film-critique

7 Psychopathes (Martin McDonagh, 2012)

de le 21/01/2013
FICHE FILM
 
Synopsis

Marty est un scénariste hollywoodien en panne d’inspiration. Confronté à l’angoisse de la page blanche, il peine à écrire son nouveau projet de film au titre prometteur : 7 PSYCHOPATHES. Son meilleur ami Billy, comédien raté et kidnappeur de chiens à ses heures, décide de l’aider en mettant sur sa route de véritables criminels. Un gangster obsédé par l’idée de retrouver son Shih Tzu adoré, un mystérieux tueur masqué, un serial-killer à la retraite et d’autres psychopathes du même acabit vont alors très vite prouver à Marty que la réalité peut largement dépasser la fiction…

 
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Le réalisateur de Bons baisers de Bruges qui s’entoure d’un des plus beaux castings de l’année. Voilà qui promettait quelque chose d’extraordinaire. Malheureusement, si 7 Psychopathes est un film très amusant, avec quelques très bonnes idées et des fulgurances savoureuses, l’ensemble s’avère assez faible en terme de cohérence. Comme s’il s’agissait d’une compilation de courts métrages très funs mais qui mis bout à bout ne donnent pas grand chose.

Bons baisers de Bruges, malgré son titre à coucher dehors, marquait la naissance d’un cinéaste à suivre de très près. A l’annonce de son nouveau film pour lequel il s’est entouré d’un des plus beaux castings réunis ces dernières années, avec en plus son titre plein de promesses, 7 Psychopathes, les espoirs les plus fous étaient permis. Malheureusement, à trop vouloir jouer cette vieille carte du film dans le film avec pour personnage principal un scénariste en panne d’inspiration, Martin McDonagh se lance sur des traces pour l’instant trop grandes pour lui et ne parvient jamais à transcender sa note d’intention géniale en un film qui tient la route sur la longueur. Fun mais terriblement bordélique, 7 Psychopathes ne possède plus cette liberté de ton et cette fraîcheur qui faisaient tout le charme de son film précédent pour entrer dans un canevas bien connu et se frotter à des figures emblématiques trop importantes. Au hasard, Quention Tarantino et les frères Coen dont l’ombre plane tout au long du film et l’écrase à maintes reprises tant Martin McDonagh peine à apporter sa propre vision d’un thriller pulp. 7 Psychopathes a beau être très drôle, parfois génial dans ses dialogues, il n’en demeure pas moins un film chaotique auquel il manque un véritable liant pour que se construise quelque chose entre les séquences autonomes. Et c’est vraiment dommage car certaines scènes sont de purs moments de jubilation.

C’est bien simple. Réunir sur un même écran Colin Farrell, Christopher Walken, Sam Rockwell, Woody Harrelson et multiplier les apparitions de l’immense Tom Waits, soit créer un des plus beaux castings de gueules de cinéma, est une idée qui tient du génie. Le problème est que réunir autant de beau monde n’est pas nécessairement un gage de qualité, comme en atteste la majorité de la filmographie de Robert Rodriguez. La comparaison n’est pas innocente car s’il est clair que Martin McDonagh possède un talent de filmeur qui n’a rien à voir avec l’illettrisme de ce bon vieux Roberto, on retrouve un peu la même sensation de sous-produit devant 7 Psychopathes, comme s’il essayait coûte que coûte de ressembler à ses modèles sans leur arriver à la cheville. 7 Psychopathes est une mosaïque de récits évoluant du possible au réel pour autant de personnages qu’il n’est plus vraiment possible de qualifier de secondaires tant le film joue à fond la carte du film choral. Il y a donc un aspect très ludique au niveau de l’ensemble, la narration évoluant d’une gueule à l’autre pour construire la progression mentale de l’auteur. Malheureusement, tout ne fonctionne pas. Loin de là. Tout d’abord chaque séquence autonome, aussi extraordinaire soit-elle, semble toujours construite dans le but d’accéder à un statut de culte plutôt qu’à véritablement servir le récit. En résulte des instants magiques, du dialogue d’introduction façon Pulp Fiction à un monologue de Christopher Walken toujours aussi impressionnant, en passant par un gunfight surréaliste qui mélange Sam Peckinpah et John Woo en mode cartoon, des éclats de violence d’un Woody Harrelson habité ou les délires héroico-meurtriers de Sam Rockwell. Les scènes « énormes » ne manquent pas, elles bénéficient d’ailleurs d’un soin tout particulier dans leur construction avec une science du dialogue qui fait souvent mouche et cette bonne idée de souvent construire des cadres autour de deux personnages en opposition. Sauf que le résultat global ne tient pas pour autant la route.

Il y a également un sérieux problème de rythme. Là encore, tout se tient au sein de chaque séquence mais la rythmique de l’ensemble est à la peine. Avec en point d’orgue un dernier acte interminable pensé pour enfin délimiter les enjeux réels mais qui s’enlise dans un grand n’importe quoi boursoufflé sans aucun intérêt. Le passage du polar pulp au western aurait pu donner quelque chose d’intéressant mais des grands espaces américains ne reste que l’ennui et le vide. C’est bien de cohérence et d’idées que manque 7 Psychopathes. Quelque chose qui pourrait donner lieu à autre chose que cette bande de grands acteurs déchainés, filmés avec une élégance certaine et portés par des dialogues géniaux, sautant d’un bain de sang frontal à l’autre, d’un gag drôle à un autre beaucoup moins. En tant que collection de courts métrages, 7 Psychopathes est une réussite. En tant que film, il est raté. Et cette somme d’étincelles ne donne jamais lieu à l’embrasement attendu. D’autant plus que dans ses propos les plus sérieux, de l’alcoolisme à la vieillesse en passant par l’angoisse de l’auteur, Martin McDonagh rate le coche et donne l’impression de ne rien raconter. Reste le charme naturel des acteurs, Colin Farrell en tête, l’humour entre noir et burlesque, et l’aspect tout de même ludique de l’essai, mais malgré son aspect très fun, 7 Psychopathes est une vraie déception.