenu les erreurs du premier épisode et il se lâche un peu en terme d’action. Une ambition ludique qui se retrouvera dans la majorité des scènes d’action qui ne sont finalement pas si nombreuses mais bénéficie d’une réelle efficacité, notamment dans quelques bastons assez jouissives. Cette ambition manque toutefois sérieusement au scénario qui laisse sur le bord de la route ce qui faisait le charme de l’introduction à la franchise, à savoir l’intrigue financière, ici relayée à une banale histoire de rachat d’entreprise non seulement peu convaincante mais surtout manquant cruellement d’intérêt dramatique. Par contre on appréciera que les scénaristes soient restés dans un univers parallèle où il n’est jamais question de crise financière.

Pour le reste on se situe dans un récit manquant cruellement d’enjeux en tous genres et qui peine à créer une véritable mythologie. Essentiellement concentré sur le temps qu’a passé Largo en Asie, le scénario patine un peu et les longs flashbacks ne parviennent pas à masquer le peu de matière du récit principal. Bonne idée toutefois d’apporter une sous-intrigue concernant la paternité du héros mais qui élimine complètement son côté charmeur et adepte des coups d’un soir. Donc si l’effet voulu était de créer une identification au personnage c’est réussi, par contre pour ce qui est de créer un mythe c’est copieusement raté. Il n’empêche que Largo Winch II reste tout à fait plaisant à suivre, mais ne passionne pas, car l’ambition visuelle ne colle jamais à l’ambition narrative, simplement basée sur des sous-intrigues parfois ennuyeuses. D’autant plus que l’ensemble souffre également d’un ton bien trop sérieux. Largo ne desserre jamais les dents et heureusement que le rôle du majordome Gauthier a été poussé car il apporte une touche d’humour assez salvatrice dans tout ça. Un peu de légèreté ça fait tout de même partie de tout bon blockbuster, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

On l’aura compris c’est plus du côté de la mise en scène que se situe le principal intérêt de Largo Winch II. Sans non plus être exceptionnel, le film jouit de vraies qualités graphiques assez rares en France et n’a pas à rougir face aux productions américaines au budget bien plus conséquent. Assez bien découpé, le film hérite de mouvements bien amples et d’une mise en scène à la Greengrass (en moins affûtée tout de même) lors des séquences d’action aux cadres plus serrés. Jérôme Salle joue d’ailleurs habilement entre les styles, chose se vérifiant en comparant les deux gros fights abordés de façon totalement différente, que ce soit dans la durée des plans ou la chorégraphie. Dans ce mastodonte une belle place est réservée aux acteurs. Malheureusement si Tomer Sisley nous avait agréablement surpris lors du premier il tombe là dans un jeu très fermé et ne profite jamais de son potentiel de séduction, Sharon Stone surjoue à outrance mais est clairement le choix idéal pour incarner la MILF modèle (on attends d’ailleurs longtemps le clin d’oeil à Basic Instinct qui ne viendra jamais), Olivier Barthelemy est encore une fois à côté de la plaque tandis que le regretté Laurent Terzieff est aussi émouvant qu’effrayant jusque dans ce final hérité d’Hitchcock. À la surprise générale celui qui vole la vedette c’est Nicolas Vaude, excellent de décalage.

[box_light]Dans la même veine que le premier, Largo Winch 2 ne crée plus la surprise mais propose en contrepartie un surplus d’action. Un ton bien trop sérieux et un manque d’enjeux narratifs flagrant ne mettent jamais le récit au niveau de la mise en scène souvent inspirée de Jérôme Salle. Avec son look de blockbuster américain et une poignée de séquences impressionnantes, Largo Winch 2 ne marquera pourtant pas les mémoires, et c’est bien dommage.[/box_light]