Ernest Borgnine, le héros aux cent visages (1917-2012)
Les seconds rôles récurrents ont ceci de spécial qu’ils accompagnent l’amoureux de cinéma pendant toute une vie et sur plusieurs générations. Ernest Borgnine était sans aucun doute le plus grand des seconds rôles hollywoodiens. Lui qui entama sa carrière chez Robert Siodmak au début des années 50 (The Whistle at Easton Falls) pour ensuite apparaître au cinéma dans pas moins de 115 films, auxquels s’ajoutent d’innombrables téléfilms et séries TV, dont Supercopter bien entendu. Mais c’est au cinéma que s’est bâtie la légende de l’homme aux dents du bonheur qui s’est éteint hier à l’âge respectable de 95 ans.
Dans cette carrière impressionnante, son tableau de chasse restera inégalé. Ernest Borgnine a tourné avec les plus grands. Dans les années 50 il est à l’affiche de Tant qu’il y aura des hommes de Fred Zinnemann, Johny Guitare de Nicholas Ray, Les Gladiateurs de Delmer Daves, Vera Cruz de Robert Aldrich, Les Vikings de Richard Fleischer… immenses metteurs en scène qui lui laisseront le loisir d’exprimer encore son talent dans certains de leurs plus grands films : Barabbas, Le vol du Phénix, Les douze salopards ou L’empereur du Nord. A la fin des années 60, il participe à l’aventure du nouvel Hollywood et travaille à deux reprises avec un des plus grands réalisateurs américains, Sam Peckinpah qui l’oppose à Kris Kristofferson et Ali MacGraw dans Le Convoi quelques années après l’avoir intronisé en légende dans le quatuor magnifique de La Horde sauvage.
A la fin des années 70 il apporte sa contribution à la future révolution numérique avec Le Trou noir de Gary Nelson. Les années 80 le cantonnent déjà à des seconds rôles sans grande importance. La soixantaine fringante et le sourire toujours aussi rieur, il lui faudra l’œil de John Carpenter pour lui trouver un rôle à sa démesure dans l’immense New York 1997, sorte de baroud d’honneur (et rencontre avec une certaine génération) avant ses trente dernières années de carrière remplie à ras la gueule mais dans des productions pas toujours fréquentables, à quelques exceptions près (Bienvenue à Gattaca, Blueberry, l’expérience secrète). C’est le lot des légendes qui durent. A plus de 90 ans, Ernest Borgnine tournait encore plutôt que de se la couler douce dans une retraite dorée qu’il avait pourtant bien méritée.
Cette fois, le lauréat d’un Oscar (pour Marty de Delbert Mann) est parti pour de bon rejoindre William Holden, Warren Oates et Ben Johnson. Rideau.












