Al Pacino : les rôles qui ont créé le mythe

de le 02/01/2017
 
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Avec Dustin Hoffman et Robert De Niro, Al Pacino représente le summum des acteurs issus de l’Actors Studio ayant émergé au début des années 70, et dont les noms sont devenus mythiques au point de faire référence à un style de jeu. Tout au long des années l’acteur a incarné des rôles d’une rare intensité et d’une rare puissance. Al Pacino, représente à lui seul ce que le cinéma américain fait de mieux. Puissant, intense, il a de l’épaisseur et un immense charisme. Ce monstre sacré n‘en connut pas moins une carrière en dents de scie : après Scarface le mal-aimé à sa sortie, l’acteur connaît un passage à vide dans les années 80 dont il ne sort qu’en 1989 grâce à Mélodie pour un meurtre d’Harold Becker avec la magnifique et troublante Ellen Barkin. Les années 2000, à leur tour, ne lui font pas de cadeau. Hommage à un acteur colossale du 7e art.

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Panique à Needle Park de Jerry Schatzberg (1971)

Panique à Needle Park est le premier rôle important d’Al Pacino et l’un des premiers films à aborder frontalement le problème de la drogue au cinéma. Jerry Schatzberg adopte un point de vue ultra réaliste, dressant un portrait à la fois très documenté et terriblement alarmant. Dans ce drame urbain âpre, dur et sans concession, Al Pacino incarne un jeune héroïnomane à Manhattan. L’acteur qui crève l’écran retrouvera deux ans plus tard le réalisateur pour L’Epouvantail, Palme d’or à Cannes en 1973.

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Le Parrain I de Francis Ford Coppola (1972)

En 1972, Francis Ford Coppola porte son dévolu sur Al Pacino pour le rôle de Michael Corleone, fils de Vito Corleone interprété par Marlon Brando, au détriment du choix des studios qui souhaitaient engager Robert Redford. Outre la transformation de Brando qui passe pour un vieil homme alors qu’il n’a pas encore 50 ans, on assiste dans ce film à l’éclosion de l’acteur et du personnage incarné par Pacino. Au début du film, Michael Corleone est doux et timide, fin et élégant. Il a une beauté discrète mais fascinante. La voix est claire et douce, bien éloignée de la voix éraillée qu’on lui connaît aujourd’hui. Il rejette poliment sa famille, la mafia. Mais un héros est promis à son destin. Alors que son  père fait l’objet d’une tentative de meurtre et que son frère meurt fusillé sur une bretelle d’autoroute, Michael n’a d’autre choix que de répondre à la violence pour défendre l’honneur de la famille, d’honorer son sang en faisant couler celui des autres. Le changement opère au moment précis où il prend une arme pour tirer froidement sur les ennemis de la famille. Il devient un autre, Michael Corleone du clan Corleone, ce jeune homme froid, intelligent mais également brutal et sans pitié. C’est désormais à genoux qu’on le salut, et que tel un pape, on lui embrasse la main, en lui promettant allégeance.

En l’espace d’une trilogie, Al Pacino a amené le personnage de Michael Corleone jusqu’au bout, jusqu’à la rédemption. Quasiment vingt ans plus tard, en 1990, c’est un Michael vieillissant qui essaie de sortir de tout ça. En vain. Car rattrapé par son destin, Michael Corleone doit in fine payer l’addition.

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Un après-midi de chien de Sydney Lumet (1975)

Deux ans après le formidable Serpico dans lequel il incarne un flic intègre dans une police et un New York gris, violents et corrompus,  Sydney Lumet retrouve Pacino et lui offre un rôle de l’autre côté de la barrière – celui d’un gangster -, mais néanmoins moins sombre que celui de Serpico. Ce braqueur maladroit et attachant attire en effet la sympathie plus que la crainte.

Al Pacino se livre dans le film à un numéro d’acteur proche du One Man Show tant il vit le personnage jusqu’à la transe. Sydney Lumet a amené Pacino dans le meilleur du polar urbain. Le tempérament du comédien colle parfaitement avec l’atmosphère lourde, très pesante et claustrophobique que le réalisateur amène dans ce quasi huis-clos. Du pain béni pour les acteurs qui, premiers et seconds rôles confondus, se révèlent exceptionnels à l’image de John Cazale.

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Scarface de Brian de Palma (1983)

Al Pacino endosse à bras le corps le rôle de ce Portoricain prêt à tout pour sortir de sa condition. De Palma et Oliver Stone, le scénariste, jouent la carte de l’ultra violence. Le film étant un insuccès à sa sortie, Pacino ignore alors qu’il a créé un personnage mythique qui trouve encore aujourd’hui un écho auprès d’une jeunesse en manque de repères qui reprend à son compte la réplique finale « The World is yours !», oubliant au passage le portrait d’une déchéance dressé par De palma à la fin du film.

Le jeu excessif, à vif, d’un Al Pacino qui en fait des caisses, tout comme son accent exacerbé, donnent au personnage sa grandeur. L’acteur donne la réplique à une toute jeune Michelle Pfeiffer qu’il retrouvera dans l’excellent Frankie et Johnny en 1991. Sa collaboration avec De Palma se poursuivra, elle, avec le non moins mythique L’Impasse en 1993, dans lequel Pacino endosse cette fois le rôle d’un ancien trafiquant de drogue, défendu par un avocat véreux joué par un Sean Penn méconnaissable, en quête de rédemption.

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Le Temps d’un weekend de Martin Brest (1992)

1993, le temps de la consécration. Enfin ! Enfin, après de nombreuses nominations demeurées infructueuses, Pacino est honoré de l’Oscar du meilleur acteur pour sa composition du Colonel Slade, un homme totalement irascible, associable, et aveugle, qui se lie peu à peu d’amitié avec le jeune Charles (Chris O’Donnell) auquel il finit par livrer sa véritable personnalité. Si Le Temps d’un weekend est bien loin d’avoir l’audace, l’intelligence et la finesse de Parfum de femme de Dino Risi dont il est le remake, Al Pacino n’en livre pas moins une composition absolument mémorable qui justifie à elle seule la vision du film. Un Oscar tardif salué par une standing ovation qui n’aura toutefois pas d’influence sur la carrière de l’acteur, déjà consacré par le public.

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Looking For Richard de et avec Al Pacino (1996)

Pour son premier passage derrière la caméra, en 1996, Al Pacino se frotte à un mythe : William Shakespeare et son Richard III, porté au cinéma à la perfection par Laurence Olivier en 1955. Un projet cinématographique étonnant, entre le documentaire et la fiction, où l’acteur de légende se prête au jeu de la mise en scène. En résulte une œuvre hybride, passionnante et très élégante, fruit d’une somme de travail considérable. Un tournage étalé sur quatre années, plus de 80 heures de rushes ayant nécessité l’intervention de six monteurs, et la présence d’Alec Baldwin, Kevin Spacey, Winona Ryder, F. Murray Abraham, et bien sur Kenneth Branagh. Un film résolument post-moderne, qui mêle représentations et interviews, tout en positionnant l’œuvre de Shakespeare dans une culture populaire contemporaine, autant à travers son héritage que dans la vision qu’en a la jeune génération.

Par l’équipe de ScreenMania