Random Article


 
News
 

[Critique] Les Bien-aimés (2011)

 
Note
 
 
 
 
 
/ 5


User Rating
no ratings yet

 


Bottom Line

Cette année le Festival de Cannes était un grand cru, tout le monde est plus ou moins d’accord là-dessus malgré un palmarès qui a récompensé à la fois les ambitions de cinéma démesurées (The Tree of Life, Melancholia), la grande mise en scène qui transforme du bis en cinéma d’auteur génial (Drive) et les valeurs [...]

0
Posté le 28 mai 2011 par

 
Critique
 
 

Cette année le Festival de Cannes était un grand cru, tout le monde est plus ou moins d’accord là-dessus malgré un palmarès qui a récompensé à la fois les ambitions de cinéma démesurées (The Tree of Life, Melancholia), la grande mise en scène qui transforme du bis en cinéma d’auteur génial (Drive) et les valeurs sures du festival qui ont trouvé le bon filon (Ceylan, Dardenne…). Et pour clore une telle édition, ouverte sur un Woody Allen en roue libre, quoi de mieux que de finir sur une belle faute de goût? Histoire de rappeler que le Festival de Cannes sélectionne parfois n’importe quoi. Mis à part pour son casting, que vient faire un film comme Les Bien-aimés sur la Croisette? On risque de longtemps se poser la question tant la chose parait en décalage complet avec la fête du cinéma. Christophe Honoré peut faire du bon cinéma (Dans Paris ou La Belle personne sont loin d’être mauvais, il faut juste aimer le genre), son incompréhension totale des mécanismes de la nouvelle vague qui plombe ses films et les transforme en références maladroites. Les auteurs de la nouvelle vague, qu’on soit réceptif ou pas à leurs oeuvres, avaient le mérite de proposer un cinéma libre et de briser les conventions. En gros, ils inventaient. Se réclamer héritier de la nouvelle vague en ne faisant que reprendre leurs gimmicks est une arnaque monumentale! Et c’est exactement ce que fait Christophe Honoré, alors pour l’héritage, on repassera.

les bien aimes 1 [Critique] Les Bien aimés (2011)

Les Bien-aimés commence pourtant très bien. Une ouverture pleine de nostalgie et d’espièglerie portée par une Ludivine Sagnier dans un rôle parfait pour elle, une fille aux moeurs légères. Non pas qu’elle ressemble à une pute, mais cette légèreté colle vraiment bien à son physique. D’autres l’ont vu avant Christophe Honoré. Quoiqu’il en soit, cette introduction venue directement du passé annonce un film des plus agréables, à défaut d’être exceptionnel. Le soucis est que Les Bien-aimés ne tire sa vilaine cartouche que plus tard, après nous avoir bien endormi. On se prend légèrement au jeu des sauts entre passé et présent, entre la fille et la mère, entre Chiara Mastroianni et Ludivine Sagnier. Comme un souffle de rien du tout passe sur ces femmes. Et puis arrive la première chanson. Et oui, car Christophe Honoré ne continue pas dans la voie qu’il se traçait avec le (parait-il) impayable Homme au bain, et il revient à cet atroce modèle de comédie musicale ratée qu’était Les Chansons d’amour. Et il faut avouer que c’est assez cruel de poursuivre dans cette voie, Les Chansons d’amour étant sans aucun doute possible le pire film d’auteur français des années 2000. Il y a en tout et pour tout deux chansons écoutables dans Les Bien-aimés, plutôt agréables même. Pour le reste c’est absolument insupportable, ces acteurs et actrices ne sachant pas chanter des textes globalement ringards. Mais l’enfant des cahiers du cinéma portant bien haut son blason d’intouchable du cinéma français, il peut se permettre de pondre un film aux ambitions dramatiques nulles, au mode de narration pataud avec ses chapitres et totalement dénué d’émotion. Comme pour donner du grain à moudre à ses détracteurs il parle à nouveau de petits bourgeois, confirmant au passage que son travail s’adresse essentiellement à une petite bulle parisienne et à personne d’autre. D’autant plus que Les Bien-aimés dure pas loin de 2h30, ce qui s’avère un tout petit peu long quand on n’a pas grand chose à raconter.

les bien aimes 2 [Critique] Les Bien aimés (2011)

Pourtant, Les Bien-aimés n’est pas aussi insupportable que Les Chansons d’amour. On y trouve même quelques vrais moments de grâce, un peu de cinéma avec du charme à l’image de cette rencontre surréaliste sur un pas de porte, mais surtout pas trop. Derrière la fausse légèreté d’un procédé lourdingue et ringard, on trouve l’esquisse d’une réflexion intéressante sur le cycle héréditaire du comportement amoureux et quelques vrais portraits de femmes. Mais l’ensemble est faisandé. Comme dit plus haut, la majorité des chansons sont médiocres, et mettent en avant des acteurs pas toujours à leur place. Ainsi si on appréciera les performances des acteurs étrangers embarqués dans la galère (Paul Schneider et Milos Forman en tête), on ne peut pas en dire autant de tout le cast français, à l’image de l’habitué Louis Garrel qui passe 2h30 à faire la gueule. C’est que tous sont coincés dans ce mode de jeu incroyablement agaçant qui consiste à déclamer des dialogues qui n’ont rien de naturel sur un ton théâtral. Cela a pour conséquence de se détacher de plus en plus des personnages et donc d’un film qui manque déjà cruellement d’enjeux, le principal étant de refaire une comédie musicale populaire à la Jacques Demy. Et encore une fois l’hommage ne fonctionne pas, écrasé par la référence qui le ringardise immédiatement. Et ce n’est pas une mise en scène mollassonne saupoudrée d’effets arty et de regards caméra qui va sauver l’entreprise.

Avec Les Bien-aimés, Christophe Honoré paye son hommage foiré à Jacques Demy et cherche à remettre en avant ses ambitions de cinéma populaire abandonnées après Les Chansons d’amour. Si le résultat possède quelques très belles choses, il est tout de même assez ringard, relativement moche, surjoué et surtout, bien trop long. Cette histoire de femmes aux histoires d’amour pas comme les autres noie son potentiel sympathie à une vitesse ahurissante et aboutit sur un film qui n’a rien de grand. Assez médiocre, il est surtout insignifiant.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


0 Comments



Be the first to comment!


Laisser un commentaire