14e Festival du Film Asiatique de Deauville 2012 – la programmation
Après une 13ème édition sous le signe du panda et qui avait consacré Eternity de Sivaroj Kongsakul, Sketches of Kaitan City de Kazuyoshi Kumakiri, The Journals of Musan de Park Jungbum, Cold Fish de Sono Sion et True Legend de Yuen Woo-ping, le Festival du Film Asiatique de Deauville se prépare pour sa 14ème édition et vient de lever le voile sur l’ensemble des sélections.
2012 se veut une édition majeure, intention qui se ressent dans le vent de changement qui semble la pousser, mais surtout dans les choix de films et d’invités. En effet cette année sera rendu un hommage à l’un des cinéastes japonais les plus fascinants de notre époque, Kiyoshi Kurosawa, maître de la peur et observateur iconoclaste de la société japonaise moderne. Pour l’occasion le festival organise une masterclass en présence de réalisateur et animée par Jean-Philippe Tessé tandis que seront projetés 6 de ses films : Cure, License to Live, Charisma, Kaïro, Rétribution et Tokyo Sonata, son œuvre la plus “mainstream” qui avait remporté le prix Un Certain regard à Cannes en 2008.
Un second hommage, intitulé “Regard” sera rendu au trop méconnu réalisateur thaïlandais Pen-Ek Ratanaruang avec la projection de ses magnifiques Vagues invisibles et Ploy, mais également son tout dernier film en avant-première, Headshot.
Petits regrets avec l’absence des derniers Tsui Hark et Zhang Yimou, The Flying Swords of Dragon Gate et The Flowers of War, qu’on n’est pas prêt de voir débarquer sur les écrans français, mais la sélection possède un beau potentiel.
Du côté de la compétition officielle, on trouve 9 films représentant 6 pays de la région Asie. Parmi eux, 6 sont des premiers films.

11 Fleurs (我十一)
de Wang Xiaoshuai
Chine
En 1974, au coeur de la révolution culturelle chinoise, un garçon de dix ans observe le monde des adultes et n’y comprend pas grand-chose. La rencontre avec un meurtrier en fuite le pousse au secret et au mensonge. Cette confrontation signera la perte de son innocence.
Il s’agit du 9ème film de Wang Xiaoshuai, après entre autres Beijing Bicycle, grand prix du jury à Berlin en 2001, et Chongqing Blues.
Baby Factory (Bahay Bata)
de Eduardo Roy Jr.
Philippines
Sarah est infirmière dans la maternité d’un centre hospitalier public. Comme l’établissement manque de personnel en cette période de Noël, elle doit travailler deux fois plus. Les infrastructures sont surchargées : deux mères et leurs nouveau-nés doivent partager le même lit alors que s’entassent dans les couloirs des femmes sur le point d’accoucher. Sarah fait face à cette situation avec sérénité, générosité et dévouement, réussissant même à en oublier ses propres souffrances personnelles.
Premier film
Beautiful Miss Jin (미스진은 예쁘다)
Jang Hee-chul
Corée du Sud
Soo Dong est le gardien du passage à niveau de la gare de Dongrae. Sa vie est monotone et sans surprises jusqu’à l’arrivée en gare de trois passagers atypiques : une femme d’une cinquantaine d’années appelée Miss Jin, une petite fille qui l’accompagne et un ivrogne bavard. Soo Dong va rapidement s’intégrer à cette petite communauté et développer avec elle une relation peu conventionnelle…
Premier film
Death is my Profession (Marg kasb va kare man ast)
de Amir Hossein Saghafi
Iran
Dans une région montagneuse d’Iran, trois ouvriers n’arrivent plus à subvenir aux besoins de leur famille et se retrouvent contraints de voler, pour les revendre, des câbles de lignes à haute tension. Au cours d’un de ces vols, ils tuent quelqu’un accidentellement et se transforment alors en fugitifs…
Premier film
Himizu (ヒミズ)
de Sono Sion
Japon
Sumida est un lycéen dont l’unique ambition est de devenir un homme ordinaire. Son père, qui a quitté le foyer depuis longtemps, réapparaît de temps à autre lorsqu’il a besoin d’argent. Sa mère s’est enfuie avec son amant, laissant le jeune homme sans rien ni personne sur qui pouvoir compter. Réalisant que son rêve ne pourra jamais être exaucé, Sumida devient obsédé par les sanctions qu’il pourrait prendre contre les personnes malfaisantes qui l’entourent.
Le plus punk des cinéastes underground japonais poursuit son périple et s’attaque cette fois à l’adaptation du manga éponyme de Minoru Furuya. Un des premiers films japonais nourris aux dernières catastrophes naturelles ayant frappé le pays.
I Carried You Home (ปาดังเบซาร์)
de Tongpong Chantarangkul
Thaïlande
Pann vit à Bangkok. Un jour, elle reçoit un appel de sa tante en pleurs qui lui annonce que sa mère est dans le coma suite à un terrible accident. Elle contacte alors sa soeur aînée Pinn, laquelle s’est enfuie après son mariage, pour vivre à Singapour et y commencer une nouvelle vie loin des contraintes de la famille. Les deux soeurs sont alors forcées de passer du temps ensemble et, peu à peu, de réapprendre à s’ouvrir l’une à l’autre.
Premier film
Mourning (Soog)
de Morteza Farshbaf
Iran
Une querelle éclate entre un homme et sa femme juste avant qu’ils ne prennent la route pour se rendre dans une ville plus au nord, chez la soeur de l’épouse, Sharareh, et son mari Kamran. Le lendemain matin, ces derniers apprennent la terrible nouvelle : ce qui est arrivé au couple, sur la route, la nuit dernière… En état de choc, Sharareh et Kamran partent pour Téhéran accompagné d’Arshia, le fils du couple qui, la nuit du drame, n’était pas avec ses parents. Entre l’aube et le crépuscule, pendant ce voyage qui prendra toute une journée, Sharareh et Kamran doivent annoncer à l’enfant la douloureuse nouvelle…
Premier film
Saya Zamurai (さや侍)
de Hitoshi Matsumoto
Japon
Kanjuro Nomi est un vieux samouraï, sans épée et avec un fourreau vide. Ayant été amené par le passé à jeter son épée et refuser à se battre, il erre aujourd’hui sans but précis, accompagné de Tae, sa fille unique. Désormais recherché pour avoir renié son seigneur, il est condamné à « l’exploit des 30 Jours » : réussir en 30 jours – et à raison d’une chance par jour – à redonner son sourire au prince éploré par le décès de sa mère. Si Kanjuro réussit, il sera libre. Mais s’il échoue, il devra pratiquer le seppuku, la forme rituelle japonaise du suicide par éventration.
Premier film d’Hitoshi Matsumoto à avoir droit à une sortie française, Saya Zamurai semble un peu plus mainstream que ses précédents mais avec cet artiste fou aux commandes, on peut s’attendre à tout.
The Sun-Beaten Path (太阳总在左边)
de Sonthar Gyal
Chine
Nyma, un jeune homme instable, quitte Lhassa pour retourner dans sa maison isolée près de Golmud. Le car étant un moyen de transport trop rapide à ses yeux, il préfère aller à pied, quitte à affronter la chaleur caniculaire du jour et le froid glacial de la nuit, sans parler de la fatigue inhérente à la marche. Bien pire encore, il rejette systématiquement les gestes amicaux d’un vieillard, lequel sacrifie pourtant son propre confort pour mieux veiller sur le jeune homme.
Premier film
Seront également présentés Hors Compétition les films suivants :
Headshot (ฝนตกขึ้นฟ้า)
de Pen-Ek Ratanaruang
Thaïlande
Dans la Thaïlande d’aujourd’hui, la corruption fait rage. Tul, un flic intègre, subit le chantage d’un politicien influent et se retrouve accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Désabusé, mû par un puissant désir de vengeance, il est rapidement recruté comme tueur à gages par un groupe mystérieux dont le but est d’éliminer ceux qui se croient au-dessus des lois. Mais lors d’une mission, Tul reçoit une balle dans la tête. À son réveil, après trois mois de coma, il découvre qu’il voit le monde à l’envers, littéralement.
Retour au pur film noir de ses débuts pour Pen-Ek Ratanaruang après le revers de Nymph, toujours inédit chez nous et qui risque bien de le rester…
I Wish – nos vœux secrets (奇跡)
de Kore-Eda Hirokazu
Japon
Au Japon, sur l’île de Kyushu, deux frères sont séparés après le divorce de leurs parents. L’aîné, Koïchi, âgé de 12 ans, part vivre avec sa mère chez ses grands-parents au sud de l’île, tout près de l’inquiétant volcan Sakurajima. Son petit frère, Ryunosuke, est resté avec son père, guitariste de rock, au nord de l’île. Koïchi souhaite par-dessus tout que sa famille soit à nouveau réunie. Lorsqu’un nouveau TGV relie enfin les deux régions, Koïchi et son jeune frère organisent clandestinement un voyage avec quelques amis jusqu’au point de croisement des trains où, dit-on, un miracle pourrait se produire…
Retour au conte pour Kore-Eda Hirokazu après le fascinant Air Doll. Il s’agit de son huitième film et comme toujours, c’est la famille qui est au centre de son propos.
Pink (핑크)
de Jeon Soo-il
Corée du Sud
Par un matin pluvieux, Su-jin descend d’un train dans une gare inconnue. Elle va en direction d’un bar, le Pink, afin d’y commencer un nouveau travail. Ok-ryeon est la patronne de ce bar depuis une dizaine d’années. Elle a un fils, Sang-guk, qui ne dit rien. Ok-ryeon, Sang-guk et tous les autres laissés-pourcompte qui ont un jour échoué au Pink rappellent à Su-jin l’histoire douloureuse de sa famille. Violée par son père lorsqu’elle était jeune, elle vit depuis dans la honte et la culpabilité. Au Pink, son passé continue de la hanter mais elle doit essayer de l’oublier.
Retour à Deauville pour Jeon Soo-il, 5 ans après que La Petite fille de la terre noire y soit récompensé par deux fois. Il s’intéresse cette fois à la psychologie du sexe, sujet casse-gueule et pas si commun en Corée du Sud au cinéma.
Mais le Festival du Film Asiatique de Deauville c’est également la fameuse section Action, restée secrète jusqu’à aujourd’hui. Par le passé des films aussi prestigieux et/ou fondateurs que Ong Bak, The Chaser ou Dog Bite Dog ont reçu le fameux Lotus Action Asia. 6 films sont en compétition :
The Raid (Serbuan Maut)
de Gareth Evans
Indonésie
Une citadelle imprenable au cœur des bidonvilles de Jakarta, le refuge d’un insaisissable baron de la drogue. Personne n’a encore jamais osé s’y aventurer, avant qu’une unité de policiers d’élite n’y soit envoyée en secret pour y capturer le trafiquant. Au cours d’un raid éclair mené au petit matin, un indic les repère et en informe immédiatement son patron. Celui-ci ordonne alors à ses troupes de bloquer toutes les issues et d’éteindre les lumières. Prisonniers du bâtiment, les policiers vont devoir affronter les tueurs, étage après étage, pour réussir à s’en échapper, à survivre et à s’en sortir…
Difficile de parier gros sur Gareth Evans après avoir vu Merantau, film assez efficace mais pas exceptionnel. Il semblerait qu’un sacré chemin soit parcouru depuis tant The Raid écrase tout sur son passage de partout où il passe. On parle du plus grand film d’action de ces 10 dernières années, d’un mélange incroyable entre Assaut et Ong Bak…
The Sorcerer and the white snake (白蛇傳說之法海)
de Ching Siu-tung
Chine
Le démon Serpent Blanc décide de prendre l’apparence d’une très belle jeune femme afin de séduire le jeune herboriste Xu Xian dont elle est tombée amoureuse. Avec l’aide de Serpent Vert, elle s’aventure dans le monde des humains et finit par se marier à Xu Xian. Tout va pour le mieux jusqu’au jour où elle croise la route de Fa Hai, un sorcier du Temple Jin Shan dont l’unique mission est d’éradiquer tous les démons de la terre…
Chorégraphe génial et réalisateur parfois exceptionnel (Duel to the Death, Histoire de fantômes chinois…) Ching Siu-tung avait foiré son retour avec un Kingdom of War des plus passables, 6 ans après son sympathique Naked Weapon. Avec The Sorcerer and the white snake il participe à la reconquête chinoise de jet Li dans un film qui semble fonctionner à la nostalgie de l’âge d’or du cinéma HK.
The Sword Identity (倭寇的踪迹)
de Xu Haofeng
Chine
Deux guerriers défient sans le savoir les quatre familles d’une ville du sud de la Chine qui gardent jalousement secrètes certaines techniques d’arts martiaux. Pris pour des pirates japonais en raison de la forme allongée de leur sabre, ils risquent d’être arrêtés, sauf s’ils peuvent prouver leur valeur en acceptant d’affronter un guerrier légendaire descendu de son exil en pleine montagne.
Premier film de Xu Haofeng, The Sword Identity pourrait bien être une totale relecture d’un genre aux code établis, le wu xia pian. Et ce pour la simple et bonne raison que ce réalisateur est avant tout un auteur spécialisé dans les arts martiaux et le wu xia en particulier, qu’il a étudié pendant de très longues années. Reste à voir ce qu’il en a fait à l’écran…
War of the Arrows (최종병기 활)
de Kim Han-Min
Corée du Sud
Lors de la deuxième invasion mandchoue de la Corée, 500 000 civils sont faits prisonniers. Au beau milieu de combats acharnés, se bat un archer coréen entré dans la légende mais dont les historiens ont oublié le nom. Ceci est son histoire…
Un wu xia sud-coréens… ce n’est pas là qu’on trouve les plus grands films du genre mais celui-ci est tout simplement le plus gros succès au box-office local de l’année 2011. Ce qui n’est pas un gage de qualité non plus mais on ne sait jamais.
Warriors of the Rainbow: Seediq Bale (賽德克‧巴萊)
de Wei Te-Sheng
Taïwan
1930. Dans les montages de Taïwan, Mouna Rudo, un guerrier de la tribu aborigène Seediq, organise la rébellion de son peuple contre l’occupant japonais. Les 300 hommes de Rudo, armés de vieux pistolets, de lances et d’armes rudimentaires, vont devoir affronter une armée de 3 000 hommes afin de défendre leur terre, leur dignité et leur honneur…
Fresque guerrière et barbare dans la lignée de Bang Rajan, Warriors of the Rainbow: Seediq Bale est produit par John Woo et mis en scène par le réalisateur de l’excellent Cape No. 7. À noter que le film sera présenté dans sa version internationale de 155 minutes, et non en deux parties de 144 + 132 minutes…
Wu Xia (武俠)
de Peter Ho-Sun Chan
Chine
Sous la dynastie Qing, Liu Jin-xi, fabricant de papier, mène une vie paisible dans un village isolé avec sa femme Ayu et ses deux enfants. Mais l’arrivée d’un détective va bouleverser leur existence…
Véritable rafraichissement au dernier festival de Cannes, Wu Xia est non seulement une relecture formidable de Sherlock Holmes mais également un film d’action de très haute volée porté par un duo d’acteurs au sommet de leur jeu et de leur forme physique. Assez brillant donc à ne pas louper. le film sera projeté dans sa version de 116 minutes.
Une bien belle sélection, et de quoi remplir les agendas bien comme il faut. Nous y serons bien entendu.





