Ecrit le 2012/11/06 par Nicolas Gilli in Actus
 
 

The Grandmaster : le wing chun par Wong Kar Wai

The Grandmasters Poster
The Grandmasters Poster

[Mise à jour avec la bande-annonce française] 10 longues années. C’est le temps de gestation du nouveau film de Wong Kar Wai. The Grandmaster ressemblait à une arlésienne, le chef d’œuvre qu’on ne verrait jamais. Et 5 ans après un My Blueberry Nights assez mal reçu, voilà enfin le résultats des centaines d’heures d’entrainement de Tony Leung Chiu Wai. Ce n’est encore qu’une bande-annonce, mais The Grandmaster arrive.

Attendu au dernier festival de Cannes où nous n’avons eu droit qu’à la projection d’une preview, puis envisagé pour d’autres festivals jusqu’à ce que maître Yuen Woo-ping nous confie en juillet qu’il repartait sur le tournage, The Grandmaster se fait attendre. Wong Kar Wai a commencé à travailler sur le script d’un biopic de Yip Man en 2001, avant que le cinéma hong-kongais ne se découvre une passion soudaine pour celui qui fut notamment le maître de Bruce Lee. Alors qu’il ne se limitait qu’à une poignée d’apparitions cinématographiques jusqu’au début des années 2000, comme dans Dragon, l’histoire de Bruce Lee, il est ensuite devenu le sujet des grosses productions. En 2008 Wilson Yip sort Ip Man, puis Ip Man 2 deux ans plus tard, accompagné du Ip Man, la légende est née d’Herman Yau. Sachant que Wilson Yip va sortir son Ip Man 3 en 3D l’an prochain, cela apporte un début d’explication sur les raisons qui peuvent pousser Wong Kar Wai à peaufiner au maximum son bijou : il n’est plus le seul sur le marché et ceux qui ont réussi à produire quelque chose sur le sujet plus tôt que lui ont plutôt assuré. Le réalisateur ne s’est d’ailleurs pas gêné pour accuser publiquement Raymond Wong, producteur légendaire de Hong Kong, de plagiat d’idée avec ses deux premiers Ip Man. C’est amusant de voir comment l’histoire se répète autour de l’exploitation au cinéma des figures légendaires de la culture chinoise, à l’image de Wong Fei-hung qui fut l’objet de dizaines de films dans les années 50 et redevint le sujet préféré à HK dans les années 90 après Il était une fois en Chine de Tsui Hark.

The Grandmasters Zhang Ziyi The Grandmaster : le wing chun par Wong Kar Wai

Et si le projet a été lancé en 2001, le tournage à proprement parler n’a débuté que dans les premiers mois de 2010. Pour bien saisir l’épopée que représente ce film, il faut savoir que très tôt, Tony Leung Chiu wai, acteur fétiche de Wong Kar-wai avec qui il a tourné 6 de ses 9 films, s’est investi dans la préparation physique nécessaire pour le rôle. En 2008 il passait une dizaine d’heures par jour à pratiquer le wing chun, la boxe qu’enseignait Yip Man, sous la direction du fils du maître, Yip Ching. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles l’acteur s’est fait relativement discret depuis quelques années.

Au fil du temps, il est apparu que The Grandmaster ne serait pas seulement un film sur Yip Man mais un film sur les arts martiaux au début du XXème siècle, d’où le titre. Le perfectionnisme de Wong Kar-wai et sa volonté de maintenir le secret sur l’ensemble du tournage, ne révélant que très peu d’images jusqu’à aujourd’hui, doublé de sérieux problèmes du côté des acteurs (une blessure pour Tony Leung Chiu Wai, de vilaines rumeurs de prostitution pour Zhang Ziyi, la construction d’un nouveau décor de gare après qu’une photo volée du tournage ait fuité sur internet…), aura donc entraîné le tournage dans la grande tradition des derniers films de Wong Kar-wai : interminables. Il semblerait qu’aujourd’hui il soit bel et bien terminé, c’est du moins ce que laisse penser le trailer ci-dessous qui montre enfin autre chose que le combat sous la pluie (au demeurant très beau et qui a demandé 30 jours de tournage) de Yip Man.Grandmasters The Grandmaster : le wing chun par Wong Kar Wai Nul doute que le réalisateur va essuyer les mêmes reproches qu’à l’accoutumée, avec en vrac « suresthétisation, romantisme exacerbé, manque de rythme… » mais le fait est que cette bande annonce qui récompense des années d’attente est totalement à la hauteur de l’impatience grandissante qui accompagne ce projet. Outre Zhang Ziyi, dont on retrouve des extraits de la séquence diffusée à Cannes, on y voit enfin Chang Chen après ses deux années d’entrainement en expert des huit diagrammes et une partie du casting complet (Wang Qingxiang et Song Hye-kyo notamment), ainsi qu’enfin des nouveaux décors. Si on désespère toujours de ne plus retrouver Christopher Doyle à la photographie (il se serait brouillé avec Wong Kar-wai sur 2046) il faut bien avouer que Philippe Le Sourd (ancien assistant sur Delicatessen et depuis directeur de la photographie sur Atomik Circus ou Une grande année) semble avoir effectué un boulot remarquable. Le court métrage There’s Only One Sun donne une petite idée du niveau de la collaboration entre lui et Wong Kar-wai. On sait donc que les combats sont signés Yuen Woo-ping alors que les derniers présents dans un film de WKW, Les Cendres du temps, étaient l’œuvre de Sammo Hung avant de passer à la moulinette des ralentis et du montage expérimental du film, que c’est par contre le même compositeur, Frankie Chan, qui n’a rien composé depuis 10 ans, et que l’homme à tout faire William Chang est à nouveau en charge de toute la direction artistique mais également du montage.

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The Grandmaster est toujours prévu pour une sortie le 18 décembre en Chine, ce qui compromet sérieusement sa présence à Cannes au mois de mai (techniquement possible mais le présenter 5 mois après sa sortie n’a aucun sens) et sortira en France le 17 avril 2013 sous la houlette de Wild Bunch.

Et la première bande-annonce française :