Posted 28 mai 2012 by Nicolas Gilli in Festivals
 
 

Festival de Cannes 2012 : l’amour triomphal

haneke_cover_cannes_2012
haneke_cover_cannes_2012

Le 65ème Festival de Cannes s’est achevé hier soir, avec la projection en clôture de Thérèse Desqueyroux du regretté Claude Miller. Si on ne va pas s’attarder sur la constante qualité fluctuante des films de clôture chaque année, et parce qu’on a honteusement quitté le palais à la fin de la cérémonie, cette dernière montée des marches ne manquait pas d’émotion, notamment dans les larmes d’Anne Miller.

Mais plus important que ce dernier film, c’est bien sur le temps des récompenses, des prix qui viennent décorer une dizaine de jours de compétition. De cette édition globalement faible, qui a laissé une belle place aux stars et au glamour plutôt qu’au grand cinéma, qui n’a laissé aucune chance à de nouveaux auteurs pour émerger, qui n’a pas non plus laissé de place aux femmes et qui s’est vue tirée par le bas par des films qui ne semblaient vraiment pas à leur place, de cette sélection ne pouvait qu’éclore un palmarès médiocre. Et il l’est en grande partie, Nanni Moretti confirmant toutes les craintes que l’on pouvait avoir à son égard, fidèle à sa réputation.

Amour1 Festival de Cannes 2012 : lamour triomphal

La cérémonie commençait plutôt bien, couronnant de la Caméra d’or l’extraordinaire Les Bêtes du sud sauvage de Benh Zeitlin, le seul prix pour un long métrage n’émanant pas du jury principal. Le film, oublié du palmarès d’Un Certain Regard, a enfin eu droit aux honneurs. Mais la mascarade allait commencer en décernant à La Part des anges de Ken Loach le prix du jury, un prix “tourné vers l’avenir d’un réalisateur” pour un réalisateur ayant déjà présenté une quinzaine de films sur la Croisette. Normal. La suite est du même acabit. Au delà des collines de Cristian Mungiu reçoit le prix du scénario (quand son point fort tient assez clairement dans sa mise en scène) et un double prix d’interprétation féminine pour Cosmina Stratan et Cristina Flutur. Marion Cotillard ? A priori sa performance phénoménale n’a pas été du goût de tout le monde. Le prix d’interprétation masculine pour Mads Mikkelsen dans La Chasse n’est pas volé, ni celui de la mise en scène, impressionnante, de Post Tenebras Lux. La deuxième grosse blague de la soirée arrive avec Reality qui récolte le Grand Prix du jury, le deuxième d’affilée pour Matteo Garrone après la présentation de Gomorra et une sérieuse sensation de copinage qui se dessine. Une sensation encore appuyée par la remise de la palme d’or, amplement méritée car récompensant le meilleur film de la compétition, à Amour de Michael Haneke. Nanni Moretti s’est contenté de féliciter les acteurs sans adresser un seul mot au réalisateur, avant de se détacher complètement du triomphe fait à l’équipe en préférant s’asseoir. Le jury s’est sans doute élevé contre son président, qui aura tout de même remis 5 prix sur 7 à des films distribués ou produits par son distributeur habituel.

Mais qu’importent les méandres du palmarès, le meilleur film a gagné et c’est bien l’essentiel. Cette belle palme d’or, la deuxième consécutive également pour Haneke, au milieu d’un palmarès peu flamboyant, représente un peu la poignée de films qui s’élevaient au dessus des rangs d’une sélection tout de même très moyenne. En marge d’un festival en tous points euphorisant en dehors des salles de projection, le bonheur de voir Amour remporter la palme d’or n’a d’équivalent que la déception de voir l’incroyable Holy Motors privé de toute récompense. Un scandale, une honte, un nouvel acte militant contre Leos Carax qui semblait revenu de parmi les ombres…

Encore un grand merci à Orange pour le support logistique de notre festival et pour la chouette team mise en place.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.