film-critique

Contrebande (Baltasar Kormákur, 2012)

de le 04/05/2012
FICHE FILM
 
Synopsis

Chris Farraday a tiré un trait sur son passé criminel et s’est construit une vie paisible avec sa femme Kate et leurs deux fils, jusqu’au jour où son jeune et naïf beau-frère Andy manque à ses engagements dans une opération de trafic de drogues montée par l’inquiétant petit caïd local Tim Briggs. Pour aider Andy à s’acquitter de sa dette, Chris est forcé de reprendre du service et se tourne vers ce qu’il connaît le mieux : la contrebande. Avec l’aide de son meilleur ami Sebastian, Chris s’assure la coopération de quelques relations éprouvées, dont son ami d’enfance Danny Rayner, et élabore un coup qui devra lui assurer des millions en faux billets, contre un simple aller-retour au Panama, ce sous l’oeil suspicieux du Capitaine Camp que des antécédents houleux avec le père de Chris rendent d’autant plus méfiant. L’opération s’avère vite être une impasse. Chris n’a plus que quelques heures pour mettre la main sur le butin. Il va devoir faire appel à des talents auxquels il avait renoncé depuis longtemps et naviguer entre la pègre locale, la police et les douanes, avant que sa femme et leurs fils ne servent de dédommagement à Briggs.

 
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Baltasar Kormákur est sans doute le plus célèbre des rares cinéastes islandais. Il avait assuré un thriller plutôt solide avec Jar City il y a quelques années mais ses faits d’armes les plus notables remontent à ses premiers films, 101 Reykjavik, étrange comédie avec Victoria Abril, et The Sea, drôle de film qui faisait voler en éclats une famille en apparence idéale, cruel exercice de style. Ce n’était qu’une question de temps pour qu’Hollywood fasse appel à lui, sa constance dans une mise en scène de haut niveau y étant sans doute pour quelque chose. Avec Contrebande, il signe son troisième film à Hollywood pour se faire un nom par le remake, comme beaucoup d’autres, mais d’une façon pas si commune. En effet, Baltasar Kormákur incarnait le personnage principal dans Reykjavík Rotterdam (rebaptisé Illegal Traffic pour sa sortie en direct-to-video et récompensé par 5 trophées aux Edda Awards, l’équivalent des César en Islande), le film islandais d’Óskar Jónasson qui sert de canevas à Contrebande. Un polar façon old school plutôt efficace qui se voit doté d’armes de poing avec un réalisateur à la technique irréprochable et un casting de gueules comme il n’en reste plus beaucoup dans ce cinéma hollywoodien relativement aseptisé. Le résultat ne marquera pas l’histoire du cinéma d’une pierre blanche mais s’avère véritablement efficace dans son traitement.

Passée une introduction nocturne plutôt bien torchée qui pose d’emblée une ambiance à la Miami Vice, Contrebande se construit tel un polar classique, très classique même. En effet, ce schéma a été vu des dizaines de fois : un bandit surdoué qui a raccroché pour se fondre dans le moule d’une vie posée, avec famille, petite entreprise et maison, et qui va se voir poussé par le sort qui s’acharne pour reprendre son activité. C’était déjà plus ou moins le même sujet dans le récent et mauvais Killer Elite, un motif classique de polar musclé. Avec des personnages au look de bad boys qui ne perdent pas une occasion pour mettre leurs gros bras et leurs tatouages en avant, ni leurs burnes sur la table dans des joutes toutes plus musclées les unes que les autres, Contrebande s’inscrit sans grande difficulté dans ce schéma déjà vu mais qui ne manque pas d’efficacité, d’autant plus qu’il est porté par un beau casting, « Marky » Mark Wahlberg en tête. Trafic, transport de faux billets, logistique maritime, le film se paye le luxe de nombreux détails dans la mise en place d’un processus de contrebande en utilisant autant la légalité que les magouilles. Avec des personnages élevés au rang d’artistes de leur art particulier, le film tient la route jusqu’à son final tout droit sorti du noble cinéma de braquage façon Ocean’s Eleven. Au milieu, une sombre histoire de manipulation, d’amis qui n’en sont pas vraiment, de trahisons en tous genres, et d’éducation entre deux droites dans la gueule. La spirale de l’échec que parvient à tisser Baltasar Kormákur est assez édifiante et fonctionne parfaitement, ponctuée d’une poignée de séquence sous très haute tension, notamment lors du passage au Panama. C’est d’ailleurs dans cette partie que se jouent les scènes les plus impressionnantes du film. Une fusillade titanesque suivie d’une course-poursuite de haut vol, rien qui ne révolutionne le genre ou se pose en modèle, mais le mot d’ordre étant l’efficacité, ça fonctionne. Avec une bonne gestion de l’action et du thriller, on peut regretter que l’aspect dramatique soit négligé au point qu’il n’y ait bien que le dernier acte qui provoque un semblant d’émotion. Contrebande cherche avant tout à construire une intrigue percutante sans trop s’embarrasser de bouts de gras, et les rares fois où il succombe à la tentation il est bien difficile d’y croire.

Assez logiquement, dans cette optique, les personnages autres que les gros bras masculins n’ont pas vraiment leur place dans le film. Ainsi, si Kate Beckinsale est bien mise en avant sur l’affiche, il n’en est pas tout à fait de même dans le cadre tant l’actrice traverse le film telle une ombre inconsistante. À peine plus présent, Caleb Landry Jones, qui devrait bientôt faire grande impression dans Antiviral de Brandon Cronenberg, peine à trouver sa place malgré une vraie « gueule ». Tout se joue dans les excès du trio principal. Mark Wahlberg assure en virtuose costaud capable de passer une Ferrari en pièces détachées ou d’incarner le symbole du héros badass et bien vénère, avec une aura toujours plus grande au fil des années. Face à lui ou à ses côtés ce sont les deux gueules de psychopathes d’Hollywood : Giovanni Ribisi en roue libre et qui en fait des tonnes en se prenant pour Joe Pesci et surtout Ben Foster qui a juste à poser son regard halluciné pour imprimer la pellicule comme personne. Des acteurs qui en imposent, un traitement de l’action qui va du très impressionnant (la fusillade en question) au peu lisible, un ton musclé, Contrebande possède quelques beaux atouts. Baltasar Kormákur possède une technique affutée et son film, s’il ne marquera pas durablement les esprits, peut se targuer d’une véritable identité graphique. Très à l’aise dans le mouvement et à proximité des acteurs, jonglant avec une photographie extrêmement sombre (Barry Ackroyd, DP sur Green Zone ou encore Démineurs) et un grain très prononcé qui donne un beau cachet à l’image, il assure en bon technicien pour livrer un film solide, à défaut d’être réellement enthousiasmant. Un sentiment qui doit également au fait que Contrebande est un film un brin longuet, même s’il va généralement à l’essentiel.