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[Critique] Liberté (2009)

 
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Bottom Line

Hasard des calendriers, en deux semaines sont sortis deux films traitant de la seconde guerre mondiale et des déportations. Sauf que le premier est sorti dans une indifférence totale, face à Shutter Island, et le second a bénéficié d’une promotion plus proche de la propagande que d’autre chose. On peut chercher une explication du côté [...]

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Posté le 24 mars 2010 par

 
Critique
 
 

Hasard des calendriers, en deux semaines sont sortis deux films traitant de la seconde guerre mondiale et des déportations. Sauf que le premier est sorti dans une indifférence totale, face à Shutter Island, et le second a bénéficié d’une promotion plus proche de la propagande que d’autre chose. On peut chercher une explication du côté du sujet, le second (la Rafle donc) accédant au statut de “devoir de mémoire” pour la simple et bonne raison qu’il aborde, pour la énième fois, la shoah. Alors que Liberté s’intéresse lui à la déportation et au massacre des bohémiens et que notre société semble placer cela bien plus bas sur l’échelle d’importance, ce qui est tout de même assez grave. Quoi qu’il en soit, il convient non seulement de remercier Tony Gatlif d’avoir fait ce film car le thème est tout aussi essentiel que l’autre, mais surtout pour en avoir fait un aussi bon film! Sans l’ombre d’un doute les amateurs du cinéaste aimeront tandis que ses détracteurs détesteront une fois de plus, car les ingrédients qui font son cinéma son bien présents. À savoir des nomades bien sur, une folie ambiante qui n’est finalement que l’aboutissement d’un désir de vivre exacerbé, et la musique omniprésente, élément essentiel du film qui transforme un récit déjà fort en message d’une puissance phénoménale. Loin de tout sentimentalisme et de pathos gratuit, Liberté est un film qui correspond totalement à ce qu’on pouvait attendre en nous surprenant même, une fable cruelle et dansante, et surtout une ode à la liberté.

liberte 1 [Critique] Liberté (2009)

Tony Gatlif réussit avec Liberté un véritable tour de force, à tous les niveaux. Déjà bien sur pour la leçon d’histoire, quasi-absente des livres sans même parler des écrans, mais surtout par son traitement. Premières images: des barbelés entourant des camps qui se mettent à vibrer comme des cordes de guitare et dont s’échappent les premières notes de cette symphonie tzigane qui prend des airs de drame humain. On pouvait s’attendre au pire avec un sujet pareil, c’était sans compter sur ce talent incroyable qu’est capable de déployer le réalisateur. Le film est d’une justesse admirable du début à la fin et semble passer à toute vitesse, signe d’une narration parfaitement maitrisée et rythmée. Mais ce qui est formidable dans tout ça c’est le ton général de l’ensemble. La musique tzigane, sans doute une des plus belles du monde, ponctue le récit de façon tout à fait originale. C’est elle qui fait vivre le film tant elle semble contenir en elle toute l’histoire du peuple gitan, ses joies et ses drames.

Alors c’est vrai que filmer des tziganes c’est ouvrir la voie des clichés, dont celui de la musique en l’occurrence au milieu de tout le folklore. Sauf que tout est question de subtilité, et de justesse dans le traitement afin de transcender ces clichés pour en sortir l’essentiel, l’esprit tzigane dans ce cas. Gatlif joue avec cette imagerie, tout comme il s’amuse avec les codes du drame historique. Par exemple cette scène hilarante pendant laquelle des villageois demandent aux gitans de venir jouer leur musique pour que leurs poules recommencent à pondre, pied de nez magnifique à l’éternelle réputation de “voleurs de poules”. Ou encore cette salle de classe dans laquelle l’institutrice résistante se voit obligée de faire chanter Maréchal nous voilà, un moment aussi difficile et émouvant que drôle quand les tziganes l’accompagnent avec leurs violons, fantastique et surréaliste. Et c’est dans ce décalage quasi permanent que se situe tout le charme de Liberté, un ton faussement léger pour un sujet véritablement grave, la recette du miracle.

liberte 2 [Critique] Liberté (2009)

Intelligemment, Tony Gatlif ne sortira l’argument “fait historique” que discrètement en carton pré-générique de fin, comme une conclusion logique. Avant cela c’est un étalage de virtuosité dans la mise en scène, dans la narration et dans le jeu des acteurs. On pouvait émettre des réserves sur la présence de Marc Lavoine au générique, il est éblouissant d’humanité. Marie-Josée Croze, elle nous illumine par sa justesse et ses émotions qu’elle tente si bien de retenir avant qu’elles nous éclatent au visage. Mais ce sont les tziganes du film qui sont mis en vedettes de ce spectacle drôle et dramatique. Tous sont parfaits dans leur interprétation, des jeunes aux moins jeunes, ils nous touchent par leur sincérité. Mais il y en a un qui se détache du lot, un certain Taloche dans le film, un peu cinglé, presque autiste, terriblement drôle.

Ce Taloche est interprété par James Thiérrée, qui n’est autre que le petit-fils du grand (par le talent) Charles Chaplin. C’est assez fascinant de voir à quel point le talent peut être héréditaire parfois car l’acteur est hallucinant. Il est le symbole de tous les thèmes du film. Il est la joie, la rage, la folie, l’incompréhension, la nature, la lutte, il est l’essence même de ce peuple, il est cette liberté qu’on enchaîne. Son personnage suit une évolution superbement écrite, qui part du comique burlesque pour en arriver à quelque chose de bouleversant. Accompagnant ses personnage par une caméra sans cesse en mouvement, libre également, Tony Gatlif trouve le ton et la forme idéaux pour en faire une belle réussite. Par sa légèreté apparente il n’en est que plus bouleversant et certaines images et musiques nous hantent longtemps.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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