Ecrit le 2011/05/22 par Nicolas Gilli in Festivals
 
 

[Festival de Cannes 2011] Bilan et palmarès

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Le 64ème Festival du Film de Cannes se termine tout juste. Il est l’heure de faire un petit bilan un peu personnel. En effet cette année, et pour la première fois, j’ai pu assister au festival en tant qu’accrédité presse, avec un beau badge rose en plus. Pour les profanes, le rose c’est la couleur cool à Cannes, plus que toutes les autres sauf le blanc. En gros, j’ai eu pas mal de chance d’être aussi bien loti et j’en ai profité plus que de raison. Grâce à ce sésame, pas besoin d’attendre 2h dans des files d’attentes en plein soleil collé à d’autres festivaliers suintant la sueur et l’alcool de la veille, petit privilège non négligeable au bout de quelques jours ou pour certains films très attendus.

Pendant 10 jours, entre les allers-retours entre mon domicile et le festival (à peu près 1h de route l’aller), c’est une quarantaine de films que j’ai pu voir, 39 pour être précis, et ça fait beaucoup l’air de rien. Le plus difficile dans tout ça : enchaîner les films qui au bout d’un moment ont du mal à se démarquer l’un de l’autre quand il n’y a rien d’exceptionnel et rendre un avis critique qui soit un brin intéressant et le plus juste possible. Pour les lecteurs habitués du blog, on est loin des quarante critiques. C’est normal, je crois que physiquement c’est impossible. Mis à part celles écrites ici-même, voici les autres critiques publiées pendant le festival, toutes sélections confondues, pour le site excessif.com.

La Fée de Dominique Abel, Bruno Romy et Fiona Gordon

La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli

Footnote de Joseph Cedar

Les Neiges du Kilimandjaro de Robert Guédiguian

La Fin du silence de Roland Edzard

Bonsaï de Cristian Jimenez

Code Blue de Urszula Antoniak

Hors Satan de Bruno Dumont

Impardonnable de André Téchiné

Busong de Auraeus Solito

El Velador de Natalia Almada

O abismo prateado de Karim Aïnouz

Oslo, August 31st de Joaquim Trier

The Day he arrives de Hong Sangsoo

Les Bien-aimés de Christophe Honoré

J’ai également eu l’extrême honneur d’interviewer l’immense Sono Sion pour son Guilty of Romance diffusé en séance spéciale à la Quinzaine des Réalisateurs, dans une sélection globalement très faible soit dit en passant. Et finalement, dans cette masse de films vus, toutes sélections confondus, il y a eu pas mal de bons films mais peu de coups de coeur. S’il ne fallait en garder que trois, ce serait Drive, Melancholia et Take Shelter, monument de Jeff Nichols présenté à la semaine de la critique et sur lequel je reviens très vite. Pour le reste, je retiendrai la séance spéciale de Walk Away, Renée, second film assez déstabilisant de Jonathan Caouette, Les Géants de Bouli Lanners (diffusé le jour de son anniversaire dans une salle en transe) ou encore Arirang, exercice de style radical et fascinant de Kim Ki-duk. Au rayon des grosses déceptions, Bruno Dumont qui caricature son propre cinéma dans un Hors Satan grotesque ou Bertrand Bonello qui rate son portrait des maisons closes avec L’Apollonide, objet poseur à outrance et qui ne raconte pas grand chose derrière ses qualités formelles indéniables (avec en prime un final osé mais ridicule). Peu de coups de coeur, mais peu de coups de gueule également car dans l’ensemble c’était une belle année.

Le seul gros regret finalement est de ne pas avoir aimé Tree of Life. On ne peut pas s’y forcer, c’est ainsi, mais rester aussi hermétique à l’oeuvre censée être ultime d’un réalisateur que je considère personnellement comme un demi-dieu, c’est une tragédie. Autant d’années d’attente pour ne pas aimer un film de Terrence Malick… la réflexion peut paraître grotesque mais certains la comprendront sans doute, j’espère. Cela dit, je n’ai pas dit mon dernier mot et c’est probablement un des seuls que j’irai revoir, hors du tumulte cannois et de son rythme de projections, et sans l’attente également. Pas forcément pour le réévaluer, mais pour mieux le comprendre peut-être. À moins que tout simplement Tree of Life ne soit pas un film de festival! Et pour réfuter complètement cette idée, voici le palmarès du festival.

Caméra d’or : LAS ACACIAS réalisé par Pablo GIORGELLI

Palme d’Or : THE TREE OF LIFE de Terrence MALICK

Grand Prix Ex-aequo : BIR ZAMANLAR ANADOLU’DA de Nuri Bilge CEYLAN et LE GAMIN AU VÉLO de Jean-Pierre et Luc DARDENNE

Prix de la mise en scène : Nicolas WINDING REFN pour DRIVE

Prix du scénario : Joseph CEDAR pour HEARAT SHULAYIM

Prix d’interprétation féminine : Kirsten DUNST dans MELANCHOLIA de Lars VON TRIER

Prix d’interprétation masculine : Jean DUJARDIN dans THE ARTIST de Michel HAZANAVICIUS

Prix du Jury : POLISSE de MAÏWENN

Prix Vulcain de l’Artiste-Technicien, décerné par la C.S.T. : LA PIEL QUE HABITO photographié par José Luis ALCAINE

Mention spéciale de la Commission Supérieure Technique : WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN et le traitement sonore de Paul DAVIES et Joe BINI

© AFP

Soit un palmarès assez décevant pour une très belle édition du festival. Cantonner le Almodovar à un prix technique dont personne ne parle (malheureusement, mais c’est une autre histoire) et lui refuser un prix majeur, lui préférer le mauvais Footnote pour le scénario, voilà une décision grotesque. Si récompenser Malick, même pour son film le plus faible à mes yeux, n’est pas scandaleux, il convient de se poser une question essentielle. La conférence de presse du jury confirme un trouble causé par Lars Von Trier. À en croire les propos d’Olivier Assayas, et en extrapolant un brin, la bourde du réalisateur en conférence de presse lui a coûté un prix majeur mais le jury a dû lui donner un prix (interprétation féminine) afin de montrer son indépendance par rapport à la direction du festival. On ne saura jamais vraiment, mais Lars Von Trier avait rarement autant mérité une palme d’or que cette année. Niveau réjouissance par contre, quel plaisir de voir figurer au palmarès Jean Dujardin et Nicolas Winding Refn, c’est tellement mérité! Ou encore la surprise Maïwenn que j’étais prêt à détester de tout mon coeur. Tandis que la présence des Dardenne et de Ceylan, deux films que j’ai éliminé de mon planning sans remords, se partageant un grand prix, pousse le grotesque vers ses limites.

Bilan relativement positif donc pour cette première fois.