film-critique

Armadillo (Janus Metz Pedersen, 2010)

de le 10/12/2010
FICHE FILM
 
Date De Sortie
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Compositeur
Distributeur
Synopsis

Mads et Daniel sont partis comme soldats pour leur première mission dans la province d’Helmand, en Afghanistan. Leur section est positionnée à Camp Armadillo, sur la ligne de front d’Helmand, où ils vivent des combats violents contre les Talibans. Les soldats sont là pour aider les Afghans, mais à mesure que les combats s’intensifient et que les opérations sont de plus en plus effrayantes, Mads, Daniel et leurs amis deviennent de plus en plus cyniques, creusant le fossé entre eux et les afghans. Les sentiments de méfiance et de paranoïa prennent le relais, causant aliénation et désillusion. Armadillo est un voyage dans l’esprit du soldat, un film exceptionnel qui a pour thème l’histoire mythique de l’homme en guerre.

 
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Fièrement armé de son Grand Prix de la Semaine de la Critique, Armadillo déboule enfin dans nos salles de cinéma, et l’évènement est de taille. Des films de guerre on en bouffe chaque année. Quelques excellents, la plupart vite oubliables, et puis il y a ceux qui nous mettent une grosse claque, pour diverses raisons. Armadillo fait partie de cette race de films, celle qui repousse l’air de rien un bon nombre de limites cinématographiques afin de proposer une expérience inédite. Tout d’abord le contexte, à savoir la guerre en Afghanistan, qui contrairement à celle en Irak, n’a pas vraiment eu les honneurs d’une représentation hollywoodienne (sans compter Lions et Agneaux qui n’est pas vraiment un film de guerre). Ensuite on y suit des soldats danois, car oui n’oublions pas que l’Europe, à travers l’OTAN, a toujours des troupes en Afghanistan depuis bientôt 10 ans. On est déjà dans de l’inédit, mais après tout une guerre est une guerre donc on peut y voir un sujet déjà bien trop traité. Oui, sauf qu’Armadillo dynamite littéralement les conventions et joue avec la perception du spectateur qui ne peut qu’en ressortir troublé. Car derrière son aspect film de guerre haut de gamme, avec une image irréprochable, une lumière qui semble hyper travaillée, de la vraie mise en scène, se cache ni plus ni moins qu’un documentaire. Et réaliser en sortie de projection que tout ça n’était pas que du cinéma, c’est un choc d’une intensité extrême.

Il y a quelque chose de terriblement effrayant dans le film de Janus Metz, une sensation de malaise persistant après avoir pris un certain plaisir de spectateur amateur d’action et d’immersion dans un conflit. Il se dégage un cynisme encore plus destructeur que dans les meilleurs films du genre, qui pour la majorité étaient de pures fictions. Devant Armadillo on retrouve un message multiple qu’on a déjà entendu à plusieurs reprises il est vrai. Chez Brian De Palma avec Redacted, chez Stanley Kubrick avec Full Metal Jacket, chez Sam Mendes avec Jarhead ou également chez Kathryn Bigelow avec Démineurs. On prend tous les thèmes les plus forts de ces (très) grands films et on en extrait l’essence même d’Armadillo, d’autant plus puissant qu’aucune situations n’est mise en scène. On est dans du cinéma du réel traité graphiquement à la manière d’un blockbuster guerrier. Et le résultat est tout simplement dingue, pour ne pas dire traumatisant.

Finalement tout ce que nous raconte Armadillo, c’est qu’à la guerre on devient un peu plus inhumain chaque jour, qu’on perd son innocence, que c’est une sorte de rite de passage et que cette cruauté autorisée agit comme une drogue sur l’homme. On le savait, d’autres l’ont dit et illustré avant, parfois de façon exemplaire. Janus Metz en rajoute une couche en s’intéressant à la perception de la guerre. La perception non seulement des jeunes soldats élevés aux jeux vidéos et qui se retrouvent parachuté dans un de ces jeux mais en grandeur nature et où les balles tuent, mais également la perception du spectateur. Et c’est sur ce point précis que le film devient immense. Car en utilisant ces couleurs sublimes, ces ralentis poseurs, ces cadres graphiques dignes des plus beaux moments de frime de Michael Bay, il nous balance à la gueule toute une imagerie de la violence au cinéma, esthétisée à outrance jusqu’à en occulter la barbarie de la guerre qui ne passe en général que par la sortie du conflit et le traumatisme. Il appelle cela une vision d’hyper-réalité et c’est tout à fait ça, et recevoir cet assemblage pictural d’une beauté sidérante en apprenant ensuite que ces petits soldats étaient de vrais petits soldats vraiment à la guerre, quand défilent leur noms et leur vie aujourd’hui à l’ouverture du générique, fait froid dans le dos.

On l’a dit plus haut, Armadillo est une merveille visuelle qui par l’image éclate tous les codes en vigueur dans le documentaire. Le plus fou c’est de se dire que le réalisateur et son équipe réduite étaient là, tels des reporters de guerre, au milieu des affrontements quand il y en avait. Et bien entendu tout cela transpire le naturel car c’est de la réalité qu’il s’agit. Armadillo établit non seulement une évolution visuelle majeure en terme de documentaire mais vient se poser sans honte aux côtés des plus grandes réussites du film de guerre. Un film novateur où la fiction rattrape la réalité et où la réalité rattrape la fiction, les deux se mêlant dans un objet de pur cinéma, une œuvre d’art au sens strict, mais qui en plus contient un message d’alerte adressé à tout un peuple. C’est magistral et ça mérite toute l’attention possible car l’expérience immersive et le trauma de spectateur valent vraiment le détour.

[box_light]Armadillo c’est la relation intime entre fiction et documentaire poussée à l’extrême. Jusqu’à la fin on pense avoir à faire à un nouveau mockumentary, genre tellement à la mode. Mais non, avec ses images léchées, cette esthétique de vrai cinéma spectacle et ses acteurs plus vrais que nature, pour cause, Armadillo est un véritable documentaire qui repousse toutes les limites du genre. Non seulement il illustre de fort belle manière des thèmes qui n’ont rien de nouveau mais qu’il est bon de rappeler, mais il place le spectateur face à sa propre vision de la guerre et donc de la violence au cinéma. On en ressort traumatisé comme rarement, notamment d’avoir ressenti autant de plaisir devant des images si belles mais si vraies…[/box_light]