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[Critique] Dans Paris (2006)

 
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Bottom Line

A priori ce film de Christophe Honoré, qui après celui-ci a embrayé sur des Chansons d’amour de bien triste mémoire, ne présente que peu d’intérêt par rapport à la masse de films d’auteurs français à tendance dépressive. Deux acteurs inévitables dans ce genre de production, l’excellent Romain Duris et l’insupportable Louis Garrel, une inspiration soit-disant [...]

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Posté le 16 janvier 2010 par

 
Critique
 
 

A priori ce film de Christophe Honoré, qui après celui-ci a embrayé sur des Chansons d’amour de bien triste mémoire, ne présente que peu d’intérêt par rapport à la masse de films d’auteurs français à tendance dépressive. Deux acteurs inévitables dans ce genre de production, l’excellent Romain Duris et l’insupportable Louis Garrel, une inspiration soit-disant très nouvelle vague (qui se retrouve bien entendu dans les décors du film), les thèmes centraux de la dépression et du deuil… bref, rien de vraiment attirant. Sauf que cet article était suffisamment intriguant pour se pencher sérieusement sur le cas Dans Paris, et surprise, le film est bon, très bon même! Pourtant ce n’était pas gagné! Mais Honoré fait preuve d’une certaine originalité dans sa narration et dans sa mise en scène qui rendent l’ensemble vraiment digeste, à commencer par son introduction surprenante qui multiplie les regards caméra avant de terminer en véritable prise à partie du spectateur, un peu à la manière de Belmondo chez Godard, dans Pierrot le Fou. On se retrouve involontairement témoin privilégié de ce récit, comme si Louis Garrel nous tenait dans la confidence, nous impliquant jusqu’à même nous poser une question… Le procédé surprend par son efficacité et serait parfait si le monologue de Garrel ne puait pas tant l’artificialité, problème qui s’avèrera récurrent dans ce film, l’empêchant en permanence d’atteindre le statut qui lui était pourtant promis. En fait aussi brillant qu’il soit, Dans Paris stigmatise le plus gros problème du cinéma français d’aujourd’hui: aucun scénariste n’est capable d’écrire des dialogues qui soient à la fois riches et naturels. Alors on dira que c’était voulu de faire déclamer des dialogues imbuvables comme si les acteurs se trouvaient sur des planches de théâtre, sauf que c’est insupportable à l’oreille et que ça enlève toute crédibilité au récit… c’est dommage.

dans paris 1 [Critique] Dans Paris (2006)

Dommage car il y là matière à faire un grand film, de ceux qui peuvent marquer. Sauf qu’autant on se sent impliqué en tant que spectateur dès le début par l’intro, autant on se sent rejeté ensuite car à aucun moment ne nait l’illusion que ce qui se passe est réel. Ce sont des acteurs qui jouent des personnages, et pas des personnages tout court… c’est vraiment rageant ce genre de détail qui ruine toute tentative d’entrer dans le film alors qu’on y était invité! On assiste donc avec cette distance imposée permanente à un spectacle grave aux allures gaies… En effet c’est étrange, car formellement le film ne ressemble pas à ce qu’on pouvait attendre pour illustrer la dépression d’un trentenaire en sortie d’un échec amoureux. La faute (ou plutôt merci) au personnage de Louis Garrel, le jeune frère en mouvement permanent et très drôle.

Le film est scindé en deux parties bien distinctes, la première se concentrant sur la relation qui conduira à la dépression, et la seconde à comment le noyau familial vient l’aider. Ainsi au départ on suit le personnage de Romain Duris amoureux. Complexe, fusionnelle et destructrice, sa relation ne fait qu’éveiller des démons qui l’empêchent de vivre ce bonheur. Une relation d’amour et de haine qui induit une perte de repères totale et donne lieu à des scènes sublimes comme une danse surréaliste, une photo et des je t’aime moi non plus écrasants. Puis c’est l’appartement parisien, une scène chantée magnifique (Cambodia de Kim Wilde) dans laquelle explose tout le talent de Duris pour les rôles d’écorchés vifs. Louis Garrel électrise le tout par ses pitreries, l’apparition de Marie-France Pisier amène une dose d’érotisme étonnante et Guy Marchand impérial rappelle qu’il a été un vrai grand acteur avant de se prélasser chez Nestor Burma. Ces deux acteurs, issus de la nouvelle vague, sont d’ailleurs les seuls à ne pas jouer de façon théâtrale, apportant une sincérité de parents émouvante.

dans paris 2 [Critique] Dans Paris (2006)

Ce que réussit Dans Paris, avec un talent certain, c’est de parler de sujets aussi graves que la dépression, le deuil, l’éclatement de la famille ou le suicide avec une certaine forme de légèreté rafraichissante. On ne sait jamais trop quel est le sujet central mais on se laisse transporter dans ce Paris devenu terrain de jeu pour deux frères qui se retrouvent et dans lequel on retrouve des lieux autrefois empruntés chez Truffaud ou Demy. La mise en scène plutôt classe portée par une partition jazzy laisse entrevoir de belles choses, et bien sur on ressent en permanence cet hommage appuyé de façon originale à toute une vague de cinéastes qui auront révolutionné à leur manière le cinéma tel qu’on le connait aujourd’hui. Dès lors on se laisse prendre au jeu, on n’est même pas étonné de voir les dialogues évoluer en une véritable chanson au coin d’une conversation téléphonique… c’est très beau, intelligent, subtil, et s’il n’y avait pas ces foutus dialogues pédants et déclamés comme du Shakespeare ça serait presque merveilleux.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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