
Un film de Nicolas Winding Refn
Amateurs de grands films barbares qui après avoir vu les premières images s’attendaient à un nouveau Conan made in Danemark, passez votre chemin! Comme à chaque nouveau film, Nicolas Winding Refn nous prend par surprise là où on ne l’attendait vraiment pas. Et si jusque là, que ce soit avec Pusher ou Bronson, il a enchainé les excellents films, il passe à la vitesse supérieure avec Valhalla Rising qui est une œuvre immense comme certains réalisateurs n’en font jamais dans leur carrière. Et autant dire que si son film précédent avait déjà divisé le public (on était loin du portrait ultra-violent d’un prisonnier comme cela était suggéré au départ) avec le nouveau ça risque d’être bien pire encore! Car ce film s’affranchit de tous les codes narratifs et visuels en vigueur, dans un ensemble qui peut paraitre à la fois complètement hermétique pour qui ne se laisse pas entrainer dans l’aventure mais véritablement hypnotique si on accepte de lâcher prise devant ces images. Il ne faut pas oublier que Refn est un fan inconditionnel des travaux de Kubrick, son film précédent citait volontiers Orange Mécanique autant que l’œuvre de Kenneth Anger, et pour son histoire de vikings ce serait plutôt du côté de 2001 l’odyssée de l’espace qu’il faudrait se tourner. En effet ça surprend, au premier abord il n’y a aucun rapport entre le plus grand film de SF jamais réalisé et ce voyage au pays des vikings. Mais une fois de plus c’est au-delà des images que tout se joue, Valhalla Rising est une longue et douloureuse descente dans les enfers de la métaphysique, un exercice que certains n’oublieront pas de qualifier de pédant et d’ennuyeux, sauf que c’est un objet presque indéfinissable qui se prêtera à une infinité de visions tant il joue sur la symbolique. Un très très grand film!

Avec Valhalla Rising, Refn se lance dans un cinéma qui sort des sentiers battus, un cinéma à risques car profondément anti-commercial. Et on s’en rend compte après seulement quelques minutes quand les plans fixes sur des paysages presque irréels s’enchaînent sans qu’aucune parole ne soit prononcée. Et cette économie de salive continuera jusqu’au bout, Refn préférant raconter ce qu’il a à raconter (ou pas d’ailleurs) par les images plutôt que par des dialogues qui de toute façon auraient été imbuvables. Si 99% des films possèdent une structure qu’on pourrait rapprocher de celle d’un roman, on se situe ici plus du côté du poème. Un poème morbide et brutal où tout n’est que symboles et métaphores, ce qui rend le tout foncièrement anticonformiste et inaccessible au commun des spectateurs. Comme d’autres avant lui (et souvent des très grands, Kubrick, Herzog, Tarkovski, Haas…) Refn nous propose une expérience de cinéma purement sensoriel, joue avec nos émotions les plus primaires uniquement par l’image et nous entraine sur un chemin mystique vers les ténèbres, suivant un homme qui lutte à la fois pour sa rédemption et contre le mal qui hante le monde. Si on se laisse attraper, le film nous plonge dans un état second, une sorte de transe dont on ressort péniblement, abasourdi par tant de maitrise et de profondeur.
A vrai dire on sent au sein même du film un changement essentiel dans le cinéma du réalisateur. On retrouve dans le premier chapitre (il y en a 6 en tout pour guider le spectateur) sa fascination pour la violence abrupte qui se manifeste ici dans son extrême. S’il y a toujours du hors champ on se prend plein cadre des scènes à la limite du soutenable. Mais plus le film avance plus il s’enfonce dans une noirceur et un onirisme jusque là inédits chez lui. Il ne faut jamais perdre le sens du titre original qui permet de relativement guider la réflexion, car on suit en effet la montée d’un guerrier vers le Valhalla, le paradis des guerriers vikings où ils pourront s’affronter, mourir et renaître indéfiniment. Mais Refn brouille les pistes car ce monde dans lequel on évolue ressemble autant à un purgatoire qu’à un enfer. Et ce guerrier, qui pourrait très bien être le fils ou une incarnation d’Odin (il est borgne) ressemble autant à une âme en quête de ce paradis qu’à une sorte de passeur qui conduirait des âmes pécheresses vers l’enfer…

Il y a donc là matière à analyse, car Valhalla Rising est un film qui se dévoilera sans doute un peu plus à chaque nouvelle vision. On est à des années lumières de tous ces films qui s’offrent à nous sans qu’on fasse le moindre effort, ce cinéma là est plus qu’exigeant et ne nous donne aucune réponse aux questions qu’il soulève. L’expérience est sidérante car elle n’a pas vraiment d’égale. Et si on peut être tenté de le rapprocher d’une autre œuvre particulière, ce serait le fabuleux Aguirre, la Colère de Dieu de Werner Herzog, autre errance mystique d’un guerrier face à lui-même. Le Guerrier Silencieux brasse des thèmes aussi vastes qu’inépuisables comme la religion (les croisés), la peur de l’inconnu, la rédemption, la mort et autres qui se dévoilent peu à peu. Refn signe tout ça d’une mise en scène absolument prodigieuse, usant de la caméra à l’épaule avec sa maestria habituelle, composant des cadres improbables qui entrainent presque le malaise, ose créer des visions infernales au graphisme plus qu’audacieux et se paie la collaboration d’un chef op absolument génial.
Les images sont d’une beauté qui nous assomme en même temps qu’elle nous hypnotise, tout comme la bande originale qui semble venir des profondeurs infernales. Également on ne peut passer outre la performance hallucinante d’un Mads Mikkelsen mutique qui porte le film par son charisme animal et qui prouve après Coco Chanel & Igor Stravinsky qu’il est capable de tout jouer à la perfection. Rarement au cinéma on éprouve cette sensation d’abandon complet devant un film, Valhalla Rising nous emmène dans des lieux impraticables pour peu qu’on fasse l’effort de s’abandonner complètement, au risque de s’y perdre. Mais les chemins de réflexions qui s’ouvrent ensuite sont tellement puissants que ce serait dommage de passer à côté d’une telle expérience. On tient sans doute déjà un des plus grands films de cette année.


Réalisé par:



Bonjour,
Film atypique et fascinant. Il montre combien un homme, véritable bête meurtrière peut avoir une grandeur d’âme et sauver un enfant par son sacrifice personnel. Ce geste a ceci de grand, qu’il l’a fait sans savoir si cela sauverait cet enfant. Une abnégation totale.
Ce guerrier a renoncé à parler (il ne tente pas de communiquer, même pas par geste, ce qui montre que c’est un choix délibéré), et laisse l’enfant libre de parler pour lui sans lui avoir jamais dicté un mot. Cet homme que nous avons vu transformé par les hommes en bête meurtrière a renoncé à parler. C’est sans doute le message désillusionné du film: Les hommes ne sont que des bêtes. La quête spirituelle n’est qu’une chimère qui sert la folie des hommes. Et pourtant, tandis que les croisés Vickings se révèlent monstrueux, notre guerrier silencieux fait le parcours personnel inverse, vers plus d’humanité, mais sans espoir sur sa vision des hommes.
J’ai pensé à Stanley Kubrick également, concernant le chapitrage du film, mais je n’irai pas le comparer à 2001 l’odyssée de l’espace. D’abord, Kubrick faisait des films divisés en 3 parties: Ici, nous avons plus de chapitres. Ensuite, le message du film est totalement différent. J’ai également pensé à Aguirre, la colère de Dieu, mais là encore, les films sont très différents, par leur atmosphère et leur rythme.
Nicolas Winding Refn signe un film d’auteur sans doute qualifié d’hermetique pour la génération qui ne connait que les blockbusters. Je crois pour ma part que ce film a choisi d’être simple (et pas simpliste) en exprimant des sensations plutôt qu’une histoire linéaire. Pas de traité métaphysique en dix volumes.
vraiment un film long et totalement inintéressant!!!!!!
un très bon somnifère…
Just saw Valhalla Rising and believe it was an excellent film!
J’ai trouvé le film prometteur dans ses premiers chapitres mais ensuite très creux à partir du passage en drakkar, comme si Refn n’avait finalement rien à dire.
je suis d’accord avec ta critique !!
@nelsHD: Ah mais oui, c’est un truc grandiose, du genre qui risque de marquer son époque je crois
Je me disais bien qu’il avait envoyer quelque chose de mignon ce film
@Bruce: je comprends Vlad, à la projection on a eu un journaliste qui a ronflé pendant 1/2h… c’est vraiment une œuvre « autre » et très exigeante, pis faut accrocher à ce rythme quoi!
Le post de Vlad me fait un peu peur!! Mais je ne me souviens pas qu’il ai accroché à « Bronson » déjà!!
@FredMJG: Et oui c’est tout un art tout ça, faut bien penser aux lectrices ^^
@Pan: Tu m’étonnes! Là c’est vraiment du grand cinéma pour moi, mais ça plaira pas à tout le monde c’est sur…
@Vlad: Bon ben c’est toi qui fait partie de l’autre partie du public, celle que ça a ennuyé ^^
Je comprends ça sans problème, le cinoche contemplatif on peut le rejeter en bloc si on accroche pas…
J’ai vu le film en avant première aux halles mais j’ai pas accroché du tout. Je me suis ennuyé du début jusqu’à la fin. C’était peut être pas ma came mais à la fin j’en pouvais plus de regarder sans cesse ma montre dans l’espoir que ca se termine. Reste la prestation de Mikkelsen qui est excellente comme toujours
Ca met sacrément en appétit tout ça !
« Mads »
« animal »
Décidément tu as le don de transformer chaque lecture de tes posts en bonheur toi ^^