[Critique] Very Bad Cops (2010)
Réalisateur: Adam McKay
Avec son titre “français” qui en plus de surfer bien trop ouvertement sur le succès comique de Very Bad Trip annihile le sens essentiel du titre original – littéralement “les autres types” – Very Bad Cops prouve une bonne fois pour toutes qu’une bonne comédie est toujours le fruit d’une association de talents, ou plutôt [...]
Avec son titre “français” qui en plus de surfer bien trop ouvertement sur le succès comique de Very Bad Trip annihile le sens essentiel du titre original – littéralement “les autres types” – Very Bad Cops prouve une bonne fois pour toutes qu’une bonne comédie est toujours le fruit d’une association de talents, ou plutôt de plusieurs associations de talents. Il y a bien évidemment le duo devant la caméra, l’inédit Ferrell/Wahlberg, mais également le tandem McKay/Ferrell déjà à l’œuvre sur Présentateur Vedette: La Légende de Ron Burgundy, Ricky Bobby – Roi du Circuit et Frangins Malgré Eux, évolutions logique de leur association sur le Saturday Night Live et que l’auteur de ces lignes n’a toujours pas vus (mais on va se rattraper). Et il faut avouer que cette équipe de choc fait ici des miracles dans une comédie d’action qui s’inscrit tout à fait dans la veine des Hot Fuzz et Tonnerre sous les Tropiques, à savoir de la pure comédie qui ne prend pas le genre qu’elle parodie de haut et n’est donc jamais ridicule dans le genre en question, à savoir le buddy movie d’action pour Very Bad Cops. À l’arrivée c’est clairement le truc le plus drôle arrivé sur nos écrans cette année avec l’excellent American Trip, aussi drôle qu’intelligent et truffé de superbes idées.
Ce qui est très fort dans Very Bad Cops c’est que le film fonctionne autant sur le premier que le second degré, chose assez rare pour être signalée. Ainsi sur un fond pas si con que ça de crise financière, utilisé plus que judicieusement, Adam McKay livre une comédie d’action post-Madoff succulente de bout en bout, en grande partie par le décalage permanent qui se crée et qui n’en finit plus de prendre le spectateur à revers, provoquant la surprise à chaque scène. En effet Adam McKay s’appuie sur le personnage d’Allen Gamble (Will Ferrell) pour court-circuiter les codes en vigueur du genre, avec bonheur. Il a tout du mec coincé, le faux flic derrière son ordinateur qui n’a jamais utilisé son flingue et hérite d’une arme factice en bois. Pourtant, aussi incompréhensible que cela puisse paraître, il se tape Eva Mendes et ses ex sont toutes des bombes atomiques. Le personnage tranche avec les prestations précédentes du bonhomme, habitué aux rôles de machos outranciers, définitivement déstabilisant. Et le tandem qu’il forme avec un Mark Wahlberg en grande forme pour camper un roquet looser fonctionne dès sa première apparition.
Mais dans Very Bad Cops, il y a aussi les very good cops, disparaissant rapidement du récit mais auxquels Samuel L. Jackson et Dwayne “the Rock” Johnson apportent tout le décalage nécessaire, et qui héritent de la mort la plus stupide au cinéma depuis… celle de Samuel L. Jackson dans Peur Bleue sans doute. À grands renforts de gags alternant finesse et lourdeur dans un joyaux bordel général des plus réjouissant, Adam McKay imprime à son film un rythme suffisant pour faire passer les deux heures à toute vitesse. Entre la métaphore vaginale visant la Prius, des digressions jouissives sur un combat thon/lion ou sur la qualité supposée d’une eau minérale russe, une séquence d’interrogatoire surréaliste, la redéfinition d’un pot de vin et autre moments d’humour imparables, Very Bad Cops n’est que réjouissance. On ne s’y ennuie jamais, mieux on y rigole beaucoup et même grassement. Mais Very Bad Cops assure également le show dans ses séquences d’action aux SFX pourraves mais qui fonctionnent sans la moindre du début à la fin, qu’elles parodient – ou rendent hommage à - Michael Bay ou John Woo.
Parfaitement inscris dans son univers bien cadré, l’affaire Madoff citée à la toute fin dans un générique animé aussi drôle qu’effrayant, Very Bad Cops contient tous les éléments de la comédie réussie. Mais il souffre d’un défaut assez handicapant qui l’empêche d’être LA comédie ultime: un trop plein d’idées. En effet Adam McKay a clairement les idées qui fusent, parfois trop et ça aboutit sur un film qui frôle les deux heures. On l’a dit, le rythme baisse très rarement mais tout de même, une comédie ne devrait pas excéder les 1h30 pour être parfaite. Ceci dit, tout cela reste savoureux grâce à des moments d’humour savoureux (“On dirait que Scarface a éternué sur ta caisse”) et des running-gags bien vus. Mais clairement c’est toute une bande d’acteurs adeptes du second degré et de l’auto-dérision qui remportent la palme. Wahlberg et Ferrell bien entendu, bénéficiant d’un tandem à l’alchimie parfaite, mais également Eva Mendes à contre-emploi total ou Michael Keaton génial en chef de la police citant à tours de bras les chansons des TLC… c’est con mais pas trop – c’est même assez intelligent parfois – et ça fait un bien fou.
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