[Critique] In the Air (Up in the Air, 2009)

[Critique] In the Air (Up in the Air, 2009)

Un film de Jason Reitman

L’air de rien, en 3 films (plus ce qu’il a produit, dont Chloe le dernier Egoyan), le « petit » Reitman est en train de se faire un nom parmi ceux qui comptent à Hollywood. Sa recette? Plus ou moins toujours la même, faire du cinéma faussement indépendant, à savoir avoir accès à des stars, donc des budgets, tout en gardant cet état d’esprit et ce style qui font le charme des productions indie. Mais ce qui constitue le petit plus de Jason Reitman, c’est sa façon de traiter avec un cynisme qui peut en énerver certains des sujets importants (pour ne pas dire graves). C’était le cas de son premier film Thank You for Smoking, c’était sans doute un peu moins le cas sur Juno (que l’auteur de ces lignes n’a toujours pas daigné regarder), mais ça l’est définitivement sur In the Air. Un film qui aborde avec détachement et décalage LE sujet contemporain qui fâche, la fameuse crise économique et la vague de licenciements conséquente. Mais Jason Reitman attaque son sujet sur un ton inédit qui lui évite de tomber dans le documentaire politique ou la vile morale, préférant s’intéresser à un personnage unique aussi attachant que foncièrement désagréable, une sorte d’électron libre complètement détaché de toute vie sociale au sens où nous l’entendons habituellement. Une sorte de misanthrope cool, capable de nous faire avaler la plus grosse des couleuvres par son bagout mais qui refuse d’être considéré comme tel, vivant dans sa bulle qu’il s’est construit méthodiquement.

Et qui d’autre que le Mister Cool d’Hollywood pour incarner pareil personnage? On sent bien là le rôle taillé sur mesure pour George Clooney, qui nous rappelle, même si ce n’était pas nécessaire, qu’il est bien plus qu’un vendeur de machines à café. Il est l’un des acteurs les plus doués de sa génération et il l’a déjà prouvé à maintes reprises, et c’est dans ces rôles de cyniques qu’il est toujours exceptionnel car il est capable d’installer une distance incroyable entre ce qu’il dit et ce qu’il est. Bien entendu sa performance doit énormément à l’écriture de son personnage mais il est une fois de plus terriblement séduisant, une sorte de diable au sourire sincère. En fait il y a un parallèle évident entre Ryan Bingham et le Nick Naylor interprété par Aaron Eckhart dans le premier film du réalisateur, à croire que ce genre d’homme follement manipulateur passionne Jason Reitman.

Mais concrètement, de quoi ça parle In the Air? Tout simplement d’un type dont le boulot est de licencier des personnes dans d’autres entreprises que la sienne. Un type qui ignore sa famille, qui passe sa vie dans les aéroports, les avions et les chambres d’hôtel, et qui porte sur la vie un regard à la fois pessimiste et révélateur de notre société égoïste. Faussement cool donc le Bingham, faussement excentrique aussi. Et à la critique évidente de la société consumériste (qui au passage emprunte 2-3 idées à Fight Club), Reitman ajoute un propos pas vraiment anarchiste mais plutôt désabusé qui finit par rendre le personnage  de Clooney carrément pathétique.

Il faut dire que Ryan Bingham gagne sa vie en virant des gens pour le compte de chefs d’entreprise ayant oublié d’en avoir dans le caleçon, mais qu’en plus il tient des séminaires de motivation dans lesquels il réussit à convaincre tout le monde que son mode de vie, c’est à dire n’avoir aucune attache matérielle ou familiale, est tout à fait logique. Et l’espace de quelques scènes il réussirait presque à convaincre le spectateur. La faut à une construction extrêmement habile du récit qui joue avec les conventions de la comédie américaine basique pour tenter de faire passer un message totalement différent. Ainsi aux scènes classiques et passages obligés viennent s’ajouter des éléments perturbateurs qui viennent faire valser les faux idéaux. Jason Reitman évolue en permanence sur un fil, il laisse son film tomber dans une forme de morale bien trop hollywoodienne (culpabilité, désir d’un retour à la normale, illumination…) dans le troisième quart, quitte à agacer le spectateur, mais revient tout dynamiter dans le dernier acte, laissant son personnage sur les rotules.

Car il ne faut pas se leurrer, on a droit à un faux happy end qui stigmatise à lui tout seul les maux de notre temps. In the Air en devient extrêmement ludique et séduisant car il joue avec le public et ses attentes. Ni véritable satire, ni comédie, ni drame social, il s’agit là encore une fois d’un film qui navigue entre plusieurs eaux et prend même le risque de déstabiliser. Lumineux dans la forme mais amer et noir en creusant dans les différents niveaux de lecture, il confirme que Jason Reitman possède un véritable talent pour ce genre de comédie cynique et de chronique douce-amère d’une société déjà bien avancée dans la déshumanisation. Et si George Clooney est tout simplement parfait, il ne faut pas omettre la performance délicate d’une Vera Farmiga en femme fatale. Moins convaincu par Anna Kendrick, bien trop coincée dans son rôle malgré de belles choses, et c’est toujours un plaisir de retrouver les habitués Jason Bateman, J.K. Simmons et Sam Elliott.

In the Air ne nous fera jamais rire aux éclats, simplement sourire, mais en laissant un goût amer au vu du constat lucide sur notre société actuelle. Un film intelligemment sarcastique et planant.

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