A Fond : on a rencontré José Garcia

de le 20/12/2016
 
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Dans A Fond (en salle le 21 décembre), José Garcia donne tout. Au volant d’une voiture hi-tech dont il perd le contrôle, il va devoir garder son sang-froid pour éviter le pire à sa petite famille. Une comédie délirante, menée à 100 à l’heure où chacun a réellement mouillé sa chemise. Nous l’avons rencontré et il nous a parlé de ce film qu’il aime sincèrement, de ce tournage épique, de son métier et de lui. Avec sourire et infiniment de générosité.

par Joseph DiGrégorio

Le + séduisant dans ce projet ?

José Garcia : Le metteur en scène. Nicolas Benamou et moi nous étions rencontrés pour un projet qu’on nous avait proposé et au bout de dix minutes on s’est donné toutes les raisons pour lesquelles on n’allait pas le faire. On voulait travailler ensemble sur quelque chose qui pulsait. Du coup, on s’est quitté très content de refuser le truc tous les deux. J’essaie de prendre la température des réalisateurs au maximum, comprendre comment ils vont travailler. Nicolas préparait A Fond depuis huit mois quand il m’a embarqué. Il m’a fait lire le scénario et on a parlé. Je trouvais ça très bien mené, il se passait un truc toutes les deux secondes, mais c’est le genre de projet où ça passe ou ça casse. Nicolas m’a dit qu’il y avait plusieurs solutions pour le faire, celles qu’ils ne voulaient pas et LA solution qu’il voulait. Ce qu’il ne voulait pas c’était le studio en fonds verts, un suicide collectif pour tout le monde, ou une caméra accroché sur une voiture sans plus d’ambition que ça. Il m’a montré un système de caméra qui se baladait à gauche, à droite, qui circulait au milieu… et là j’ai perçu la fluidité avec laquelle on allait travailler.

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Le + fou dans ce projet ?

JG : Le risque. Car on a beau être avec des spécialistes comme David Julienne ou Christophe Marsaud dont la sécurité est l’obsession, quand on a regardé le making of on a réalisé la folie de la chose. On est sur 50 bornes de route vide dans des endroits très vallonnés. N’importe quoi peut traverser de gauche à droite, on était en Macédoine, des paysages assez sauvages. Quand on arrive à 110 ou 130, même avec des pilotes de précisions, si ça tape ça fait mal. Et les moments où il y a moins de voitures, c’était encore plus chaud. Quand on était dans la frénésie du tournage, on ne s’en était pas rendu compte. Sur le making of, on voit des véhicules débouler à 110, une voiture qui zigzague au milieu, des fourgonnettes qui tracent à côté. Le grand orchestre philarmonique ! Il y avait plein de choses folles. On a tourné 10h par jour pendant deux mois et demi. On avait un parc de six cents voitures. Il fallait travailler à l’économie. En Macédoine, les mecs nous ont vus arriver. Une équipe de tournage, ils se sont dit qu’il devait y avoir de l’argent. Le directeur de production devait négocier tous les jours. Les équipes de cascades étaient habitués à intervenir sur des scènes mais là ils devaient le faire sur tout un long métrage. Ingrid Donnadieu et Vincent Desagnat ont passé leur permis moto exprès et il fallait faire ce qu’ils font dans le film. On a commencé à tourner dans une canicule en presque septembre et on a fini à 2°. Puis la période reproduction des cerfs en automne, si y en a un qui sortait avec ses cornes on était morts (rires). Et puis il y a la scène finale qu’on ne dévoilera pas mais il fallait la faire.

Le + complexe à jouer ?

JG : Notre question avec André Dussollier c’était de savoir comment on allait faire évoluer les personnages. On a beaucoup cherché, on s’est mis dans des états de dingues et Nicolas, le réalisateur, m’a dit : « Ecoute, laisse tomber. Cherche pas. Je vais te mettre dans un tambour de machine à laver. Tu pourras jamais redéfinir par rapport à ce que tu sais. » Et moi j’avais bossé énormément avant pour mettre au point le personnage et effectivement au moment du tournage, tout ce que l’on sait passe à la poubelle. Parce qu’on doit redéfinir la contrainte : un film choral avec deux enfants, neuf caméras qui se baladent à l’extérieur et à l’intérieur et on est en « live action ». On ne joue pas la scène, on la fait. J’adore ça. C’est comme au cirque. Faut être sur le coup. C’est ce que je faisais déjà avec De Caunes, on arrivait le soir sans avoir des fois vraiment préparé et il fallait rester en acuité. Sur A fond, le plus difficile, c’est pas de rouler. Le problème c’est d’intégrer la sensibilité du son et de l’image. On est six dans la voiture, y a ceux qui jouent à l’arrière, ceux qui sont à l’avant et personne ne s’entend. On est obligé de trouver des petits systèmes pour que l’un comprenne que l’autre a fini sa réplique. On ne peut pas crier, on serait en surjeu. Y a une excitation, une précision. C’était jubilatoire. Nos réactions sont nos propres réactions. Quand je percute un motard, j’ai vraiment cru que je le percutais. Vous voyez ma tête, j’ai réellement cru qu’il allait se découper sur le rail de sécurité. Mais le mec métrisait, il me disait « Non t’inquiète pas » mais nous, on avait vraiment les interactions avec l’extérieur. On les vivait à 100%. Tout est ultra précis, ultra préparé. Ce sont les pilotes cascadeurs autour de la voiture qui font tout le travail. Ils avaient le retour son de ce qu’on disait et ils agissaient à partir d’un mot clé. Fallait pas se tromper dans les répliques.

Le + de votre personnage ?

JG : C’est un mec bien. A la base il est fait d’envie de changer le monde et de faire bouger les choses. Il faisait de la chirurgie réparatrice. Puis il s’est embourgeoisé. Moi je lutte pour ne pas tomber dans ce confort. Je ne veux pas. Sur un tournage, je suis toujours à côté de la caméra, je veux en découdre. Avant d’accepter un film, je me demande si ça vaut le coup de se donner.

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Le + d’André Dussollier ?

JG : Déjà, faire son fils… j’étais terriblement ému. André Dussollier c’est l’élégance, la finesse, l’intelligence de la perception, le savoir-vivre, la politesse. C’est quelqu’un qui avait envie de se remettre en jeu. On sent que c’est un amoureux du jeu.

Le + de Caroline Vigneaux ?

JG : Elle a appris à une vitesse phénoménale. Je pense que son passé d’avocate lui a vraiment permis de gérer la pression. Elle devait aussi gérer les enfants. Elle a été extraordinaire.

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Le + du métier de comédien ?

JG : Ce qui reste et doit rester c’est l’envie de jouer. Dans la vie je ne joue avec rien ni personne mais quand je joue au cinéma, je suis un flambeur. Même si je sais que je vais me cramer, je peux mettre toutes mes billes dans le jeu d’acteur. Je m’en fous. Quand on réussit, c’est magique. En tant qu’acteur, je suis au service. Je suis fidèle surtout quand ça chie. Je suis toujours là. Souvent, au départ, vous pensez que le film a tout pour être extraordinaire. Pour faire une métaphore un peu à deux balles, vous êtes dans un supermarché avec un super chef cuisinier qui va prendre les meilleurs produits. Puis il y a cet énorme tamis qu’est le tournage. Et là… Quelque fois vous avez des types comme Nicolas qui vont faire un plat incroyable. Quelque fois vous avez ni plus ni moins que ce que vous espériez au départ, ce qui est exceptionnel aussi. Et la plupart du temps, vous avez quelque chose qui n’a rien à voir avec ce que vous imaginiez parce que ça n’a pas marché. Puis il faut faire face aux critiques. De temps en temps, on a envie de prendre les gens par la main et de leur faire suivre tout le processus d’un film pour éviter les critiques faciles. Tout est facile aujourd’hui. « J’aime… j’aime pas… je trouve ça nul… ». Viens avec nous pendant deux jours, deux semaines, deux mois et le discours va changer. En tout cas, quel que soit le résultat, je suis là. Je reste présent même dans l’échec. Je sais perdre avec panache.

Le film qui vous fait le + rire ?

JG : Les rois du patin ou Frangins malgré eux. Tenir un postulat comme ça sur la durée, c’est chapeau bas à tous ceux qui l’ont fait. En tant qu’acteur, il faut croire aux personnages et ne jamais lâcher. Will Ferrell est incroyable. Dans Les rois du patin, en plus y a des effets géniaux. Ils ont imaginé toutes les choses les plus improbables et c’est maitrisé jusqu’au bout.

Le cinéma qui vous inspire le + ?

JG : La comédie italienne des années 50 et 60. Les gifles dans la gueule, pas de respect ni pour les enfants ni pour quoi que ce soit. Les Gassman, Tognazzi, Sordi … Les personnages qui osent tout, les mecs qui ont faim… j’adore ça. J’aime ces comédiens qui ne se sont jamais pris au sérieux.

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La + belle récompense pour A fond ?

JG : On a fait 87 dates et quand on voit le public s’accrocher, réagir, c’est énorme. On se dit « Putain ça marche ! ». Là, c’est vraiment notre récompense. Quand un film ne fonctionne pas, on est triste. C’est comme si on vous disait que votre enfant est moche. C’est horrible. Mais les réactions sont formidables. On se rend compte que d’habitude, en tant que spectateur, le cinéma nous met dans un grand confort. On peut voir des tas de trucs fous, des maisons qui se retournent etc… on est pris par l’aventure mais pas réellement concerné. Nous ne sommes pas sollicités. Là, on se rend compte dans les projections qu’on attrape le spectateur, on l’embarque dans la voiture avec nous et il cherche aussi des solutions pour sortir. C’est jubilatoire de sentir l’enthousiasme des spectateurs. On sait qu’on n’a pas fait ça pour rien.