Ecrit le 2012/04/09 par Benoît Rebolj in Festivals
 
 

Chroniques du BIFFF 2012, jour 3 : La Chispa de la Vida, Julia X…

BIFFF 2012 affiche
BIFFF 2012 affiche

L’actualité marquante en ce 3eme jour de BIFFF est incontestablement la movie convention and market qui s’étalait sur une bonne partie de la journée. Petite caverne d’Ali Baba pour cinéphile et collectionneur. En collaboration avec la librairie The Skull, une institution puisqu’elle est la plus vieille librairie d’Europe de BD, rien que ça, était donc mis à la vente des petites perles toutes droit sortie du grenier du BIFFF. Comme des catalogues des éditions précédentes, des affiches, des sérigraphies, des DVD, des livres, des magazines et même des jouets. Bref de quoi largement combler jusqu’au plus chieur des fétichistes.

En cette troisième journée étaient présentés Don Quichotte 3D, film chinois tourné entièrement en 3D et qui reprend à son compte la légende espagnole, Pig d’Henry Barrial et ses relents nolano-lynchéens, The Road de Yam Laranas, film ultra prometteur en provenance des Philippines et avec la photographie de Christopher Doyle (collaborateur de longue date de Wong Kar Wai) ainsi que la grosse claque The Woman de Lucky McKee, accueilli par une salle hilare.

Mais également…

la chispa de la vida poster Chroniques du BIFFF 2012, jour 3 : La Chispa de la Vida, Julia X...La Chispa de la Vida d’Álex de la Iglesia. Avec Salma Hayek, Santiago Segura et Nacho Vigalondo. (Espagne, France)

Après le grandiose Balada Triste, conte fantastique désespéré sur fond de franquisme à l’esthétique impeccable qui montre l’étendu du talent de l’espagnol, Álex de la Iglesia présente cette année son dernier film La Chispa de la Vida.

Après la claque que fût Balada Triste, on ne va pas dire qu’on attend Álex au tournant mais presque. Excité et curieux de voir ce qu’il peut bien nous proposer après ce chef d’oeuvre magnifique et bouleversant.

Techniquement, La Chispa de la vida est un contre-pied total par rapport à tout ce qu’il a pu faire auparavant oubliant ainsi son côté exubérant dans la mise en scène pour nous proposer quelque chose de plus sobre et épuré qui vient épouser à merveille l’histoire de ce film.

Et quelle histoire ! Roberto, ancien publicitaire au chômage, acculé par les dettes, se retrouve entre la vie et la mort, une barre de fer planté dans le crâne, et décide alors de vendre à la meute médiatique son histoire.

Pamphlet sans concession sur l’industrie du spectacle, sur l’hyper médiatisation, sur le règne de l’émotionnel, La Chispa de la vida se paye tout le monde, les publicitaires montrés comme une bande de branleurs inutiles, les médias, meute avide de sensationnel et sans foi ni loi, les agents, de pures ordures spéculant sur le malheur des autres pour le profit, et jusqu’au spectateur, voyeur décomplexé à pancartes de solidarité.

Une dénonciation en règle de tout ce qui régit notre époque, du libéralisme philosophique qui consiste à rendre tout marchandise – tout peut se vendre et s’acheter même le désespoir d’un homme – jusqu’au monde médiatique dans son ensemble qui véhicule cette idéologie et qui transforme la télé en chiottes que la ménagère regarde par le trou de la serrure. Monde où l’impudeur, l’immoralité, la cupidité côtoient le voyeurisme pour en donner ce qu’on faire de plus indécent.

Film thématiquement très riche et très juste dans son analyse, il n’en reste pas moins aussi très drôle malgré le drame qui se joue sous nos yeux et la pesanteur du sujet. Álex de la Iglesia n’a pas renoncé à ses pêchés mignons et s’il s’est gardé de faire un film graphiquement exubérant et démonstratif qui aurait dénoté avec le thème, il nous gratifie en revanche d’un humour noir réjouissant, habituel chez lui, qu’il parsème tout au long du film et qui dédramatise un peu tout en donnant un peu plus de légèreté.

Encore un coup de maître de l’espagnol qui ne cesse de nous surprendre. Film sans concession mais en rien moralisateur ou pesant. La Chispa de la vida est une œuvre belle et juste, servie par des acteurs au mieux de leur forme, Salma Hayek toujours plus belle et émouvante mais aussi et surtout José Mota, comique espagnol très peu connu en dehors de l’Espagne, mais qui signe ici une performance digne des plus grand.

En compétition Thriller 2012, ce dernier film d’un désormais grand habitué du BIFFF a toutes ses chances de remporter un petit quelque chose.

julia x poster Chroniques du BIFFF 2012, jour 3 : La Chispa de la Vida, Julia X...Julia X de P.J. Pettiette. Avec Valerie Azlynn, Kevin Sorbo et Alicia Leigh Willis. (USA)

Premier film du réalisateur P.J. Pettiette, scénariste de Bad Dream et If I die before I wake, il s’essaye donc à la réalisation et en 3D en nous présentant ce Julia X.

Passons très vite sur l’utilité de la 3D dans ce film, il n’y en a pas. Mis à part de voir le sang gicler sur nous, l’intérêt du procédé est nul, même si le réalisateur nous explique que sa mise en scène est pensée pour la 3D, ça ne fonctionne de toute évidence pas.

Mais ce n’est pas le sujet principal du film et ça n’empêche pas de profiter au maximum de ce slasher gore jouissif et sans complexes qui se font affronter durant tout le film deux prédateurs qui trouvent leur proies sur internet, et notamment sur les sites de rencontres. De quoi donner envie aux plus accrocs à ce genre de site de résilier leur abonnement.

Julia X c’est 1h30 de bagarre sanglante entre deux bombes (Valérie Azlynn et Alicia Leigh Willis) qui n’hésiteront pas à vous exploser la gueule et un tueur en série incarné par Kevin Sorbo (le fameux Hercule de la série du même nom) qui aime marquer ses victimes au fer rouge et qui ici va en prendre pour son grade.

Exutoire sans prétention, ce film est un enchainement d’action sanglante, d’humour noir, sans outrance mais sans inhibition, une sorte de bon divertissement pas familial du tout.

Le but n’étant clairement pas de donner dans le viscéral mais de rester dans une sorte de légèreté toute relative compte tenu du genre, il remplit parfaitement son contrat. Beau petit galop d’essai pour un premier film, non sans quelques défauts qu’on laisse passer facilement et qui n’entachent en rien la bonne tenue générale de ce sexy slasher gore assez réjouissant.