
Un film de Tim Burton
Tim Burton ex-artiste vendu? On est en droit de se poser la question, et cette nouvelle version (plus ou moins appelée suite mais il s’agit bien d’une variation) d’Alice au Pays des Merveilles risque d’animer encore un peu plus les débats au sujet de celui qui fut un des plus grands génies de son art. Autant voir les choses en face, on peut très bien vénérer ce réalisateur et garder un regard objectif sur l’évolution de sa carrière. Depuis le merveilleux Sleepy Hollow en 1999, et si on met de côté les Noces Funèbres, il alterne le blockbuster lamentable et honteux (la Planète des Singes), le conte égocentrique attachant mais oubliable (Big Fish) et le trip acidulé pour masquer un remake inutile (Charlie et la Chocolaterie). Tout ça pour en arriver à Sweeney Todd, quasiment le seul film « burtonien » en 10 ans et qui passait près du chef d’oeuvre s’il n’y avait pas ces chansons parfois atroces. Mais on retrouvait enfin la noirceur, le morbide, l’esprit torturé, tout ce qui fait le style et le charme de l’oeuvre du bonhomme. On pouvait donc placer tous les espoirs possibles pour cette rencontre tellement logique entre Tim Burton et Lewis Carroll, écrivain qui a tant abreuvé son imaginaire. Sauf qu’il y a une troisième variable non négligeable dans l’équation, elle a de grandes oreilles et s’appelle Walt Disney. Et si le studio avait déjà livré une adaptation déjà édulcorée des aventures d’Alice en animation, les choses ont beaucoup changé en 60 ans et la souris évite soigneusement tout ce qui s’approche du politiquement incorrect. Et Alice au Pays des Merveilles version Burton en souffre, parfois beaucoup.

Du coup, l’astuce scénaristique de faire revenir Alice à Wonderland plusieurs année après son premier passage fonctionne à double tranchant. Car en y ajoutant l’amnésie on ne sait plus trop si on est véritablement devant une suite ou une relecture. Alice ne se souvient plus donc elle revit les mêmes humiliations, en beaucoup moins méchantes toutefois. Elle rencontre les mêmes personnages, mais les choses sont quand même bien différentes. C’est vraiment déstabilisant quand on sait à quel point les univers des deux artistes étaient faits pour se rencontrer et semblent presque se louper au bout du compte. Alors certes on retrouve le bestiaire d’Alice avec plaisir, tous sont plus ou moins au rendez-vous et conformes à nos souvenirs (seul le chapelier fou a quand même pas mal changé), mais le sentiment le plus tenace après avoir vu le film est qu’il ne s’agit pas vraiment d’une oeuvre du grand Tim.
En fait, à y regarder de plus près, on a presque la sensation d’y voir un film qui aurait été réalisé par un réalisateur lambda qui tenterait d’imiter le style Burton, alors que c’est bien le maitre qui est aux commandes. Folie douce, fantaisie qui pollue le réel et le remet en question, rêves, arbres torturés, teintes délavées pour une ambiance glauque mais colorée, avec en plus les fidèles Johnny Depp (7ème collaboration!), Helena Bonham Carter et Alan Rickman, on tient bien un abécédaire du langage cinématographique d’un Tim Burton qui s’auto-cite à la limite de la parodie. Ce qui fait qu’on dirait plus un film sous son influence qu’une de ses créations. C’est là qu’on ressent le pouvoir et la bride des studios Disney, dans ce formatage évident qui détruit par des astuces bien trop grossières toute la singularité de l’artiste. Le diptyque Alice au Pays des Merveilles / De l’autre côté du Miroir version Lewis Carroll était un festival de paradoxe et d’absurde, de cruauté métaphorique vis-à-vis du passage à l’âge adulte d’une jeune fille trop polie et trop curieuse. Alice a grandi, et il n’y a rien de tout ça dans ce film.

En lieu et place de ces éléments qui peuvent déranger, on a une simple aventure qui ne véhicule pas le moindre message car il s’agit plus d’une ode à la liberté pour une jeune femme qui ne peut se résigner à suivre la vie qu’on a choisi pour elle. L’idée en elle-même n’est pas forcément mauvaise mais l’impact est bien moins puissant que dans la version animée. Alice à qui on s’identifiait si facilement quand elle était enfant devient un personnage lointain, comme un faire-valoir posé ça et là dans des scènes qui évoluent sans elle. Et le parcours initiatique se voit transformer en une quête finalement très banale, et pire, très manichéenne. Le bien et le mal, sans aucune nuance ou si peu…
Alors c’est vrai que c’est souvent très beau, en particulier toutes les scènes intérieures qui dévoilent des décors magnifiques. Mais les visions de cet Underland devenu un espace infini dégoulinent de CGIs pas toujours flatteurs une fois les portes passées. Les personnages évoluent, pour la plupart sans âme, devant des fonds verts bien plus agréables à l’oeil que ce que laissait entrevoir les bandes annonces, mais on a vu tellement mieux! De plus l’utilisation de la 3D n’a jamais autant ressemblé à un simple argument marketing. La chute dans le trou qui mène au pays des merveilles, quelques éléments qui nous arrivent au visage, une poignée de scènes ne justifient en rien l’apport de cette technologie ici rajoutée et qui dessert le film plus qu’elle ne le sublime. Les éléments en relief au premier plan deviennent illisibles, les couleurs souffrent des lunettes polarisantes qui assombrissent le tout, mauvais choix.
Le tableau semble noir, et c’est vrai qu’il l’est lorsqu’on attend beaucoup d’un réalisateur qu’on pouvait considérer comme un génie. Objectivement le film n’est pas mauvais, il est même plutôt bon, une belle aventure bien rythmée et plutôt agréable à l’oeil sur la longueur. Mais de la part de Tim Burton, on était en droit d’attendre autre chose qu’une relecture du Monde de Narnia transposé à Wonderland!! Alice au Pays des Merveilles est clairement sacrifié aux dieux de l’entertainment et du marketing, le film est loin d’être honteux mais il est sans âme, légèrement impersonnel malgré des qualités évidentes dont un casting impeccable avec en tête le couple Mia Wasikowska (surprenante) et Johnny Depp, excellent de décalage même s’il récite une partition qu’il connait par coeur. Blockbuster un peu fou et haut de gamme, Alice au Pays des Merveilles enchante autant qu’il déçoit car le vrai Tim Burton semble vraiment ne pas avoir survécu au bug de l’an 2000.
Vu en projection du club 300 Allociné


Réalisé par:



Quelle déception en effet !… Je suis tout à fait d’accord avec ta critique, après un « Sweeney Todd » magnifiquement tragique, son meilleur film depuis « Sleepy Hollow » et l’un de ses meilleurs tout court, on était en droit d’espérer mieux que ce divertissement sympathique mais qui ne possède pas un dixième de la folie… du film Disney, pas même de Lewis Carroll !!!… Le dur réveil après le rêve, pour reprendre le titre de ma longue analyse du film (voir lien)…
Je suis d’accord avec toi : pour moi le film n’aurait pas du être en 3D car l’effet que rend cette technologie n’est pas génial sur ce film
Cependant j’ai bien aimé le décalage que J.Depp a donné a son personnage et j’ai passé un bon moment .
@Cachou: Je pense aussi qu’il a perdu cette flamme (même si elle était encore relativement présente dans ce que j’ai pu voir des Noces Funèbres) mais qu’il a aussi été bridé par Disney. Enfin je crois… j’espère surtout :/
Pour moi, Alice et Burton se sont carrément raté, pas presque ^_^
Avec le recul, je me demande de plus en plus si la faut incombe réellement à Disney. Comme une ami me l’a fait remarqué, arpès tout L’étrange Noël de Mr Jack (même si Burton n’était que producteur), c’est Disney aussi, donc l’excuse Disney n’est peut-être justement que ça, une excuse. Et si Burton avait juste perdu la flamme « macabre » qui fait son charme? C’est possible aussi, non?
(à part Johanna, j’avais vraiment bien aimé les chansons de « Sweeney Todd » moi ^_^)
@Boite à meuh: Ouais on est plutôt d’accord dans l’ensemble. Pour le rythme en fait je ne me suis jamais ennuyé donc ça le fait. Je regrette aussi de l’avoir vu en 3D mais bon… si encore j’avais du payer ma place!! ^^
@natacha: Rien d’injuste dans les critiques, c’est un ressenti personnel!! Quand on a grandi avec Tim Burton, qu’on a rêvé avec lui, le réveil est assez brutal. Sa vision d’Alice n’est tout simplement pas à la hauteur des écrits de Lewis Caroll ou de son univers à lui.
La 3D ne sert à rien mais pire, elle rend des scènes illisibles (comme pour tous les films qui ne sont pas pensés en 3D) et ce n’est pas parce qu’il y a des gens qui travaillent derrière qu’on doit forcément en dire du bien, il y a une équipe derrière tous les films et pourtant certains sont bons et d’autres mauvais…
J’aime rêver au cinéma, mais aujourd’hui Tim Burton échoue là où par exemple Guillermo del Toro réussit toujours…
Je trouve les critiques injustes vis à vis de ce dernier Burton, il nous propose toujours autant de magie, des petites choses glauques, de l’humour, des personnages hauts en couleur, personnellement, je n’aimais pas le Alice de Disney, et je n’ai jamais lu le livre. Je suis peut-être moins influencé par je ne sais quoi.
J’ai passé un très bon moment devant ce film, qui fait preuve d’un joli pari de la part du réalisateur. Plus personne ne rêve enfin?
De plus, il faut penser au travail acharné qu’il s’est produit derrière, ces mordus qui ont travaillé jours et nuits sur la 3D pour un résultat vraiment beau et qui ne pêche quasiment pas (oui, nous ne sommes pas des surhommes!). Je n’ai pas retrouver l’esprit Tim Burton sombre pleinement mais par clin d’oeil, tout comme Big Fish qui est lui aussi une vraie merveille. Purée, faites revivre votre imaginaire!
Excellent papier, ta conclusion résume bien cette immense déception.
Burton ne nous embarque jamais dans cette trop lisse aventure.
Nos attentes étaient forcément là (le 1er Disney est génial, on sait ce dont est capable le réalisateur), on espère un délire sucré-salé à la hauteur de l’évènement.
Et on se retrouve avec des scènes d’un esthétisme parfait et d’un ennui non négligeable. Je pense que le film souffre de beaucoup de choses.
Burton va vite ,notamment dans la 1ère partie, optant pour une répétition de scènes déjà connues… L’identification ne se fait pas, on reste spectateur.
Contrairement à toi, Nico, je ne trouve pas que le film soit très bien rythmé. La succession des scènes est trop lisse, trop prévisibles.
Sinon, bien sûre qu’il y a de bons éléments surtout l’esthétisme, les décors, bien que comme toi je trouve que ceux intérieurs et confinés sont vraiment mieux réussis.
J’ai trouvé qu’Helena Bonham Carter surpassait les autres de loin, même si la jeune Alice était assez génial. Johnny depp… toujours aussi sympa… mais j’aimerais bien voir Burton bosser avec quelqu’un d’autre, au moins pour changer la dynamique et lui donner de nouvelles inspirations (lui faisant défaut)
Je suis d’accord sur la 3D, quelle blague ! J’ai eu mal au crâne pendant tout le film. J’avais hésité entre ça et la version normale VO, comme je regrette !!!!!!
Tiens je me regarderais bien le dessin-animé pour retrouver cette fougue oubliée par Buton !
Merci pour les précisions qui sont donc plutôt encourageantes.
J4espère ne pas être trop déçu.
Merci pour ta critique.
Je suis fan … de J.Depp et dans une moindre mesure de Burton
Je m’en ferai ma propre opinion
Alors…
@zirko: J’aurais sans doute mis plus si ce n’était pas Burton et si le titre n’était pas Alice… seulement voilà c’est le cas! Pour Big Fish, non, ce film me gêne.
@cayoux33: Disons que Depp je l’admire tellement comme acteur que voilà… et puis non là je le trouve vraiment pas mauvais en plus, même s’il n’est pas surprenant du tout
@Alexandre: Je l’ai vu 2 fois Big Fish, et je ne me souviens presque de rien… si c’est pas oubliable c’est quoi?
J’avais pas accroché, même si j’avais pas trouvé ça mauvais, juste que c’est pas le côté que j’aime chez Burton. Pour la Planète des Singes, si ce n’était pas lui au générique ça aurait été encore plus insignifiant ^^
@Mat: on est d’accord, sauf qu’entre temps y’a eu Sweeney Todd, presque brillant sans les chansons
@Bruce: il a changé tout simplement… et de rebosser avec Disney là ça ne pouvait pas arranger les choses!
Tim Burton me lasse un peu à toujours prendre Depp dans chacun de ses films… »La planète des singes », un « Sweeney Todd » mi-figue mi-raison…j’avoue ne plus trop savoir quoi penser!!!
pour ma part le mythe burton s’est carrément effondré quand il a « commis » l’affreux remake de « la planéte des singes », aprés ça ses oeuvres « arty » ont confirmé son déclin pour moi, il parait loin le tim de « edward… » et de « batman:le défi »…
Oui j’ai ausi oublié de relever ce que tu as dis sur Big Fish. J’ai adoré ce film et il est pour moi un des meilleurs films de Burton. Un véritable conte pour adulte sur fond de relation père/fils.
Je ne me lasse jamais de Big Fish.
Bon je sais que tu n’aimes guère Big Fish, mais c’est injuste de la considérer comme « oubliable ». C’est je trouve la dernière fois que Burton cherche à faire du nouveau (avec Sweeny Todd dans une certaine mesure). Sa vision édulcorée peut déstabiliser mais on ne peut alors pas lui reprocher de ne plus être un artiste. C’est toute la différence avec Charlie (et semble t-il ce Alice), machine marketing efficace. Et c’est bien sur autre chose que ce honteux remake de la Planète des Singes (encore que je pense que nous aurions été plus indulgent si ça n’avait pas été Burton qui l’avait fait).
Complètement d’accord avec ton avis, même si pour ma part, même Johnny Depp était décevant dans ce film. J’ai l’impression en fait d’avoir regardé un film à la Harry Potter ou Le monde de narnia, commercial, et peu consistant dans le fond
6/10 c’est pas genial. A la lecture de ta critique j’ai l’impression que si un autre réalisateur avait fait ce film il aurait eu 1 ou 2 points de plus.
Je me trompe ?