Festival de Cannes 2012 : les 6 films qui feront la compétition
Chaque année, à l’approche de la cérémonie d’ouverture et du début des hostilités, c’est un peu la même rengaine partout : que faudra-t-il voir à Cannes. Dans l’absolu il faudrait tout voir, l’ensemble des sélections de la compétition officielle à la Semaine de la critique, en passant par la Quinzaine des réalisateurs, Un Certain Regard et l’ACID, sans oublier les films hors compétition, les séances spéciales et la belle programmation Cannes Classics. Problème, c’est humainement impossible en 10 jours, à moins de passer la durée d’une journée à 72 heures. Le Festival de Cannes ets donc essentiellement une affaire de choix, et donc de flair, mais également de frustration extrême du cinéphage qui se cache en chaque festivalier venu sur la Croisette pour autre chose que les soirée VIP.
Cette sélection des 10 films les plus attendus du festival, totalement personnelle, est donc le premier de ces choix, sachant que d’autres beaucoup plus cruels suivront.
Je profite d’une petite digression personnelle pour dire qu’il s’agira de mon 3ème Festival de Cannes, mon second en tant que journaliste, que vous pourrez lire mes critiques ici-même et sur Excessif.com, mon média principal pour le festival. Cette année marque également le début d’une collaboration que l’on espère tous fructueuse avec Orange qui me met à disposition plusieurs facilités pour que la quinzaine soit une réussite, dont un logement à proximité du palais des festivals. La présentation du dispositif se trouve à cette adresse.
Mais revenons-en à l’essentiel, ces 6 films en compétition qui feront de la 65ème édition du Festival de Cannes une belle réussite. Pourquoi 6 ? Pourquoi pas…
C’est vrai que David Cronenberg a perdu de sa superbe en s’embourgeoisant. C’est un fait, et même la réussite exceptionnel de A History of Violence n’y change rien, il semble bien loin le temps de sa folie créatrice des années 80. Pourtant, avec Cosmopolis le réalisateur canadien pourrait bien opérer un retour en grâce. Le roman de Don DeLillo dont le film est tiré n’a rien d’exceptionnel, il est même assez ennuyeux malgré sa courte durée, mais il constitue pourtant le terreau idéal pour un cinéma totalement cronenbergien : du cul, un personnage principal à la dérive, des névroses, des univers mentaux… les espoirs les plus fous, à savoir trouver un film dans la veine de Vidéodrome ou du Festin nu, sont permis.
Andrew Dominik c’est LA révélation des années 2000. En seulement deux films, le très bon Chopper et le magistral L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, il s’est imposé comme l’homme à suivre, perfectionniste jusqu’à passer des années en salle de montage, doté d’un sens du cadre et du langage cinématographique tout simplement hors du commun. Cogan – la mort en douce, avec ses gangsters old school, son humour noir et sa violence omniprésente risque bien de marquer une nouvelle étape dans sa conquête. Après le plus beau des neo-westerns, va-t-il réaliser le plus beau des neo-polars ? Tout laisse à penser que oui. Il a le matériau de base, il a les acteurs, il a la maîtrise de la mise en scène… nul doute qu’il va signer un sérieux concurrent pour la palme d’or.
L’autre énorme révélation de ces dernières années c’est Jeff Nichols. Il lui a également suffi de deux films incroyables, Shotgun Stories et Take Shelter, avec l’association intelligente d’un acteur parmi les plus doués au monde, Michael Shannon. Capable de miracles pour ausculter le cœur des hommes et les fondements de l’idée de “famille”, il a même franchi un cap crucial lors du final hallucinant de Take Shelter, refusant tout le cynisme et le balai dans le cul de ses contemporains, se laissant aller à un mariage des genres tout simplement prodigieux. Après avoir mis à genoux la Semaine de la Critique l’année dernière, son nouveau défi est de réussir son entrée dans la cour des grands, et le bougre en est plus que capable tant il est bourré de talent.
Cette année le Festival de Cannes retrouve un de ses fils prodiges, Jacques Audiard. Le miracle Audiard, c’est de transformer à chaque fois un sujet pas forcément excitant sur le papier en très grand film. Un Prophète marquait déjà une apogée dans sa carrière garnie d’œuvres fortes, De Rouille et d’os pourrait bien encore enfoncer le clou, voire devenir son chef d’œuvre. Le recueil de nouvelles dont il a tiré son film est une succession d’uppercuts comme on s’en prend rarement, on peut faire confiance au plus grand metteur en scène français en activité pour le transformer en un très grand film. Car le miracle Audiard, qui passe également par des choix de casting des plus audacieux, mérite une palme d’or.
Avec une expérience déjà solide et une reconnaissance un brin tardive arrivée avec son interprétation assez magistrale, car à priori impossible, de La Route, John Hillcoat représente une interrogation de ce festival. Car si sur le papier, cette fresque familiale sur fond de prohibition, renouant avec la grande tradition du film de gangsters en costume, a tout pour séduire, il est difficile de l’intégrer à la programmation. Toutefois, cet autre héritier de Terrence Malick (le 3ème avec Jeff Nichols et Andrew Dominik, assurant la présence du maître par procuration) a plus d’un tour dans son sac et Des hommes sans loi s’annonce comme un grand film classique. C’était déjà le cas de The Proposition qui se réappropriait complètement les codes du western pour atteindre le statut d’œuvre vraiment singulière.
Mal-aimé pour sa réappropriation fiévreuse et baroque du grand classique La Servante, avec The Housemaid, présenté à Cannes, Im Sang-soo reste pourtant un des cinéastes majeurs en provenance du pays du matin calme. Formaliste exceptionnel, provocateur en diable et directeur d’acteurs de talent, il va faire de L’ivresse de l’argent un des évènements cannois simplement par la grâce de sa mise en scène et son goût prononcé pour les sujets brûlants. En pleine crise financière, un film sur la haute bourgeoisie et sa décadence, il fallait le faire. Le sélectionner à Cannes alors que son dernier film s’y est fait défoncer également. On applaudit et on l’attend avec beaucoup d’impatience.
À cette liste s’ajoutent tout naturellement Amour de Michael Haneke, La Chasse de Thomas Vinterberg et Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas, films très attendus et dont on ne sait que peud e choses finalement. Mais l’ensemble de la compétition peut regorger de surprises.
Et voici à quoi certains vont ressembler…






















