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[Critique] Les Runaways (2010)

 
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Bottom Line

La mode des biopics n’est toujours pas terminée. Johnny Cash y a eu droit avec le très bon Walk the Line, John Lennon va y avoir droit dans quelques mois avec Nowhere Boy, cette fois ce sont les Runaways. On ne les connait pas forcément aujourd’hui, d’autant plus que le groupe s’est séparé prématurément, mais [...]

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Posté le 2010/09/03 par

 
Critique
 
 

La mode des biopics n’est toujours pas terminée. Johnny Cash y a eu droit avec le très bon Walk the Line, John Lennon va y avoir droit dans quelques mois avec Nowhere Boy, cette fois ce sont les Runaways. On ne les connait pas forcément aujourd’hui, d’autant plus que le groupe s’est séparé prématurément, mais on connait tous Joan Jett et un de ses tubes, I love Rock n’ Roll. Difficile de retranscrire l’esprit du rock à l’écran, peu ont réussi le pari par manque d’audace. Le rock dans les années 70 c’était sale, ça puait l’alcool et la dope, il est impossible de traiter un tel sujet de façon sage. Au delà du sujet en lui-même l’intérêt de ces Runaways vient de son casting assez surprenant. Elles sont jeunes et se sont croisées à deux reprises dans la saga Twilight, à savoir Kristen Stewart et Dakota Fanning. Cette dernière a bien grandi depuis le temps de la Guerre des Mondes et il paraît clair qu’elle fera une carrière bien supérieure à la plupart des enfants stars qu’on voit apparaître puis disparaître aléatoirement. Et donc toutes deux sont aujourd’hui (mais depuis plusieurs mois aux USA où le film est déjà disponible en DVD) Joan Jett et Cherie Currie, les deux lolitas rock n’ roll qui ont révolutionné le rock en imposant des figures féminines. Et si le film hérite d’un traitement formel assez surprenant pour un biopic, genre où généralement le sujet tient le film comme il peut et où le côté cinématographique est oublié, il n’empêche qu’il ne s’extirpe pas vraiment de la moyenne du genre. Car malgré quelques éléments sortant heureusement de la bonne morale et du politiquement correct, l’ensemble reste bien trop classique et finalement pas assez rock n’ roll. Mais on assiste à un superbe numéro d’actrices qu’on n’attendait pas vraiment.

les runaways 1 [Critique] Les Runaways (2010)

Ce sont clairement les portraits de ces deux jeunes femmes qui apportent un important intérêt au film qui sur ce point bénéficie d’un travail d’écriture de haut niveau, puisé directement dans le bouquin écrit par Cherie Currie. On y rencontre deux petits bouts de femmes en colère. En colère contre la société, contre leur famille, contre la vie. Cherie adule David Bowie et reprend ses maquillages pour des shows de playback où elle se fait huer, Joan tente par tout les moyens d’apprendre la guitare électrique qui n’était à l’époque enseignée qu’aux hommes. Personnages ambigus en pleine recherche d’elles-mêmes et profondément torturées, elles nous passionnent au premier regard, portées par une présence à l’écran aussi maladroite que surpuissante. De grandes rencontres en petits drames, le groupe est formé, la folie commence, la gloire jusqu’au clash inévitable pour un groupe composé d’adolescentes dans lequel l’égo commence à s’imposer assez rapidement. Cherie est la star, les autres sont derrière, le fardeau est lourd à porter, elle est le sujet d’étude du film plus que le personnage de Joan.

C’est leur différence qui est mise en avant, et donc leur rapport au succès. Cherie est une jeune fille paumée ne sachant pas vraiment si elle se plait dans ce statut de diva adulée, elle trouvera dans la drogue, l’alcool et le sexe une sorte d’échappatoire pour ne pas affronter la réalité. Joan quant à elle est une rockeuse dans l’âme, certaine de son destin, elle contrôle absolument tout et à l’inverse de Cherie va plus manipuler le producteur excentrique Kim Fowley que se laisser dicter ses actions. C’est de leur différence et de cette étrange relation avec Fowley que va naître le culte, c’est également de là que viendra la scission. Des Runaways seule Joan Jett a continué une carrière brillante, les autres étant tombées dans l’oubli ou retournées à une vie plus paisible. Cette idée du succès éphémère d’un groupe concept, hyper sexué et très jeune, est plutôt bien traité par Floria Sigismondi qui signe là son premier long métrage après avoir fait ses armes sur des clips de Marilyn Manson, David Bowie, the White Stripes ou the Raconteurs (dont le méchamment bizarre et brillant Broken Boy Soldier).

les runaways 2 [Critique] Les Runaways (2010)

Très axé “girl power” les Runaways est souvent très bien mis en scène, de façon assez stylée, notamment grâce à la présence inestimable de Benoît Debie à la photo, le génie qui avait éclairé Irréversible, Vinyan ou Enter the Void, un esthète incroyablement à l’aise pour créer des ambiances irréelles. À l’image cela se traduit par une mise en scène alternant mouvements à l’énergie et séquences bien plus oniriques remplies de flous et de fumées. Cela ressemble parfois avec à une démonstration futile mais le résultat séduit par sa beauté. Porté par une musique rock des plus agréable et nostalgique, il manque toutefois à ces Runaways un véritable grain de folie. En effet l’esprit du groupe était basé sur le fantasme de ce groupe provocateur, sur une forme de liberté sexuelle exacerbée et une dépravation totale. Sauf qu’à part quelques prises de drogues et vilaines bitures, quelques bisous entre filles ne suffisent pas vraiment à retrouver cet état d’esprit. À trop atténuer le côté sexuel au centre de ce groupe pas comme les autres, Floria Sigismondi livre un film trop sage, trop mainstream, et vraiment pas assez crasseux et rock n’ roll.

Mais cette petite déception de voir un film visuellement audacieux mais thématiquement aseptisé se voit contrebalancée par trois numéros d’acteurs formidables. Kristen Stewart se sort sans problème de son personnage horripilant de Bella et elle devient Joan Jett, littéralement. Dakota Fanning incarne à merveille la lolita torturée en perte de contrôle. Mais les deux se font voler la vedette par le toujours génial Michael Shannon qui nous sort une interprétation exceptionnelle du producteur, il se lâche complètement à tel point qu’on ne voit plus l’acteur derrière le personnage, encore une grosse performance à ajouter à sa liste, bluffant.

Bonne idée que de revenir sur le destin éphémère de ce groupe culte des années 70 pour en faire un véhicule de deux jeunes actrices cherchant à se sortir d’une image formatée. Le résultat est assez séduisant pour qui apprécie le rock, grâce à une bande son électrique et de belles images, ainsi qu’au duo d’actrices secondé par un extraordinaire Michael Shannon. Mais au final les Runaways s’avère bien trop sage pour retranscrire le véritable esprit rock n’ roll. Trop poli, trop politiquement correct, il ne restera malheureusement pas dans les mémoires mais propose quelques beaux moments.

Crédits photos: @ Apparition / @ Metropolitan Filmexport

Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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