Ecrit le 2013/01/16 par Nicolas Gilli in Actus
 
 

Nagisa Ōshima est mort, le soleil est enterré

Nagisa oshima
Nagisa oshima

Nagisa Ōshima, figure essentielle de la nouvelle vague japonaise et pape du cinéma subversif, s’est éteint le 15 janvier 2013 à 80 ans. Il laisse derrière lui une des œuvres les plus riches qui soit, ponctuée de scandales successifs et d’un seul grand succès.

De Nagisa Ōshima et sa trentaine de longs métrages, auxquels s’ajoutent de nombreux travaux dans le documentaire et pour la TV, l’histoire ne retiendra que 2 ou 3 films : L’empire des sens, Furyo et Tabou. Le réalisateur, dont l’enfance fut rythmée par la seconde guerre mondiale et qui vécut donc le traumatisme de la bombe, est entré avant ses 30 ans dans la grande machine à rêvess en travaillant pour la Shochiku en tant qu’assistant (par exemple auprès de Masaki Kobayashi), un studio qui lui permettra de rapidement passer à la réalisation de ses premiers longs métrages et chez qui il signera également son tout dernier film, Tabou en 1999.

Dans les premières années, Nagisa Ōshima est extrêmement prolifique. Entre 1959 et 1970 il signe pas moins de 16 films, et n’en suivront plus que 8 avec notamment les décennies 80 et 90 pendant lesquelles il touche au succès mais se consacre à d’autres formes d’expression. La subversion s’empare très rapidement de son cinéma, avec un sens de la provocation aiguisé doublé d’un regard inédit sur les tabous qui gangrènent la société japonaise. Avec des films parfois très sulfureux, il aborde sans fard le crime organisé, la politique et le sexe, quitte à se voir interdit de diffusion. Sa trilogie de la jeunesse (Une ville d’amour et d’espoir, Contes cruels de la jeunesse et L’Enterrement du soleil) fait déjà des ravages par sa liberté de ton quand il sort Nuit et brouillard du Japon. Le film provoque un scandale retentissant par son propos politique et place déjà Ōshima en marge du système.

Lempire des sens Nagisa Ōshima est mort, le soleil est enterré

S’ensuivront Le Piège, qui aborde frontalement le racisme japonais avec ce pilote d’avion noir américain qui devient l’esclave d’un village, Les Plaisirs de la chair et sa passion destructrice, l’étonnant Carnets secrets des ninjas, œuvre profondément expérimentale adaptée d’un manga de Sampei Shirato, ou le non moins étonnant La Pendaison et son utilisation du procédé de distanciation. La violence, la mort, le sexe et les rapports complexes entre les êtres humains feront la chair de son cinéma.

C’est en 1976 que son nom explose à l’international. L’empire des sens provoque un scandale dans le monde entier, sauf en France, par son caractère extrêmement subversif, ses séquences de sexe non simulées et sa vision des rapports amoureux pour le moins ambiguë. Quiconque l’a vu ne regarde plus les œufs durs du même œil. L’empire de la passion, tout aussi sulfureux, remporte deux ans plus tard le prix de la mise en scène au Festival de Cannes et Nagisa Ōshima ne réalisera plus que quatre films. Parmi ses derniers, Furyo qui met en scène David Bowie, Tom Conti, Ryûichi Sakamoto (qui signa une de ses plus belles bandes originales en même temps) et Takeshi Kitano. Le film situé dans un camp de prisonniers pendant la seconde guerre mondiale est un immense succès, son seul et unique. Après un passage par la France pour Max mon amour, il signe son dernier film en 1999 avec Tabou, chef d’œuvre dont l’élégance permet d’aborder intelligemment le thème de l’homosexualité en prenant pour décor l’univers des samouraïs.

A 80 ans, Nagisa Ōshima rejoint donc Kōji Wakamatsu, ami proche qui fut son producteur pour L’empire des sens