Ecrit le 2012/04/09 par Benoît Rebolj in Festivals
 
 

Chroniques du BIFFF 2012, jour 2 : The Butterfly Room, Truth or Dare…

BIFFF 2012 affiche
BIFFF 2012 affiche

Après avoir dû faire l’équivalent du chemin de croix pour rejoindre le sacro-saint Tour & Taxis où se déroule le non moins sacro-saint BIFFF après qu’un fait divers sanglant se soit déroulé juste devant l’antre du film d’horreur, ou quand ironiquement la réalité rejoint malheureusement la fiction.

J’ai donc pu accéder après bien des difficultés au lieu tant convoité pour ce deuxième jour du BIFFF et je n’ai pas été déçu.

De 13h30 à 16H se sont succédés toute une série de courts métrages de bonne facture, sorte de mise en bouche avant de passer aux choses sérieuses, certains seront même rediffusés avant les longs métrages durant le festival pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’assister à la première projection.

Mais le plus beau reste à venir avec l’adoubement de Madame Barbara Steele, très élégante et classe comme d’habitude qui a été faite chevalier de l’ordre du Corbeau, première dame à entrer dans ce cercle très prisé. On se souvient que l’an dernier Alexandre Aja et John Landis ont rejoint ce club. Accompagnée du réalisateur de Butterfly Room, Jonathan Zarantonello qui s’est soumis à la traditionnelle chanson demandée à chaque guest en nous fredonnant la musique de Suspiria.

Et tout ça entre la ZomBIFFF Day et la Fantastic Night. Quel programme!

(Ndlr : Le même jour était présenté l’exceptionnel Himizu et le rigolo mais un peu nul Lock Out.)

The Butterfly Room de Jonathan Zarantonello. Avec Barbara Steele, Ray Wise et Erica Leerhsen. (Italie, USA)

Inutile de rappeler les grandes heures du cinéma de genre Italien, les seuls noms de Dario Argento ou Lucio Fulci entre autres évoquent ce qui fût une période bénie où sortaient des films intemporels, à l’univers bien singulier empreint d’une poésie macabre, qui donnait un lyrisme unique qu’on ne retrouvera plus.

Et c’est dans cet univers que Jonathan Zarantonello a grandi, amateur devant l’éternel de film d’horreur en tous genres mais aussi et surtout européen. Et c’est bercé par toutes ces références qu’il vient nous présenter ce Butterfly Room. D’abord tiré d’un court métrage (Alice) puis d’un livre, ce film est une adaptation en long métrage d’un concept déjà bien rodé par les 2 œuvres dont il est issu.

Visiblement très attaché au concept, cette version est une sorte d’aboutissement de l’œuvre de base qui semble lui tenir à cœur, du moins l’idée.

Sorte de Tatie Danielle de l’an 2000, Ann incarnée par la magnifique Barbara Steele est une vieille acariâtre dont le passe-temps favori est de collectionner les papillons, symboles pour elle d’une beauté éternelle quand pour nous, misérables humains, tout est éphémère et imparfait.

Barbara Steele est parfaite dans le rôle de cette vieille aigrie, sadique et insociable, elle laisse toujours planer cette atmosphère inquiétante, ce petit frisson dans le dos, ce petit vent glacial qui parcourt la colonne vertébrale dès qu’elle est dans la pièce. Elle inonde le film de cette froideur légendaire.

Mais The Butterfly Room ne se limite pas à Barbara Steele bien heureusement. Film d’horreur féministe comme le décrit lui même le réalisateur, il met l’accent sur un sadisme typiquement féminin et donc bien plus psychologique que physique. Très peu de scènes gores ici malgré les meurtres. Tout est dans la persécution, le harcèlement moral pour atteindre la perfection tant recherchée chez ses jeunes filles encore fraiches et pimpantes. Et toutes celles et ceux qui se mettront en travers de son projet seront durement châtiés.

Film assez jouissif dans son contenu, The Butterfly Room dénote clairement quant à son parti pris original, très ancré dans le psychologique. Très bonne surprise donc qui nous gratifie, en plus de Barbara Steele, de la présence de Heather Langenkamp et même de Joe Dante en cameo. Un petit bonheur.

Truth or Dare de Robert Heath. Avec Liam Boyle, Jack Gordon et Florence Hall. (Royaume-Uni)

Il faut bien l’avouer, après le déclin des grands studios qui lui a valu une petite traversée du désert le cinéma de genre britannique connait un second souffle présentant pléthore de films, souvent de qualité. C’est ainsi qu’on nous a gratifiés entre autres des très bons The Descent et Creep, ou du plus underground Mum & Dad.

Truth or Dare est donc à ajouter à la longue liste des films d’horreur d’outre-Manche sortis ces dernières années mais aussi à la non moins longue liste des tortures porn qui fleurissent un peu partout et qui étaient l’apanage des américains depuis le très mauvais Hostel.

Truth or Dare, comme son nom l’indique, prend pour prétexte le jeu tant connu des booms de notre enfance, action ou vérité, pour le transformer en jeu beaucoup moins innocent mais beaucoup plus jouissif pour le spectateur avide de sévices en tout genre.

Car le film ne dérogeant jamais au cadre bien établi inhérent à ce genre de film, hôte inquiétant et mystérieux, lieu glauque (ici une cabane dans les bois), un petit mystère et son lot de «mais pourquoi vous faites ça ?», le seul intérêt réside dans les tortures et en la matière on n’est pas vraiment gâté avec ce film.

Pas vraiment gore, absolument pas déviant ou subversif, pas vraiment original non plus, on a l’impression que Robert Heath passe à côté de son sujet, se reposant uniquement sur le jeu qui est le côté original du film ainsi que sur l’intrigue.

Parie osé mais en partie raté car même si il est loin de frôler l’indigence, Truth or dare n’arrive pas à s’extirper du lot et ne présente aucune singularité significative. C’est un peu dommage de passer à côté d’un potentiel intéressant en dénuant le film de tension, de sadisme et de folie.

En compétition Mélies, le film de Robert Heath présente un goût de trop peu, frustrant et trop conventionnel bien que très convenable dans l’ensemble, il ne marquera pas l’histoire du torture porn de son empreinte.