Ecrit le 2013/02/23 par Nicolas Gilli in Actus
 
 

César 2013 : le grand pardon

Kevin Costner Cesar 2013
Kevin Costner Cesar 2013

Hier soir se tenait la 38ème cérémonie des César du cinéma français, cette grande fête annuelle où l’onanisme se pratique en famille. Une cérémonie toujours visible sur Canal+, toujours située au théâtre du Châtelet, toujours autant suivie et toujours aussi ennuyeuse. Les gagnants attendus ont gagné, le mince espoir d’y voir une remise en question d’un système croulant s’est évaporé en 30 secondes, c’était chiant.

Que retiendra-t-on de cette cérémonie des César ? Que le magnifique Amour de Michael Haneke, transformé en bête de concours depuis sa palme d’or, a écrasé la concurrence en remportant le meilleur film, les meilleurs acteurs principaux, le meilleur scénario original et le meilleur réalisateur ? Que le reste des prix plus ou moins importants s’est globalement vu partagé entre De rouille et d’os et Les Adieux à la reine ? Que Camille redouble est arrivé en conquérant pour mieux repartir la queue entre les jambes (une petite leçon d’humilité peut-être ? La prochaine fois l’auteur du scénario original sera peut-être crédité…) ? Que Holy Motors a tout gagné à l’applaudimètre mais est reparti bredouille ? Non, on retiendra ce plan sur Kevin Costner qui dort devant un Jacques Audiard passablement éméché pendant le (beau) discours d’Emmanuelle Riva, gracieusement offert par un réalisateur taquin, ou conscient du niveau médiocre de la soirée.

Kevin Costner qui dort, sans doute épuisé par le tournage parisien de Three Days to Kill de McG, seule raison pour laquelle un hommage lui a été rendu, c’est le symbole de cette soirée. Une soirée soporifique pendant laquelle on en venait à regretter l’absence des innombrables publicités des oscars. Mais surtout une soirée médiocre entamée par un Jamel Debbouze en petite forme. Le « roi du stand up », les yeux rivés sur son prompteur que le réalisateur ne cherche même pas à cacher, fait dans l’humour de bas étage. La petite révolution entamée par Vincent Maraval et l’exil russe de Gérard Depardieu sont très vite tournés en ridicule pour devenir les running gags pas drôle de toute une nuit. La grande famille du cinéma français n’est pas prête de vaciller ou de se remettre en question. Tout sentait le réchauffé, des montages vidéo cheap aux lancements, si l’édition 2012 avait été rediffusée à la place on n’y aurait vu que du feu.

Omar Sy Cesar 2013

Mais les César 2013 c’était également la grande publicité pour le luxe, avec des mots bien appuyés sur les costumes Lanvin, les semelles Louboutin bien mises en évidence ou encore le sacro-saint Fouquet’s. Oui, tout ce petit monde est vraiment sous-payé, c’est la crise. Le foutage de gueule intégral a tout de même été atteint, plusieurs fois. Le malaise également. Omar Sy qui entre en scène sur des pas de danse avant de reprendre le discours d’Isabelle Carré, une marseillaise chantée par des cœurs russes et des bons mots qui n’en sont plus depuis bien longtemps. Lorsque quelqu’un tente de dire quelque chose, de pointer du doigt un dysfonctionnement, il est irrémédiablement tourné en ridicule. Antoine Deflandre, Germain Boulay et Eric Tisserand venus récupérer leur César pour le meilleur son sur Cloclo (seule récompense pour le meilleur film populaire de l’année) tout en tentant d’alarmer l’assemblée sur les problèmes de délocalisation de leur métier en ont fait les frais, avec un Antoine de Caunes préférant attirer l’attention en faisant le pitre sur sa trottinette.

Cette cérémonie pue le vieux, sans mauvais jeu de mots autour de la victoire d’Amour ou du discours d’Emmanuelle Riva, cette dernière emportant sans problème la palme du plus beau moment de la soirée. L’approximation de la réalisation, le je-m’en-foutisme des décorateurs qui n’ont rien trouvé de mieux à faire que de planter un câble énorme en plein milieu de la scène, un humour Canal+ vieillot et plus très drôle, provoquant bide sur bide, des gags embarrassants (le téléphone rouge, super…) et des improvisations techniques telles que le coup de fil à Jean-Louis Trintignant. On n’en retiendra rien si ce n’est la présence éclatante d’Olga Kurilenko, l’authenticité de Matthias Schoenaerts et son aura et quelques petits moments d’émotion épars. Mais dans cette vaste mascarade ne surnagent que les malaises, à l’image de cette réplique cinglante à l’encontre d’un des auteurs des textes médiocres de la soirée, Thomas Bidegain, pile au moment où il a récupéré son César pour le scénario de De rouille et d’os. On appréciera également la récompense du meilleur film étranger à Argo, histoire de tout bien faire comme les modèles américains.

Comme Kevin Costner, toujours très pro même quand le sketch de Manu Payet le met dans l’embarras, il valait mieux dormir qu’assister à ce bien triste spectacle. Car si on s’était pris à rêver d’un réveil soudain de cette mafia, on s’était bien mis le doigt dans l’œil.