[Critique] A.V. – Adult Video (2005)
Réalisateur: Edmond Pang Ho-Cheung
Pendant que la majorité des réalisateurs HK continuent de faire à peu près toujours la même chose, Pang Ho-Cheung semble ne suivre aucune voie logique, et c’est tant mieux! Après le fabuleux Beyond our Ken et le très décalé Men Suddenly in Black, il poursuit son approche totalement inédite du cinéma avec cet A.V. au [...]
Pendant que la majorité des réalisateurs HK continuent de faire à peu près toujours la même chose, Pang Ho-Cheung semble ne suivre aucune voie logique, et c’est tant mieux! Après le fabuleux Beyond our Ken et le très décalé Men Suddenly in Black, il poursuit son approche totalement inédite du cinéma avec cet A.V. au titre évocateur. Ce qui caractérise le cinéma de Pang c’est quelque chose qu’on pourrait presque rapprocher de celui de Bong Joon-ho, c’est à dire une forte tendance à mélanger les genres et à faire passer des messages importants sans pour autant les marteler. On le sait, et ça se vérifie à chaque tentative, les films qui abordent des thèmes sociaux en filigrane en n’oubliant pas de divertir le spectateur sont cent fois plus efficaces que ces productions bien lourdes et trop sérieuses qui en oublient les principes même du cinéma. A.V. n’échappe pas à la règle, car sous couvert d’un pitch de départ qui n’a rien à envier à une teen-comédie bien graveleuse à l’américaine, il s’agit d’une comédie aussi efficace dans l’humour que très intelligente et lucide dans son propos. Pang Ho-Cheung en profite pour dresser quelques portraits au vitriol d’une société hong-kongaise mise à mal, mais il le fait de façon ludique et discrète. C’est là où il est très habile car on pourra prendre A.V. comme une simple farce très drôle mais en creusant un peu derrière le vernis il nous donnera également à réfléchir.
![AV-adult-video-1 AV adult video 1 [Critique] A.V. Adult Video (2005)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2010/02/AV-adult-video-1.jpg)
En fait A.V. est une somme d’excellentes idées mises en œuvre pour matérialiser de vieux fantasmes du réalisateur (et qui trouvent forcément un écho chez le spectateur), et paradoxalement s’il est question de la jeune génération tout cela est traité avec un humour beaucoup moins potache que Men Suddenly in Black qui s’intéressait pourtant à la génération précédente! Et si l’humour est bel et bien omniprésent, le film est tout de même traversé par une forme de mélancolie assez étrange, véhiculée par le personnage de Leung qui devient une sorte de symbole de cette jeune génération de glandeurs. Grâce à lui le film va bien plus loin que d’autres comédies qui avaient abordé plus ou moins le même thème et dans lesquelles cette quête d’adolescents pour perdre leur virginité n’avait pas d’autre objectif que de simplement passer enfin à l’acte. Ici c’est bien plus complexe car ce dépucelage devient symbolique. En effet coucher avec cette fille, peu importe les moyens, devient l’acte libérateur qui va enfin leur donner une raison d’entrer dans la société adulte.
Et c’est par Leung que tout se passe, dans ses questionnements existentiels, cette grosse arnaque qu’ils montent leur donne une idée des principes de base d’une société et des difficultés du monde adulte. Métaphore sur la façon d’intégrer la société hongkongaise donc mais pas seulement. A travers une scène en apparence outrancière et qui a tout du one man show comique mettant en scène l’oncle de Leung, il dresse un constat assez triste de cette jeune génération qui a tendance à rester très passive, faisant écho à une scène précédente qui rappelle certaines manifestations étudiantes du passé, presque inimaginables aujourd’hui. Et pour continuer dans les thématiques qu’on n’a pas forcément l’habitude de voir aussi bien traitées dans des comédies, Edmond Pang vient lâcher son petit tacle à l’industrie cinématographique locale (ou pas). Il l’avait déjà abordé dans You Shoot, I Shoot, et il en remet une couche en fustigeant ces réalisateurs débutants aux ambitions auteurisantes et à l’égo surdimensionné. À la clé une scène juste extraordinaire de “représentation allégorique du sperme” avec un caméo de Chin Kar-lok savoureux en chorégraphe.
![AV-adult-video-2 AV adult video 2 [Critique] A.V. Adult Video (2005)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2010/02/AV-adult-video-2.jpg)
Cette fois pour la mise en scène Pang Ho-Cheung s’inspire des films de braquages ou d’arnaques, pas mal d’effets de style, de cadres travaillés et de ralentis mais l’ensemble reste plus sobre que son film précédent. Quoi qu’il en soit ça reste du très beau cinéma et même si le film a été tourné dans l’urgence (12 jours de tournage!!) avec une majorité de scènes caméra à l’épaule, ça n’a rien d’une œuvre brouillon et le jeune réalisateur continue d’impressionner par sa maitrise. Il montre encore une fois une aisance particulière pour gérer le rythme de son film qui bénéficie d’une narration sas fausse note, enchaînant passages comiques et dramatiques sans le moindre couac. Il faut dire qu’il est également bien aidé par 5 jeunes acteurs (dont Derek Tsang, le fils d’Eric Tsang) très talentueux qui n’ont aucun mal à rendre leurs personnage attachants tant on s’identifie à eux naturellement.
Et le sexe dans tout ça? C’est clair qu’avec un sujet pareil, le réalisateur vient l’air de rien briser quelques tabous. On s’en doutait, il gère la chose à merveille, ne tombant jamais dans la facilité ou le cliché. Il trouve le dosage parfait pour que son film ne tombe pas dans le vulgaire tout en allant beaucoup plus loin que ce qui peut ce faire habituellement, en particulier dans des dialogues très bien écrits et parfois bien crus. On ressent bien le malaise qu’entraîne chez ces jeunes la présence de Manami Amamiya (qui joue son propre rôle d’actrice porno japonaise) et le bouleversement induit dans leur rapport aux femmes. Film vivifiant, énergique, très drôle et caustique, A.V. confirme tout le bien qu’on pouvait penser d’Edmond Pang, un réalisateur vraiment à part dans l’industrie.















