Koji Wakamatsu est mort : la révolte s’évanouit
A 76 ans et après avoir lutté pendant des années contre la maladie, c’est finalement un taxi qui aura eu la peau de Koji Wakamatsu, le cinéaste de la révolte.
Sale temps pour les grands artisans du septième art. C’est du côté du quartier de Shinjuku à Tokyo que le pape du cinéma underground japonais a été fauché par un taxi, succombant à ses blessures quelques jours plus tard. Koji Wakamatsu était un drôle de personnage, avec derrière lui une drôle de vie. Et s’il fréquentait ces dernières années les plus grands festivals de cinéma au monde, comme une reconnaissance soudaine et extatique, il ne faut pas oublier qu’il a longtemps pratiqué son art dans l’ombre. Trop subversif, trop underground, trop en dehors des clous, on ne peut pas dire qu’il était prophète en son pays. D’ailleurs, ce diable issu d’un milieu très pauvre et qui bâtit sa rage, toujours visible dans ses films, de son passage chez les yakuzas et en prison, a toujours été une sorte de paria au Japon. Une raison simple à cela, il est entré dans le cinéma par la porte des pinku eiga, ces films érotiques et/ou violents auxquels il apporta toute sa verve politique. Et les cinéastes œuvrant dans ce cinéma peu fréquentable, loin de celui des maîtres classiques qui ont forgé l’image impeccable d’un cinéma japonais contemplatif et propre sur lui, n’ont jamais vraiment bénéficié de l’importance qu’ils méritaient.
Koji Wakamatsu aura payé cher son statut de frondeur. Malgré plus de cent films à son actif, dont l’essentiel produit entre 1963 et le milieu des années 80, le réalisateur n’a été invité qu’à deux festivals majeurs, celui de Berlin en 1965 où Les Secret derrière le mur créa un véritable incident diplomatique, et celui de Cannes en 1971 où Les Anges violés fut montré à la Quinzaine des réalisateurs. Il aura fallu attendre la fin des années 2000, United Red Army et la sortie de Quand l’embryon part braconner après 40 ans d’interdiction. Dès lors, le monde s’est souvenu qu’il existait au japon ce cinéaste génial, engagé, incroyable faiseur d’images, à la mise en scène aussi percutante que son propos et ses derniers films depuis ont alors accédé aux feux des projecteurs. United Red Army donc, mais également Le Soldat dieu ou Le jour où Mishima a choisi son destin, triptyque aussi politique que pédagogique, avec ce rôle de professeur qu’il avait fini par se donner, films de sa reconnaissance internationale alors qu’ils sont clairement les moins audacieux. Ce serait vite oublier Les Anges violés, Sex Jack, Va Va vierge pour la deuxième fois ou L’extase des anges, monuments de subversion qui tordaient les codes du pinku pour le politiser mais également provoquer des expériences étonnantes de mise en scène, des collages, des jeux sur la lumière, le noir et blanc et une réinvention du huis clos. Quelques points d’orgue d’une carrière essentielle, en parallèle de laquelle Koji Wakamatsu aura également exercé une carrière de producteur (c’est lui l’homme derrière L’empire des sens de Nagisa Oshima), une œuvre née de l’économie, de la sueur et de la rage, du cinéma guérilla qui aura inspiré nombre de cinéastes underground et aura un peu secoué ce Japon si rigide.
Le dernier film terminé de Koji Wakamatsu, The Millennial Rapture, était présenté à la dernière Mostra de Venise où il a reçu un accueil des plus réservés. Il a également réalisé Hotel Petrel Blue avant ce dernier, projeté à Busan dans le cadre d’un hommage qui lui fut rendu.
En 2010, il donnait une masterclass lors du festival Paris Cinéma, à écouter ci-dessous.








