[Critique] Megamind (2010)
Réalisateur: Tom McGrath
Ça ne chôme pas chez Dreamworks! En mars de cette année sortait Dragons, unanimement salué comme étant une très grande réussite de l’animation, fin juin c’était au tour de Shrek 4, il était une fin, opus faiblard qu’on espère vraiment être le dernier, et quelques mois plus tard voici Megamind. Et autant le dire tout de [...]
Ça ne chôme pas chez Dreamworks! En mars de cette année sortait Dragons, unanimement salué comme étant une très grande réussite de l’animation, fin juin c’était au tour de Shrek 4, il était une fin, opus faiblard qu’on espère vraiment être le dernier, et quelques mois plus tard voici Megamind. Et autant le dire tout de suite c’est un excellent cru! Un film d’animation en images de synthèse qui tente de revisiter les codes du film de super-héros, ce n’est pas nouveau. Pixar a déjà transformé le concept en chef d’oeuvre d’une maturité folle avec Les Indestructibles il y a déjà 6 ans. Megamind c’est un peu différent car en plus d’un film de super-héros à tendance adulte, il s’agit d’une inversion des rôles assez jouissive, avec un super-méchant en tête d’affiche. Dreamworks mise sur trois éléments majoritaires: l’humour, l’action et une floppée de clins d’oeils dans tous les sens. On n’est pas au niveau d’un Pixar mais avec Megamind Dreamworks relève encore un peu la barre et se pose comme le complément idéal à Raiponce, adressé à un public totalement différent (plus jeune essentiellement, avec une “culture” cinéma plus limitée). Alors oui tout cela peut agacer car on évolue dans un univers relativement fermé (le patrimoine de Paramount essentiellement) mais Megamind possède suffisamment d’atouts pour se faire une jolie place parmi les films d’animation qui comptent. Un rythme qui ne faiblit que très peu, des gags souvent ravageurs, un casting de voix judicieusement choisi, la recette d’un probable succès.
Intelligemment, Megamind ne sombre pas dans la simple parodie. D’ailleurs le film ne se moque jamais du genre mais en détourne simplement les figures mythiques. Le super-héros devient un showman arrogant, le super-méchant est un looser en puissance, et tout d’un coup toute cette situation finalement assez classique se voit complètement retournée. Exit le héros, place au méchant qui prend le contrôle de la ville. De ce postulat de départ déjà assez jouissif se développe une intrigue inédite qui éloigne définitivement la comparaison avec le chef d’oeuvre de Brad Bird. Aux précédentes productions d’animation Dreamworks on pouvait reprocher une construction vacillante qui ne dépassait jamais vraiment le canevas référence cinéphile / gag et ainsi de suite. Ce n’est clairement plus le cas, car Megamind jouit d’un scénario rudement bien écrit, même s’il laisse de côté trop de personnages secondaires, se focalisant essentiellement sur le quatuor principal. Véritable film de super-héros dans l’âme, il explore intelligemment le lien intime entre le bien et le mal à travers un miroir déformant.
Mais niveau références, on n’est pas en reste. En effet de la plus évidente à la plus subtile, Megamind ratisse large. Première cible, Superman de Richard Donner évidemment, qui prête à Megamind une belle partie de sa trame narrative. L’hommage/parodie atteint des sommets lors de l’apparition hilarante d’un Marlon Brando en Jor-El. Absolument pas fin mais qu’est-ce que c’est drôle! Pour le reste ça cite en vrac Iron Man 2, pour la bande son empruntée à AC/DC et des scènes reprises à l’identique, les univers compilés de la Science-Fiction classique avec des pointes de créatures qui auraient très bien pu figurer dans un film de Guillermo Del Toro, l’animation japonaise et ses robots, le kaijū eiga pour ses batailles urbaines, et toute une flopée de films d’action qui défouraillent sec. Et les plus attentifs et observateurs seront aux anges de découvrir dans des coins du décor quelques objets mythiques comme l’arche d’alliance d’Indiana Jones et les aventuriers de l’arche perdue. Du détail qui fait plaisir, à l’image de tous ces éléments détournés comme les affiches de Barack Obama modifiées en ‘No you can’t”.
Truffé de clins d’oeils, Megamind n’en oublie pas de divertir avec du vrai cinéma et propose des combats dantesques, des retournements de situation dans tous les sens, et suit un rythme difficilement pris en défaut. Alors bien entendu au final tout cela reste relativement classique sur le fond malgré quelques originalités bienvenues, et développe une morale un brin facile. Mais on s’amuse et c’est bien là l’essentiel, d’autant plus quand la qualité est au rendez-vous. Autre point fort évident, les voix de Brad Pitt et Will Ferrell. Si le premier ne fait que quelques apparitions, le second donne littéralement vie à ce génie du mal souffrant d’une terrible frustration. On rit encore de ses fautes de prononciation, un des running gags les plus drôles du film, succulent.
À voir: quelques photos de la conférence de presse à Paris
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