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[Critique] Mutant Girls Squad (2010)

 
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Bottom Line

On ne le répétera jamais assez, le Japon est devenu en l’espace de quelques années le nouvel Eldorado du cinéma gore mondial. Mais pas vraiment du gore sérieux et glauque, plutôt d’une forme qui puise sa source du côté de Braindead et des catégories III hongkongaises, un mélange savoureux entre la comédie aux accents grand [...]

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Posté le 6 septembre 2010 par

 
Critique
 
 

On ne le répétera jamais assez, le Japon est devenu en l’espace de quelques années le nouvel Eldorado du cinéma gore mondial. Mais pas vraiment du gore sérieux et glauque, plutôt d’une forme qui puise sa source du côté de Braindead et des catégories III hongkongaises, un mélange savoureux entre la comédie aux accents grand guignolesques et un mauvais goût totalement assumé. Le mouvement a plus ou moins été lancé grâce au succès d’estime de Versus de Ryûhei Kitamura et poursuit film après film son escalade dans les joutes sanglantes dopées au grand n’importe quoi hautement jouissif. Un des derniers exploits c’est donc ce Mutant Girls Squad présenté à l’Étrange Festival de Paris cette année et qui prend cette fois la forme d’une sorte de film omnibus réalisé à 3 mains. 3 parties d’une demi-heure chacune, 3 chapitres signés par 3 noms majeurs de ce nouveau genre. Le premier, Noboru Iguchi, n’est autre que le réalisateur de Sukeban Boy, the Machine Girl et RoboGeisha, des fleurons du genre. Le second, Yoshihiro Nishimura, est le maquilleur et responsable des effets spéciaux le plus en vogue dans cette nouvelle vague japonaise et a réalisé Tokyo Gore Police ainsi que Vampire Girl vs. Frankenstein Girl, une sorte de dieu vivant des effets gores. Le troisième, Tak Sakaguchi, en est à son troisième film en tant que réalisateur après notamment un Samurai Zombie parait-il très oubliable, mais c’est surtout un acteur star capable de déchaîner les foules au Japon, un chorégraphe d’action ultra doué, et pour nous autres européens le visage inoubliable de Versus de Kitamura. Avec Mutant Girls Squad c’est le nom d’un tout nouveau studio spécialisé dans le genre qui s’impose, Sushi Typhoon, également aux commande du futur Cold Fish de Sion Sono. Le résultat c’est 1h30 de joyeux bordel comme on n’en verra plus jamais ailleurs, un vrai bonheur de cinéphile déviant qui n’a pas la moindre limite, si ce n’est celle de la technique.

mutant girl squad 1 [Critique] Mutant Girls Squad (2010)

Rapidement on pourrait résumer l’ensemble à une sorte de croisement bâtard entre les X-Men, Braindead et… Charlie’s Angels. Le film suit à peu près la même construction que les autres productions du genre, à savoir une introduction/générique complètement barge et qui nous présente en un temps record le trio d’héroïnes et leur pouvoir destructeur face à des soldats très méchants qui portent un casque spécial (avec une mitraillette à la place du nez!). La séquence est là pour donner le ton avec des gerbes de sang surréalistes et des gros plans bien dégueulasses mais tellement drôles (membres arrachés, têtes qui explosent, du classique toujours efficace). Par la suite le scénario développé n’est finalement qu’un prétexte pour accumuler le plus de scènes outrancières possible, en gardant tout de même une trame plus ou moins logique – au départ surtout – d’une jeune fille qui à la veille de ses 16 ans se découvre des pouvoirs de mutants, métaphore ô combien subtile du passage à l’âge adulte. Crise à l’apparition de son “trésor” (une main digne de Freddy Krueger), formation, acceptation, grosses colères et combat final, rien de bien surprenant dans le déroulement de l’action.

L’originalité elle est ailleurs bien entendu, et les trois réalisateurs qui livrent un travail incroyablement homogène s’en donnent à coeur joie. C’est un peu tout ce qui fait le charme de ce genre de production, l’imagination sans limites de leurs créateurs. Et là on atteint encore des sommets de gros n’importe quoi tellement autre et tellement dégueulasse, mais traité avec un 10000ème degré obligatoire, qu’on passe la majorité du film les yeux écarquillés et la mâchoire tombante devant ces trésors d’inventivité. Et le plus fort dans tout ça c’est que c’est à mourir de rire, en particulier lorsqu’on est amateur de nipponeries extrêmes. Entre une boulangère qui se retrouve charcutée en pain géant, une mutante avec une tronçonneuse rattachée au rectum, une autre avec des katanas qui lui sortent des seins, une mutante suicidaire qui se taille les veines pour attaquer ses ennemis et se transforme en Astro Boy / Iron Man, d’autres aux pouvoirs de fruits de mer, c’est un gros bordel hallucinant et qui avance à un rythme qui ne faiblit quasiment jamais, y compris lors de scènes “intimistes” qui sortent tout droit d’un drama au rabais avec la musique qui va avec. C’est un bonheur sans comparaison possible que de voir une telle folie étalée sur un écran de cinéma, comme si le plus gore et trash des mangas prenait vie sous nos yeux.

mutant girl squad 2 [Critique] Mutant Girls Squad (2010)

Visuellement tout ça fait souvent très cheap car tourné en vidéo avec un budget qu’on imagine relativement limité, mais au moins ça ne dépareille pas avec le reste de la production nippone. Donc les images ne sont pas vraiment “belles” mais il n’empêche que le trio de réalisateurs apporte tout de même quelque chose en termes de mise en scène, s’essayant à des figures de style qu’on n’imaginait pas vraiment ici. Ainsi une fois passé le massacre des parents de Rin on a droit à un plan séquence un peu fou pendant qu’elle massacre à peu près tout un quartier à grands coups de griffes et de sang numérique. Pour donner un minimum de cachet à l’ensemble les cinéastes usent et abusent de ralentis, filtres et autres dutch angles qui renforcent un peu plus l’impression d’une oeuvre complètement hybride et définitivement hors du commun. Bien sur on a droit à une belle brochette de jolies filles, les actrices venant essentiellement des Adult Vidéos et que les réalisateurs prennent plaisir à filmer sous tous les angles, en particulier avec leurs mini-jupes d’écolières ou leurs tenues d’infirmières. En effet, c’est très mâle. Pour l’anecdote, on trouve également Tak Sakaguchi au casting qui enfile encore une fois le costume d’un travelo et en fait des tonnes dans le surjeu. Un vrai plaisir complètement raccord avec le ton de ce Mutant Girls Squad définitivement pas sérieux, esthétiquement et artistiquement plutôt pauvre, mais absolument obligatoire pour la liberté totale dont il jouit.

Sans grande surprise, Mutant Girls Squad est bien le monument de grand n’importe quoi attendu depuis le marché du film de Cannes. Un scénario simpliste qui reprend celui d’X-men mais un étalage de folie et de jusqu’auboutisme total dans le traitement du gore à outrance. Ces japonais n’ont pas fini de nous étonner, ils sont complètement dingues et quand ils nous pondent ce genre de merveille complètement bis à mourir de rire, on ne peut que jalouser la liberté dont ils peuvent profiter au sein de l’industrie cinématographique. Mutant Girls Squad c’est tout simplement génial.

Crédits Photos: ©2010 The Sushi Typhoon / Nikkatsu Corporation

Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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