[Critique] La Meute (2010)
Réalisateur: Franck Richard
Mais où va le cinéma de genre français? Alors que pendant de très longues années il a été mis de côté au profit d’oeuvres plus “fréquentables”, il semble renaître de ses cendres depuis quelques temps grâce à une poignée de réalisateurs amoureux et bourrés de talent tels que Pascal Laugier, Christophe Gans ou Alexandre Aja, capables [...]
Mais où va le cinéma de genre français? Alors que pendant de très longues années il a été mis de côté au profit d’oeuvres plus “fréquentables”, il semble renaître de ses cendres depuis quelques temps grâce à une poignée de réalisateurs amoureux et bourrés de talent tels que Pascal Laugier, Christophe Gans ou Alexandre Aja, capables de ne pas prendre le genre de haut, de ne pas le tourner en ridicule et de livrer donc de pures séries B à tendance horrifique violentes et hyper efficaces. On ne les remerciera jamais assez pour la saine émulation qu’ils ont crée, rappelant au cinéma français qu’à une lointaine époque évoluaient chez nous des artistes tels que Georges Franju, Jean Cocteau ou Jacques Tourneur, avant que la France se spécialise en comédie lourdingue et films socio-intellectuels à deux balles et oublie les notions de subversion et de plaisir sadique. Donc quelque part on peut se réjouir de ce regain d’intérêt tout relatif des producteurs pour un certain cinéma de genre, mais il y a de quoi se poser de sérieuses questions quant à son avenir en voyant la masse de productions soit complètement ratées soit d’une maladresse qui fait mal au coeur. Cette année, avec la Horde, Djinns, Proie, Captifs ou encore Amer, c’est au tour de la Meute de dévoiler son jeu après des previews plus qu’alléchantes. Le premier film de Franck Richard représentait même le cinéma de genre à la française à Cannes, le plus grand festival de cinéma au monde. Et malheureusement il ne déroge pas à la règle et propose autant de choses sublimes que ratées. C’est rageant car cette fois on y croyait vraiment, les intentions du jeune réalisateur étant très claires, sauf qu’au final on ne sait trop que penser du résultat.
Un brin prétentieux Franck Richard? Sans doute oui quand il cite ses influences, de Franju à Tourneur en passant par John Carpenter et qu’il crache sur la vague horrifique de torture porns. Car de Carpenter par exemple, s’il essaye de retrouver le ton si spécifique du western appliqué à un autre genre, on ne retrouve pas grand chose. Une mini scène de siège et une bande son aux accents rock ne suffisent malheureusement pas. Pour les torture porns une des scènes les plus intenses du film est une scène de torture (largement inspirée de la Maison de Cire au passage), donc il ne faudrait peut-être pas se foutre de la gueule du monde et assumer ce qui a été fait. On ne va pas reprocher à Franck Richard de balancer une scène de torture dans son film, d’autant plus qu’elle est plutôt réussie, mais pourquoi tenir un pareil discours? Car au delà de ses ambitions peu en rapport avec le résultat final, la Meute est loin d’être un film honteux. Il est maladroit, bancal, très imparfait, mais vraiment pas dégueulasse non plus. Et ce pour une simple raison, à l’intérieur de son film, Franck Richard ne pète jamais plus haut que son cul et aborde le genre avec respect et humilité, et ce même si l’ensemble part un peu dans tous les sens.
La Meute est une sorte de film schizophrène. Comme s’il y avait 2 films en 1, les deux se mettant en danger l’un l’autre. Et plus que la construction en deux parties assez distinctes, c’est dans ses allers et retours permanents entre sérieux et n’importe quoi que cela se ressent le plus. La première partie du film est de loin la plus classique, la plus réussie aussi, est plus ou moins calquée sur l’éternel modèle de Massacre à la Tronçonneuse. Franck Richard pose une ambiance étrange et plutôt glauque assez efficace, ne s’attarde pas inutilement sur des personnages qui n’en ont pas besoin, il en résulte une entrée en matière qui manque cruellement d’originalité mais qui transpire le sérieux et l’application. Des personnages principaux forts, une image chiadée, des dialogues vulgos qui font mouche, ce serait presque le bonheur si le récit ne se voyait pas déjà parasité par des personnages secondaires servant de ressort comique débile: la bande de bikers. Interprétation théâtrale, répliques crétines, ils provoquent au choix le rire ou la moquerie mais ternissent largement l’aspect assez sérieux de l’ensemble, contrairement aux lignes de dialogues gratinées de Yolande Moreau qui s’inscrivent parfaitement dans le ton bouseux du nord recherché. Ceci avant que le film tourne à la relecture de Calvaire, en moins efficace, où on se demande si le réalisateur cherche à rendre hommage à ses “influenceurs” ou plutôt à Jean Rollin pour le côté très série Z, les nichons en moins.
Cette seconde partie est véritablement la plus embarrassante. Les erreurs scénaristiques se multiplient, les bikers apparaissent n’importe où sans qu’on sache trop pourquoi ni comment, le personnage de Benjamin Biolay évolue sans la moindre logique, le montage se fait approximatif et la meute du titre s’avère parfaitement ridicule et là encore mue par un développement carrément illogique. Alors ça saigne un peu mais on n’en a plus grand chose à faire car la seule façon de suivre la chose de façon supportable est de la prendre au 10000ème degré. Donc on rigole de l’humour beauf de Philippe Nahon qui se fout des crayons dans tous les orifices sans qu’on sache pourquoi et se balade avec son Tshirt trop grand marqué “I fuck on the first date”, tout un programme. On se délecte de Yolande Moreau qui nous ressort la partition des Deschiens en version psychopathe (elle est carrément énorme). On observe l’errance zombiesque de Benjamin Biolay qui semble un peu paumé et les délires rebelles d’une Emilie Dequenne qui va bien souffrir. Mais paradoxalement, si le récit ne tient pas la route sur la longueur, seulement par intermittences, la Meute est superbement emballé. Assisté par le très bon Laurent Barrès à la photographie (À l’intérieur et Hitman, entre autres) Franck Richard accouche d’un film qui touche souvent au sublime visuellement. Un vrai sens du cadre, une horreur atmosphérique, paysages lunaires, créatures au look dément, de vrais moments de poésie morbide. Pourquoi tout foutre en l’air avec ce trop plein d’humour, ces approximations narratives et ces fautes de goût énervantes? Il y avait un potentiel incroyable pour faire quelque chose de vraiment bon et au final on se retrouve devant un film une fois de plus décevant, et c’est rageant.
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